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«Real Humans»: tentons de deviner la fin...

Michel Alberganti, mis à jour le 02.05.2013 à 9 h 35

La saison 1 s'achève. Essayons de nous mettre à la place du scénariste, Lars Lundström. Sans tricher, bien sûr.

Ce soir, jeudi 2 mai 2013, vous allez voir les deux derniers épisodes de la saison 1 de Real Humans, la série suédoise diffusée sur Arte depuis début avril. Selon les chiffres du site toutelatele, l’audience s’est un peu érodée entre le premier et le huitième épisode, passant de 1,4 à 1 million de téléspectateurs. Néanmoins, Real Humans continue à faire le meilleur score de la TNT le jeudi soir.

Ce succès est remarquable pour une série qui est loin d’être très facile d’accès. Le scénariste, Lars Lundström, a concocté une histoire en forme de puzzle dont chacune des pièces évolue, au départ, de façon presque indépendante des autres. Une douzaine de lieux et une trentaine de personnages sont mis en scène simultanément. Progressivement, l’intrigue se resserre et se recentre. La tension monte mais l’issue reste incertaine avant les deux derniers épisodes.

Tout l’intérêt de Real Human réside dans la richesse de son propos. La série propose en effet une analyse quasi-sociologique de la relation entre les hommes, les vrais, les 100% humains, et les robots. Enfin, les hubots, ces humanoïdes à divers degrés de perfectionnement, d’intelligence et d’indépendance. D’humanitude, pourrait-on dire.

Rapports homme-machine

Or, la question du rapport homme-machine, lorsque cette dernière ressemble de plus en plus à un être vivant et, qui plus est, humain, est au centre des préoccupations des véritables concepteurs de robots de service évolués. Eux aussi se demandent déjà quel type de «caractère» est le plus adapté à un robot humanoïde destiné à devenir le compagnon et l’infirmier d’une personne âgée à son domicile. Pourtant, ces fabricants sont encore bien loin d'approcher le degré de sophistication atteint par les hubots de Lars Lundström. Néanmoins, dès lors que la machine dépasse le stade de l’aspirateur, de la télévision ou de l’ordinateur et, surtout, qu’elle prend une forme humaine, la question de la relation avec son utilisateur se pose.

Non pas à cause des machines. Le robot n’a que les états d’âme que l’on a volontairement implantés dans ses neurones en silicium. Ce sont les hommes qui posent problème. Ils sont, en effet, facilement sujet à une sorte de perte de contrôle de leurs sentiments. Ce talon d’Achille, les hubots de Real Humans, du moins l’une d’entre eux, l’ont bien identifié. A ce stade de l’histoire, toute la question est de savoir ce que les robots rebelles vont faire de cet avantage. Et comment ils vont surmonter leurs faiblesses.   

Au cours des huit premiers épisodes, le scénario s’éclaircit progressivement. Et il reste toujours cohérent et logique. D’où l’irrésistible tentation d’en deviner la fin. Sans tricher, bien entendu...

Précédemment, dans «Real Humans»…

Résumer d’abord l’histoire s’impose. Cela pourra servir à ceux qui n’ont pas vu les premiers chapitres. A l’origine, on trouve un homme, David Eischer, informaticien, qui possède un hubot, Mimi. Il est marié à Béatrice et ils ont un fils, Léo. Béatrice se noie. Léo tente de la sauver et il n'échappe à la mort que grâce à l’intervention de Mimi. Néanmoins condamné, Léo ne doit la vie qu’à une intervention chirurgicale qui le transforme en cyborg, mi homme, mi machine.

Il semble qu’à la suite de ce drame, David décide de libérer les hubots. Peut-être à cause de l’acte héroïque de Mimi. Pour cela, il met au point un programme capable de transformer les hubots en quasi-humains. les machines deviennent capables de ressentir des sentiments, d’avoir conscience de leur propre existence, de commettre des meurtres sur les hommes, de comploter pour trouver une place dans la société qui ne soit pas celle de simples exécutants stupides des ordres de leur maître.

Néanmoins, cette intelligence supérieure ne les affranchit pas de leurs limites mécaniques. Et surtout électriques. Les hubots doivent régulièrement se recharger sur une prise de courant. Une opération longue qui les rend vulnérables. Par ailleurs, ils restent reconnaissables à cause de leur prise USB, sur l’arrière du cou. Et un bouton sous le bras permet de les «éteindre».

L’objectif des «enfants de David», c'est-à-dire de la dizaine de hubots libérés par David Eischer, n’est jamais très clairement explicité. On comprend toutefois qu’ils ne veulent plus être asservis à l’homme et qu’ils exigent que leur «différence» soit reconnue. Ils rêvent donc d’être acceptés par la société humaine. Intégrés. A égalité, c'est-à-dire avec la possibilité d’aimer un humain, de fonder une famille, d’avoir des enfants... Cela vous rappelle quelque chose?

