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Internet et les médias sociaux engendrent des «cascades informationnelles»

Célésia Barry, mis à jour le 15.04.2013 à 16 h 41

Capture d'écran de la page Wikipédia française du film «Sex and the City».

Capture d'écran de la page Wikipédia française du film «Sex and the City».

Selon une étude de chercheurs de l'université de Copenhague relayée par le site RedOrbit, Internet et les réseaux sociaux amplifieraient les comportements de groupe irrationnels et la désinformation.

«Le comportement de groupe qui nous encourage à prendre des décisions sur des croyances fausses à toujours existé, explique au site Vincent F. Hendricks, professeur de philosophie à l’université de Copenhague et un des auteurs de l'étude. Cependant, avec l'avènement d'Internet et des médias sociaux, ce genre de comportement est plus susceptible de se produire que jamais.»

Sex and the City comme exemple

Dans l'article Infostorms publié dans le journal Metaphilosophy, le groupe de chercheurs prend comme exemple le film Sex and the City, dans lequel le personnage de Carrie Bradshaw lit des extraits d'un livre fictif intitulé Lettres d'amour des grands hommes. Après la sortie du film, les fans se sont rués sur Amazon pour acquérir ce livre, or celui ci n'existait pas à l'époque (il a depuis été édité). Les fans de Sex and the City ont donc commandé, sans le savoir, un autre ouvrage au titre proche, Lettres d'amour de grands hommes et femmes: du XVIIe siècle à nos jours.

«Beaucoup de gens ont acheté un livre dont ils ne voulaient pas, raconte Vincent F. Hendricks. Amazon a lié ce livre avec des produits dérivés du film et il s'est encore davantage vendu. C'est ce qu'on appelle une ‘‘cascade informationnelle’’, selon laquelle des individus par ailleurs rationnels fondent leurs décisions non seulement sur leurs propres informations privées, mais aussi sur les actions de ceux qui ont agi avant eux.»

Les chercheurs citent l'exemple de Wikipédia qui, avec près de 23 millions d'articles écrits, complétés et modifiés par les internautes, est la plus grosse encyclopédie en ligne. Mais, malgré un système de discussions qui permet aux contributeurs de débattre sur les modifications à apporter aux pages, n'est pas à l'abri d'informations erronées:

«La quantité d'articles, le nombre de portails d'informations et d'individus qui les lisent et y contribuent ne garantissent pas la véracité des informations présentes sur Wikipédia et ailleurs.»

Pourtant, selon l'étude de Vincent F. Hendricks, l'encyclopédie était en 2012 au sixième rang des sites les plus visités. Le raisonnement développé par les internautes s'imagine aisément: puisque 365 millions d'autres personnes font confiance à Wikipédia, alors sa marge d'erreur doit être faible.

Tempête d'information

Sur Internet, ajoute le chercheur, ce phénomène d'imitation peut prendre des proportions énormes —bien que, dans le cas de Sex and the City, acheter le mauvais livre n'a probablement eu que peu de conséquences, si ce n'est la perte de quelques dollars.

Pour les chercheurs, ces cascades informationnelles peuvent se révéler dangereuses pour la démocratie. Couplées à plusieurs autres facteurs, comme la polarisation, elles peuvent conduire à ce que l'étude nomme infostorm, une tempête d'information qui «ravage tout», notamment les institutions démocratiques.

«Dans la polarisation de groupe, qui est bien documentée par les psychologues sociaux, un groupe entier peut adopter un point de vue plus radical après une discussion, explique Vincent F. Hendricks, même si les membres du groupe n'adhéraient pas à ce point de vue avant la discussion.»

C.B.

Célésia Barry
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