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Biocarburants: les peupliers rallument la bataille OGM

Michel Alberganti, mis à jour le 25.04.2013 à 19 h 03

Peupleraie à Thésée-la-Romaine (Loire et Cher) - Photo: Daniel Jolivet - via Flickr Licence Creative Commons

Peupleraie à Thésée-la-Romaine (Loire et Cher) - Photo: Daniel Jolivet - via Flickr Licence Creative Commons

Après le maïs, le colza ou la vigne, voici les peupliers. Et, cette fois, il ne s'agit pas de culture mais de recherche. Pas d'une nouvelle expérimentation mais de prolongation d'un essai existant. Pas d'un problème sanitaire ou écologique mais d'un rejet pour des motifs essentiellement économiques.

Le verdict n'est d'ailleurs pas définitif. Seul l'un des deux comités du Haut conseil des biotechnologies (HBV) s'est prononcé contre la poursuite de l'essai sur dix lignées de peupliers grisards génétiquement modifiés pour faciliter leur exploitation dans la production d’agro-carburants de deuxième génération. C’est là l’originalité du dossier. Au sein de la même instance indépendante, les conclusions de deux comités divergent… Pas de quoi clarifier l’image des OGM pour le grand public.

Au final, c’est le ministère de l'agriculture qui devra trancher. Mais, déjà, l'Association française des biotechnologies végétales (AFBV), très pro-OGM, s'élève contre le «fauchage» éventuel des peupliers et s'interroge sur ce qu’il nomme une «certaine instrumentalisation du HBV». Ce soupçon laisse entendre que l’instance indépendante, ou, du moins, l’un de ses comités, serait influencée par les pressions écologiques.

Nous voici donc replongés dans les affres du débat sur les OGM... Avec une nouveauté puisque ce ne sont pas leurs dangers pour l’homme ou la nature qui posent problème mais leur intérêt économique. La distinction vient de la structure même du HBV. Celui-ci dispose en effet de deux entités pour rendre ses avis: un comité scientifique (CS) présidé par Jean-Christophe Pagès, par ailleurs professeur et praticien hospitalier à Tours,  et un comité économique, éthique et social (CEES) présidé par Christine Noiville, docteur en droit et directrice de recherche au CNRS.

Le 22 avril 2013, le HBV a rendu public son avis sur la demande d’extension pour 5 ans d’un essai de l’INRA intitulé: «Taillis à très courte rotation de peupliers génétiquement modifiés pour les propriétés du bois – Evaluations agronomique et environnementale – Evaluation du bois pour la production de bioénergie.» L’essai a commencé en 1995 et a été prolongé en 1999 et 2007. L’INRA demande donc une nouvelle autorisation pour 5 ans. Ce qui mènera en 2018, soit 23 ans après les premiers travaux…

Deux avis opposés

Le comité scientifique du HBV a rendu un avis favorable dont la conclusion est la suivante:

«Compte tenu des caractéristiques des dix lignées de peupliers à lignines modifiées, du dispositif expérimental, des pratiques culturales et des mesures de précaution et de surveillance proposées, le CS du HCB considère que l’expérimentation, telle qu’elle est décrite dans le dossier B/FR/12.12.01, ne présente pas de risques identifiables pour la santé humaine ou animale ou pour l’environnement. Les mesures pour limiter la dissémination sont en adéquation avec les risques propres à l’espèce et à la conduite de l’expérimentation et de nature à prévenir toute dissémination et persistance après expérimentation.»

Le comité économique, éthique et social du HBV a, lui, rendu un avis défavorable:

«Même si le risque direct est minime et quel que soit le montant des dépenses finalement engagées – qui, même réduites, pourraient être affectées à d’autres recherches -, ils ne voient pas de réel intérêt à procéder à un nouvel essai dont les objectifs sont mal définis, l’argumentaire flou, l’utilité collective limitée et les éventuels débouchés industriels à terme porteurs de nombreuses interrogations aux plans socio-économique et éthique.»

En fait trois membres du CEES étaient favorables à la poursuite des essais sur les peupliers transgéniques. Mais dix autres ont voté contre et l’ont donc emporté.

Ce cas de figure dans lequel deux comités d’une même instance diverge pourrait faire « jurisprudence » en matière d’évaluation des risques des OGM. Les travaux sur ces derniers vont désormais devoir faire plus que démontrer simplement leur innocuité. Ils vont devoir faire la preuve de leur intérêt socio-économique et éthique, même si l’on a du mal à distinguer cette dimension dans l’avis du CEES.

Nul doute qu’en se positionnant ainsi en censeur de la recherche publique, ce comité prête le flanc à de nombreuses critiques. En même temps, son existence même induit un tel risque. S’il s’agissait, pour lui, de se ranger à l’avis du comité scientifique du HBV, on aurait pu faire l’économie de sa création. Voilà donc l’épreuve de force engagée.  

On sait que le peuplier, premier arbre dont le génome à été entièrement séquencé, est exploité par les populiculteurs pour faire des cagettes, ce qui est inoffensif. Mais il s’agit aussi du bois dont on fait… les allumettes.

M.A.

Michel Alberganti
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