Lars Lundström attribue ainsi aux hubots libérés les revendications de toutes les minorités humaines. A la différence qu’ils restent des machines…

Les forces en présence

Les deux derniers épisodes vont devoir conclure. Au moins partiellement. La saison 2 de Real Humans est, en effet, en cours de tournage. Mais le scénariste, s’il pouvait espérer une suite, n’avait pas la certitude que cette prolongation existerait lorsqu’il a écrit la saison 1. Même après sa diffusion en Suède, début 2012. Il devait donc trouver un compromis entre une fin trop fermée et une chute décevante.

Pour conserver la cohérence de la saison 1, la série doit intégrer les principales lignes de force qu’elle a patiemment installées.

1.Les hommes peuvent détester les hubots

Le groupe titre, Real Humans, milite pour la destruction de tous les hubots et pour une société 100% humaine. Du moins ses membres les plus extrémistes. Lors d’une réunion de ce parti, sa direction milite pour une position moins tranchée. Les hubots seraient conservés mais uniquement pour les taches les plus pénibles comme la manipulation des déchets toxiques ou nucléaires ou le nettoyage des toilettes.

La haine des hubots n’est pas, non plus, définitive. Ainsi, l’un des militants ultra, Roger, tombe amoureux de Béa, la hubot qui avait infiltré à la fois la police et le groupe Real Humans.

2.Les hommes peuvent adorer les hubots

L’un des personnages principaux, Inger, passe du rejet du hubot ménager qui lui est imposé par son mari, Anita, alias Mimi, au militantisme pro-hubot. Elle estime qu’il faut les considérer comme des êtres humains. Que, finalement, il n’y a pas de différence réelle. Et elle s’interroge sur la nature même de ce qui fonde l’humanité.

3.Des hubots rebelles très vulnérables mais…

Rien à voir avec Spartacus et ses milliers d’esclaves. Le groupe des enfants de David est passé d’une douzaine au départ à seulement huit. Il leur faut sans cesse se cacher et se recharger. On pourrait donc ne guère leur donner de chance de survie. D’autant que leur chef, le cyborg Léo est prisonnier des services secrets.  

Le seul atout des hubots rebelles réside... dans les êtres humains eux-mêmes. Leur survie ne peut passer que par la protection de ceux qui les aiment. Inger, l’avocate de Léo et l’amie d’Anita-Mimi. Roger, amoureux de Béa. Thérèse en couple houleux avec le hubot modifié (mais pas libéré) Rick. Pilar qui vit avec Bo. Ce qui ne fait pas, au final, un bien grand nombre d’alliés. 

Niska, leader des rebelles en l’absence de Léo, est le personnage le plus inquiétant du camp des rebelles. Elle a assassiné un couple au tout début de la série. Puis tué un chien. Sa nature violente semble inévitablement conduire à un bain de sang avant la fin de la saison. 

Comment conclure?

Real Humans a distillé la violence tout au long des épisodes. La fin ne devrait pas en manquer. La police et les services secrets craignent que le code détenu par Léo et hérité de son père ne serve à libérer de plus en plus de hubots. Ce qui pourrait menacer l’humanité toute entière. Avec l’horrible perspective d’un retournement de situation dans laquelle les hommes deviendraient les esclaves des hubots. Ou disparaîtraient.

En toute logique, les rebelles devraient être exterminés. Mais cette conclusion annihilerait le propos essentiel de la série. Une fois créés, les hubots deviennent nécessaires aux humains. Les plus évolués peuvent légitimement revendiquer un statut particulier. Dans la réalité, le débat sur le droit des machines et des robots en particulier existe déjà. Tout comme celui qui concerne les droits des animaux. Une intelligence, même artificielle, devient respectable dès lors qu’elle est reconnue comme telle.  Si elle parvient au niveau de celle d’un humain, elle pose un problème délicat. Détruire un robot évolué se rapproche alors d’un meurtre...

La première saison de Real Humans pourrait donc se terminer par le sacrifice de bon nombre des robots rebelles, probablement en raison du caractère violent de Niska. Les principaux personnages hubots, Mimi, Béa et Léo devraient, eux, survivre. La saison 2 permettrait alors de développer les conditions d’un modus vivendi dans une société mixte acceptant de faire une place aux hubots affranchis. Avec pas mal de difficultés à surmonter.

Quelle sera l’issue choisie par Lars Lundström? Nous le saurons ce soir...

M.A.

Photos: Images Arte

Michel Alberganti
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