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«Real Humans»: les preuves d'amour

Michel Alberganti, mis à jour le 26.04.2013 à 9 h 24

La grande originalité de Lars Lundström, qui se dit lui-même peu intéressé par la science-fiction, est de déplacer le cœur de l’histoire vers les sentiments en s’éloignant de la technologie.

La hubot Anita, alias Mimi, est attaquée par une bande de jeune; Source: Arte

La hubot Anita, alias Mimi, est attaquée par une bande de jeune; Source: Arte

[ATTENTION SPOILERS TOUT AU LONG DE L'ARTICLE]

Béa : Tu veux la toucher ?

Roger : Oui

Béa : Tu pense que tu peux m’aimer malgré ça ?

Ce dialogue, situé vers la fin de l’épisode 8 de la série suédoise Real Humans diffusée sur Arte jeudi 25 avril 2013, devrait mettre la puce à l’oreille. A l’image, Béa montre à Roger sa prise électrique, symbole de son état de hubot. Interprété de façon magistrale par Marie Robertson, le rôle de Béatrice Novak, d’abord mineur, n’a cessé de prendre de l’importance au fil des épisodes. Après le septième qui prépare le terrain, le huitième chapitre révèle son importance capitale dans l’intrigue.

Jusque-là, le scénariste Lars Lundström a joué sur deux touches. D’un coté, le rejet des hubots par certains humains. Ou le mépris avec lequel ils sont traités par des maîtres réaffirmant sans cesse leur condition de « machine ». De l’autre, la confusion des genres portée à son paroxysme par les hubots modifiés dont le comportement ne se distingue plus de celui des humains. Dans ce domaine, Béa est la plus élaborée. Elle est la seule à avoir réussi à se faire prendre pour une humaine, taupe hubot à la fois au sein de la police et des activistes anti-hubots. Une performance…


Béa, la hubot qui se fait passer pour une humaine. - Arte

Sans entrer dans le détail de l’histoire qui se poursuit sur son faux rythme de lenteur et avec l’habile tricotage des différents fils du scénario, le puzzle devient de plus en plus lisible. La grande originalité de Lars Lundström, qui se dit lui-même peu intéressé par la science-fiction, est de déplacer le cœur de l’histoire vers les sentiments en s’éloignant de la technologie.


Inger et Léo - Arte

Il y a bien cette quête d’un code permettant de transformer un robot de service humanoïde en un hubot quasi-humain. Et l’affolement de Carl, l’homme des services secrets:

«Imaginez un monde dans lequel il n’y aurait plus un seul humain sur lequel vous pourriez pleurer!»

Mais le plus important, c’est ce qui se déroule chez Roger qui a recueilli Béa et où Malte, le troisième larron des «Real Humans», le groupe terroriste anti-hubot, s’est réfugié. Tout comme les quatre membres des «Enfants de David», cachés dans le sous-sol. Une vraie poudrière donc.


Mi-homme, mi-robot : Léo - Arte

L'amour plus fort de la hubotitude

Logiquement, la maison de Roger devient l’épicentre du séisme. Béa décide d’avouer son amour à Roger qui fait de même. Pour sceller ce sentiment, il reste un obstacle: révéler à Roger que Béa est une hubot… La scène compte parmi les plus fortes de la série. Elle s’achève par ce geste aussi osé que symbolique. Roger accepte de toucher la prise électrique de Béa. L’amour plus fort que l’infirmité. La "hubotitude" se retrouve ainsi hissée au rang de simple différence, comme celles qui existent entre les êtres humains. Que l’amour permet de surmonter.

Nous sommes, enfin, au cœur du sujet. Grâce à son intégration, Béa a percé l’âme humaine:

«La seule chose qui rapproche les humains depuis toujours, c’est l’amour. C’est la seule force capable de leur faire faire n’importe quoi.»

Les différents fils de la série ne sont qu’autant de variations sur le thème des relations amoureuses qui peuvent se tisser entre un humain et une machine qu’il a créée à son image. Tantôt les femmes sont amoureuses de leur hubot (Thérèse et Pilar), tantôt ce sont les hommes (Tobias et Roger). Avec des variations. Comme Lennart, entiché d’un robot masculin, Odi, et assez insensible à son remplaçant féminin, Vera. Ou Léo, mi homme mi robot amoureux d’une hubot, Mimi, alias Anita.

Scènes de ménage pour couples mixtes

Dans tous ces cas, le moteur est le sentiment amoureux. Lars Lundström pousse la similitude avec l’amour humain jusqu’à nous servir des scènes de ménage entre humains et hubots strictement identiques à celles d’un couple d’humains… Un bref instant, on ne peut s'empêcher de penser à l'actualité du mariage pour tous... Où veut en venir le scénariste ? Quel est le plan des hubots rebelles libérés par David Eischer qui vient de se suicider ? Béa est-elle une réincarnation robotique de Béatrice, sa femme qui s’est noyée ? Quel rôle joue Léo ?

Malgré les avancées fulgurantes du huitième épisode, il reste fort à faire et à élucider dans les deux derniers chapitres de la première saison de Real Humans. La série, qui réussit à nous tenir en haleine sans temps morts, a installé un lourd malaise. L’homme, s’il est motivé par l’amour, maîtrise mal l’objet de sa flamme. Béa exploite cette faille au cours d’un dialogue essentiel avec Roger :

Béa : Je voulais être l’une des vôtres. Un être humain capable d’aimer et de fonder une famille, un foyer. Tu trouves ça bizarre? Vraiment?

Roger : Pas du tout…

Béa : Je t’aime, Roger.

Roger : Mais comment tu peux… aimer. Tu n’es qu’une…

Béa : Machine? Je suis la même qu’hier. Quand j’étais contre toi et que tu étais en moi. Tu connais une façon d’être plus vivante?

Roger : Je crois pas. Non…

Le tour est joué. L’amour et le sexe comme preuve de l’humanité… Les hommes semblent donc mal partis. La fin de ce huitième épisode entretient parfaitement le suspense. Avec une dernière phrase qui soulève toutefois un coin du voile. Les hubots pourraient bien avoir comme objectif d’inverser les rôles. Pour intégrer les humains dans leur communauté...

Niska : C’est un plaisir. Bienvenue chez nous.

M.A.

A revoir sur Arte+7:

Episode 7:

 

Episode 8:

 

Michel Alberganti
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