LifeTech & internet

La cartographie des réseaux sur Facebook est toujours aussi fascinante

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 25.04.2013 à 12 h 19

Source: Stephen Wolfram

Source: Stephen Wolfram

Un peu comme il y a la Terre vue du ciel, il y a à présent la vie sociale vue de Facebook. Le plus fréquenté des réseaux socionumériques devient chaque jour un peu plus le terrain d’enquête privilégié des spécialistes de l’analyse des réseaux affinitaires. Avec toutes ses petites connexions entre utilisateurs, le réseau créé par Mark Zuckerberg est une sorte fantasme absolu pour sociologue amateur de cartographie des relations.

Car la force de Facebook est de permettre d’illustrer presque instantanément la forme du réseau de chaque utilisateur. Une représentation graphique —un sociogramme— de la «toile» des relations qui ne cesse de fasciner.

C’est ce que propose Stephen Wolfram, mathématicien, avec son Alpha Personal Analytics for Facebook. Sur son blog, Wolfram affirme que plus d’un million d’utilisateurs a déjà tenté l’expérience. Je n’ai donc pas pu résister longtemps, et les traditionnelles mises en garde à ralonge sur l’intrusion de l’algorithme dans ma vie personnelle ne m’en ont pas découragé.

Intéressons-nous à ce que cet algorithme de Wolfram nous apprend. L’idée majeure est que les réseaux de relations obéissent à des schémas, des graphes type que l’on retrouve chez une majorité d’utilisateurs. Comme Wolfram l’exprime, chaque graphe raconte une histoire personnelle. Voici la mienne:

En vert-bleu, dans la partie sud-est du sociogramme, on distingue un groupe important et très connecté aux autres grappes, qui est celui d'origine. Famille, amis d'enfance et de classe. Il y a ensuite différents sous-groupes d'amis de facs et, en haut, les réseaux professionnels. Le petit groupe jaune de mon ancien travail, les violets qui sont les gens liés à Slate.fr et, en bleu à droite, les personnes qui ont des centres d'intérêt commun avec moi, mais que je n'ai pas ou peu rencontrées.

Sur un autre graphe, mes «amis» sont représentés en fonction de leur rôle social, en particulier les «social gateways», c'est-à-dire les portes d'entrée sociales. Ces individus ouvrent à l'utilisateur un panel large d'amis: c'est par leur intermédiaire que passent de nombreuses connections. Pas étonnant que pour ma part, il s'agisse surtout d'institutions plus que de personnes: éditeurs, journaux, bars, collectifs ou pages Facebook d'artistes.

Voilà pour ma vie fascinante.

Le réseau d'une adolescente américaine

Autre exemple individuel, la représentation graphique de la toile du réseau de la fille de Wolfram, âgée de 15 ans. On voit se détacher ses sous-réseaux qui correspondent chacun à un lieu fréquenté ou à une activité: l'école, en rouge, les camps d'été, en orange et en jaune, l'équipe de sport, plus bas en vert olive, qui n'est pas connectée au reste du réseau.

A ce propos, Wolfram a remarqué que l'âge des amis sur Facebook variait en fonction de celui de l'utilisateur, ce qui n'est pas surprenant, mais son tableau de la répartition est intéressant. Jusqu'à 40 ans, les utilisateurs sont surtout connectés à des gens du même âge, comme le montrent les diagrammes ci-dessous.

C'est encore le cas à 50 ans, mais déjà à cet âge les «jeunes» sont bien plus présents dans les réseaux, correspondant évidemment aux enfants arrivés en âge d'utiliser Facebook. A partir de 60 ans, les utilisateurs connaissent majoritairement des utilisateurs plus jeunes qu'eux, dans les tranches d'âges qui correspondent à celles de leurs enfants.

Les types de réseaux les plus courants

Avec son million de «donneurs» de données, Wolfram a aussi écrit un rapport global sur ce que tous ces réseaux lui ont appris. Le premier tableau ci-dessous recense des exemples de réseaux d'individus qui ont testé l'algorithme Wolfram:

Ce tableau des graphes illustre de manière schématique et simplifiée la structure sociale du réseau de chaque individu.

Comme l'explique Wolfram, ces réseaux-type nous renseignent sur la vie des utilisateurs. La structure la plus commune de réseau est celle constituée de trois grappes principales, toutes connectées entre elles. Mais d'autres présentent des structures dans lesquelles les sous-groupes de communiquent pas, correspondant à un changement d'activité ou à un déménagement...

Autre point intéressant, note Wolfram, le nombre de ces «clusters» ou grappes varie avec l’âge: ils sont de plus en plus nombreux jusqu’à 30 ans, à mesure que nous croisons des univers sociaux nouveaux (école, études, travail, etc.) et déclinent ensuite. Sans doute parce que les liens avec les réseaux éloignés se distendent et disparaissent.

Evidemment, le monde de la science n'a pas attendu Facebook pour se livrer aux analyses de réseaux. Le champ de l'analyse computationnelle littéraire consiste ainsi à réaliser des graphes de réseaux de personnages. Par exemple, Yannick Rochat a construit cette cartographie des personnages des Confessions de Rousseau:

Autre utilisation ludique du graphe social, le site Movie Galaxies consacré aux réseaux relationnels des personnages de films. L'exemple de Traffic de Steven Soderbergh, au scénario complexe faisant intervenir plusieurs univers sociaux qui s'entrecroisent, est particulièrement intéressant:

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte