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Débris spatiaux: qui va faire le ménage de l'espace?

Michel Alberganti, mis à jour le 29.04.2013 à 13 h 10

La plus grande partie des débris spatiaux est concentrée dans une zone de 2000 km autour de la Terre. Image: Nasa

La plus grande partie des débris spatiaux est concentrée dans une zone de 2000 km autour de la Terre. Image: Nasa

L’image de la Nasa représentant les débris spatiaux autour de la Terre donne la mesure de notre gestion de l’espace qui nous entoure depuis le lancement du premier objet humain en orbite. C’était en 1957 et le Spoutnik russe s’était désintégré en rentrant dans l’atmosphère. Depuis, en 56 ans seulement, l’homme a réussi à transformer la banlieue de la Terre en une vaste décharge.  

Comme toujours face à un problème planétaire, nous organisons une conférence internationale. Dans ce domaine, la sixième édition de la conférence européenne sur les débris spatiaux s’est tenue à Darmstadt, en Allemagne, du 22 au 25 avril 2013. Organisé par l’ESA, l’événement nous rappelle que plus de 4.900 lancements de satellites ont eu lieu depuis 1957. Résultat: plus de 22.000 objets détectables, c'est-à-dire d’une taille supérieure à 10 cm, sont en orbite autour de la Terre. Sur ce chiffre, environ un millier sont des satellites en exploitation.

Le reste, soit 94% des objets, font partie des «débris spatiaux».  Et 64% de ces détritus surveillés résultent d’environ 250 explosions ou collisions de satellites ou de fusées. S’y ajoutent 700.000 objets de taille supérieure à 1 cm et 170 millions de débris de plus d’un millimètre, selon les estimations…

En un demi-siècle, l’homme a réussi à mettre la Terre au centre d’une décharge spatiale. Et, outre le désordre, cela pose au moins trois questions:

1.Les débris spatiaux sont-ils dangereux?

En raison de différences de vitesse orbitale qui peuvent atteindre 56.000 km/h, les débris d’un centimètre constituent de véritables projectiles pouvant sérieusement endommager ou rendre inexploitables les satellites opérationnels. Ceux qui dépassent les 10 cm peuvent engendrer des explosions générant, à leur tour, une nuée de nouveaux débris.

Cela s’appelle le syndrome de Kessler, du nom de Donald Kessler, un consultant de la Nasa. Dès 1978, il avait envisagé une sorte de réaction en chaîne produite par les collisions des débris entre eux. Leur nombre augmenterait alors de façon exponentielle. La Terre se retrouverait ainsi prisonnière. L’exploration spatiale et, même, l’exploitation de satellites artificiels deviendrait impossible pendant plusieurs générations.

2.Comment peut-on faire le ménage?

«Il existe un large et fort consensus des experts sur le besoin urgent d’agir maintenant pour commencer le retraits des débris spatiaux», a déclaré Heiner Klinkrad, chef du bureau des débris spatiaux de l’ESA le 25 avril 2013. Pour lui, la prise de conscience de ce problème est comparable à celle du changement climatique  de la Terre, il y a 20 ans. Un constat inquiétant... En effet, cette référence montre à quel point les colloques internationaux peuvent rester inefficaces.

Selon l’ESA, plusieurs opérateurs commencent à prendre conscience des risques et travaillent sur des solutions pour contrôler la quantité de débris spatiaux. L’agence spatiale européenne vient de lancer l’initiative Espace Propre pour évaluer l’impact de ses missions sur la pollution de l’espace.

L’un des principaux opérateurs mondiaux de satellites, Astrium, a annoncé le lancement d’une étude, pour le compte du CNES, pour réfléchir à la récupération de gros débris d’ici 2020 à l’aide de véhicules spatiaux. Ces vaisseaux poubelles s’inscrivent dans le programme OTV (Orbit Transfer Vehicule).

A l’évidence, la technologie de nettoyage de l’espace en est à ses balbutiements. Ainsi, le CNES imagine un OTV, un véhicule de transfert d’orbite, dont un bras robotisé s’accroche au débris et le redescend dans l’atmosphère. Le débris pourrait aussi être directement  équipé d’un moteur pour le désorbiter. On pourrait aussi « souffler dessus » à l’aide d’un moteur ionique...

La Nasa dispose également d’un programme de recherche sur les débris orbitaux. Les solutions envisagées ne sont guère plus claires que celles du CNES.

3.Quel est l’enjeu économique?

La motivation pourrait venir du capital déjà investi dans les satellites. Les 1.000 engins opérationnels autour de la Terre ont coûté 100 milliards de dollars. L’impact économique de leur destruction serait plusieurs dizaines de fois supérieur à ce chiffre. Les télécoms, la météo, la navigation (GPS), la diffusion (télévision) et les missions de surveillance du changement climatique dépendent de ces satellites.

Nous voici donc, en effet, devant un problème similaire à celui du changement climatique. C'est-à-dire planétaire. Avec une différence toutefois. Personne, en effet, ne peut espérer bénéficier de l’accumulation de déchets dans notre espace. Cela devrait donc motiver les Etats et les entreprises pour commencer enfin à faire le ménage. Pourtant, cette tâche représente sans doute un coût très important sans aucune perspective de rentabilité. Pas vraiment de possibilité de recyclage rentable. Si les problèmes techniques ne semblent pas insurmontables, la question essentielle est donc: qui va payer pour un travail laborieux et qui ne fera pas vraiment rêver les foules?

M.A.

Michel Alberganti
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