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Ricine: un poison de choix pour les actions terroristes

Jean-Yves Nau, mis à jour le 18.04.2013 à 14 h 21

Un suspect a été interpellé dans le cadre de l'enquête sur l'envoi d'une lettre empoisonnée à la ricine à Barack Obama. Pourquoi cette substance est-elle utilisée?

Du ricin commun. REUTERS/National Counter Terrorism Centre/Handout

Du ricin commun. REUTERS/National Counter Terrorism Centre/Handout

Les autorités américaines ont annoncé qu'elles avaient interpellé un suspect dans le cadre de l'enquête sur l'envoi d'une lettre empoisonnée à la ricine à Barack Obama. L'individu, Paul Kevin Curtis, est soupçonné d'avoir envoyé trois lettres contenant le poison, à Barack Obama, donc, mais aussi un sénateur républicain du Mississippi Roger Wicker ainsi qu'à un représentant de la justice du Mississippi. Le FBI l'a arrêté à son domicile à Corinth, dans le nord-est de l'Etat, tout près de la frontière du Tennessee.

Hantise des spécialistes du bioterrorisme, la ricine est un poison paradoxal: banal, difficilement décelable et  radical en cas de fortes doses. Sa toxicité dépasse de loin celle du cyanure ou des venins les plus nocifs tandis que sa production ne nécessite aucune technique sophistiquée. Peu coûteuse, efficace à de très faibles doses, elle a toutes les caractéristiques pour provoquer rapidement des phénomènes contagieux de panique collective. A ce titre, c’est là un poison assez idéal pour des actions terroristes.

Cette molécule est naturellement synthétisée par un arbrisseau membre d’une famille nombreuse des plantes dites dicotylédones. Il s’agit soit du ricin commun (Ricinus communis), soit de l’une de ses proches variantes: Ricinus sanguineus, deux plantes qui poussent spontanément dans les régions tropicales et tempérées. Elles sont aussi cultivées comme plante d’ornement et, plus encore, à des fins commerciales. On les trouve notamment dans le sud et l’est des Etats-Unis.  

La plante et ses graines furent longtemps associées à la magie noire et/ou à de très nombreuses pratiques de thérapeutiques médicinales. C’était avant que l’huile extraite soit utilisée soit comme un purgatif-laxatif (d’une redoutable efficacité) soit comme lubrifiant industriel ou comme ingrédient de diverses peintures et vernis. Insuffisamment purifiée, cette huile peut contenir de fortes concentrations de ricine. Il en va de même des tourteaux obtenus après extraction de l’huile.

Comment peut-on empoisonner avec de la ricine?

Rien de bien sophistiqué. Sous la forme d’une poudre blanche dissoute dans l'eau, la ricine peut aisément être utilisée comme contaminant dans des boissons (sans modifier le goût) ou des substances destinées à la consommation humaine. On peut aussi en faire des préparations destinées à être inhalées ou injectées.

Ce fut le cas en 1978 avec l’assassinat à Londres du journaliste bulgare Georgi Markov. Elle fut un moment utilisée par les services secrets soviétiques en tant que principe actif d’un appareil connu sous l’appellation de «parapluie bulgare». On la retrouve également impliquée dans différents suicides.

Le risque majeur aujourd’hui est son utilisation dans des opérations destinées à provoquer des climats de panique collective; comme en février 2004 lorsque de la ricine en poudre fut trouvée, dans la salle du courrier du Sénat au Capitole, à Washington, D.C. On peut également imaginer, comme avec le bacille du charbon (anthrax) des diffusions par voie postale comme ce fut le cas aux Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001.

Comment agit-elle?

Au-delà d'une certaine dose, les effets sont généralement irréversibles. La mort de la personne intoxiquée survient alors entre trois et cinq jours. L’inhalation est nettement plus toxique que l’administration par voie digestive du fait de l’action de certains enzymes qui en détruisent une grande partie. Rien de tel quand elle est introduite dans le système pulmonaire ou par injection (veineuse, musculaire, sous cutanée).  

La ricine est une glycoprotéine formée de deux chaînes polypeptidiques reliées entre elles par un pont disulfure. L’une de ces chaînes (la B) permet à la toxine de se fixer à la paroi cellulaire avant que la chaîne A entre au sein de la cellule, inhibe la synthèse des protéines, ce qui provoque rapidement une mort cellulaire.

Chez l’adulte, la dose létale minimale est estimée entre 0,3 et 1milligrammes par kilogramme. Utilisée en injection une dose de 1 à 3 milligrammes peut tuer. Le seuil de détection de la ricine dans le plasma et les urines est de l’ordre de 0,1 mg/l.

Quels sont les symptômes de l'intoxication?

Sous forme de poudre ou d'aérosol: irritation oculaire (brûlures, larmoiements, conjonctivites) et pharyngée associées à une irritation respiratoire (toux, dyspnée, œdème pulmonaire) pouvant conduire à un syndrome de détresse respiratoire aiguë.

Lorsqu’elle est ingérée, un syndrome gastro-entéritique apparaît dans les deux à six heures: nausées, vomissements, crampes abdominales et diarrhées profuses. Sans traitement, une déshydratation et des insuffisances hépatiques et rénales peuvent être rapidement fatales.

Existe-t-il des traitements?

La prise en charge médicale consiste à traiter les symptômes de l’intoxication. Si l’on estime avoir été exposé à de la poudre de ricine, il convient d’ôter tous les vêtements qui pourraient avoir été en contact avec le poison et de se laver avec de l'eau et du savon.

En cas de risque d’ingestion et en attendant les premiers secours et l’hospitalisation, ne pas chercher à se faire vomir.

Les services sanitaires canadiens préconisent, à titre préventif, de ne pas cultiver de plantes de ricin à son domicile ou dans des endroits publics là où des personnes pourraient entrer en contact avec les graines.

Jean-Yves Nau

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Journaliste
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