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Real Humans: Pourquoi les humains aiment tant les robots

Michel Alberganti, mis à jour le 13.04.2013 à 2 h 33

Les épisodes 3 et 4 de la série diffusée sur Arte achèvent de camper une société où les hubots mettent le feu aux poudres. Qu'ils les adorent ou les détestent, les hommes sont profondément troublés par cette nouvelle minorité opprimée.

L'avocate Inger et la hubot Anita dans un magasin d'hubots. Photo : Johan Paulin - Arte

L'avocate Inger et la hubot Anita dans un magasin d'hubots. Photo : Johan Paulin - Arte

[ATTENTION SPOILER TOUT AU LONG DE L'ARTICLE]

Roger : «Tu te fais baiser par cette poupée?» 

Thérèse : «Ce serait forcément mieux qu’avec toi!»

Des dialogues aussi incisifs ou troublants, on en trouve bien une dizaine dans les épisodes 3 et 4 de la série suédoise Real Humans diffusée par Arte le 11 avril 2013. Cette densité de la réflexion sur la cohabitation entre les hommes et leurs doubles robotisés est presque excessive. Un peu trop «Arte»... On aimerait parfois que les actes succèdent aux paroles. Que cela bouge, en somme. Peut-être dans les prochains épisodes…

Pour l’instant, dégustons les variations sur le thème: quelles relations peuvent entretenir un être humain et un robot humanoïde presque parfait? Nous sommes en effet dans la partie ascendante finale de la courbe de la fameuse vallée dérangeante (uncanny valley). C'est-à-dire que l’humanisation des robots, les hubots, est telle que leur identification devient souvent impossible. D’où les détecteurs de hubots à l’entrée des boîtes de nuit qui leurs sont interdites.

Nous avons donc une jeune femme de maison, Anita, dans une famille de trois enfants, Vera, la gouvernante d’un vieil homme, l’amant d’une femme qui a quitté son mari, les amants de Therese et Pilar, Bea, la hubot flic infiltrée dans le groupe d’activistes anti-hubots, baptisée Real Humans. Sans parler des rebelles, les «enfants de David» auquel appartient un humain, Léo, amant d’Anita, ex-Mimi.

Tout ceci est d’autant plus complexe que le réalisateur Lars Lundström tricote serré les différents fils de l’histoire. Pourtant, ces deux épisodes établissent clairement le moteur principal de la série: la fascination des hommes pour les hubots. Sans elle, chacun des fils se romprait. Et son inverse, l’aversion des «enfants de David» pour le joug des humains, perdrait son atout essentiel.


Les comploteurs du groupe d'activistes Real Humans - Photo : Johan Paulin - Arte

Dans le quatrième épisode, Niska, la leader des « enfants de David» révèle sa stratégie: «Tous les humains nous adorent. Sauf une petite minorité qu’il s’agit de faire grossir pour multiplier les conflits entre les groupes d’humains et tirer profit de la situation», explique-t-elle en substance.

Ultra lucides, les hubots ont trouvé la faille de leurs maîtres. L’attirance, ou la répulsion à leur endroit –réactions de ces robots percoivent parfaitement– sera le talon d’Achille des humains. Parallèlement, Lars Lundström n’oublie pas la fibre réaliste. Les hubots sont assimilés ouvertement à des motos, des voitures ou des Pacman. Rien n’y fait. La mère de famille, Inger, pourtant opposée à l’arrivée d’Anita, décide non seulement de la garder mais de la traiter comme une personne. Avocate, elle veut défendre la cause de la minorité hubot opprimée dans une remarquable scène avec son patron. Pour finir par lui lancer: 

«Pouvez-vous me prouver que les humains ont une âme?»

L’empathie, l’amour, le sexe… Si les hommes sont aussi attirés par les robots, c’est sans doute tout simplement parce que ces machines ont été programmées pour être de parfaits compagnons. Ce que les humains sont assez rarement, il faut bien le reconnaître. Entre la véritable humanité, avec ses faiblesses, ses bassesses et ses imperfections, et la fausse humanité corrigée de tous ces défauts, nombre d’entre nous seraient tentés par une facilité à ce point confortable. Au diable la réalité actuelle!

Les hubots poussent même le perfectionnisme jusqu’à être reprogrammables. Une puce pour le sexe. Une ligne de code pour qu’une femme se transforme en pornstar. Une autre pour qu’elle exprime sa souffrance dans les relations SM... La personnalisation ultime qu’aucun logiciel de rencontres par affinités ne pourra jamais atteindre avec de simples humains.

Il est tenant de balayer d’un revers de main méprisant la faiblesse des hommes qui les pousserait ainsi à se satisfaire de ce vulgaire factice. Tout le propos de Lars Lundström tend à nous alerter vis-à-vis d’une telle erreur. Le jugement rationnel s’effrite rapidement dès lors qu'on laisse l’affectif prendre les rennes. La suite de la série nous dira sans doute comment les hubots vont, de leur côté, tirer profit de notre penchant pour eux. Vont-ils réussir à se libérer de nous sans le moindre état d'âme?  

Hubot Bo: «C’est vous qui nous avez créés. Nous n’avons pas demandé à exister.»

Inger: «Et vous étiez où avant d’arriver dans ce monde?»

Bo: «En vous. Dans votre imagination.»

M.A.

A revoir sur Arte+7 pendant 7 jours:

Episode 3:

 

Episode 4:

Michel Alberganti
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