Sciences / Life

Des fourmis pour détecter les séismes

Temps de lecture : 2 min

Fourmis rouges - Photo Kismihof via Flickr CC
Fourmis rouges - Photo Kismihof via Flickr CC

Le dernier tremblement de terre qui a frappé le sud-ouest de la Chine à Ya'an, dans le district de Lushan (magnitude 6,6 à 7) a fait plus de 200 morts et, sans doute, des milliers de blessés. Chaque événement de ce type nous rappelle la difficulté sur laquelle bute la science en matière de prévision de tels tremblements de terre.

Or, la plupart des victimes pourraient être épargnées si les populations étaient averties, ne serait-ce quelques heures avant le séisme. La multiplication des sismographes et autres observations par satellite ne semblent pas suffisantes pour obtenir une telle alerte.

Faudra-t-il se tourner vers les animaux et certains de leurs sens dont la sensibilité dépasse parfois celle des meilleurs instruments de mesure? Une équipe de chercheurs de l'université Duisbourg Essen a misé sur une espèce de fourmis, la fourmi rousse des bois, formica rufa, que l'on trouve dans une bonne partie de l'Europe, en particulier dans les forêts de conifères.


Le site des foumilières observées par les chercheurs. Photo : Gabriele Berberich et al.

Pendant trois ans, les chercheurs ont filmé, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, les fourmis avec des caméras haute définition dans le bassin Neuwied (Eifel) en Allemagne. Cette observation continue a permis de mettre en évidence l'emploi du temps très routinier de ces insectes. La corrélation entre les événements sismiques et cette activité régulière révèlent une perturbation de l'activité des fourmis quelques heures avant un tremblement de terre.

La phase de repos nocturne ainsi que l’activité diurne disparaissent. Il faut attendre le jour suivant pour que les fourmis reprennent le rythme habituel. Les chercheurs poursuivent l’analyse des 45 000 heures de vidéo qu’ils sont enregistrées grâce à une logiciel développé en collaboration avec leurs collègues de l’université de Dortmund.

Les raisons qui poussent les fourmis à réagir de la sorte avant un séisme restent mystérieuses. De même, les chercheurs ignorent comment les insectes réagiraient à des tremblements de terre de magnitude supérieure à 4 car ces phénomènes ne se sont pas produits pendant leurs trois années d’expérience.


Image naturelle à gauche et thermique à droite des colonies de fourmis.
Source: Gabriele Berberich et al. avec Geog Dittié

Dans l’immédiat, l’équipe dirigée par Gabriele Berberich va mettre au point un système d’alerte basé sur l’analyse de l’activité des fourmis. Ensuite, après 6 mois de test, le système sera installé dans une région à plus forte sismicité.

Les recherches à plus long terme doivent permettre d’éliminer les facteurs perturbateurs, comme les changements météorologiques, afin d’isoler avec certitude ceux qui viennent de la perception de l’activité sismique par les fourmis. Les limites actuelles conduisent les chercheurs à ne pas présenter leur système comme un outil de prévision des tremblements de terre. Leurs résultats ont été publiés dans la revue Animals le 4 février 2013.

Il est donc trop tôt pour savoir sur les fourmis seront aux tremblements de terre ce que les grenouilles sont à la météo. Mais les chercheurs allemands ont bon espoir. Et l'enjeu justifie largement toutes les tentatives pour découvrir un moyen d'alerter les populations assez tôt pour qu'elles puissent quitter leurs habitations.

M.A.

Michel Alberganti

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