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Apollo 10: l'histoire des étrons en apesanteur

Pamela Duboc, mis à jour le 10.04.2013 à 11 h 56

L'équipe d'Apollo 10 via Wikimedia Commons.

L'équipe d'Apollo 10 via Wikimedia Commons.

Comment fait-on ses besoins dans l'espace? Si les astronautes depuis les missions en navette disposent d'un système d'aspiration qui résout, tant bien que mal, le problème de l'urination et de la défécation en apesanteur, le problème était plus délicat auparavant.

Des transcriptions des enregistrements audio de la mission Apollo 10 détaillent –non sans humour– la vie dans la capsule, du 18 au 26 mai 1969, de Thomas Stafford (commandant), John Young (pilote aux commandes du module) et Eugene Cernan (pilote aux commandes du module lunaire).

Avec ses moments de... flottement, lorsqu'un étron vient interrompre une conversation sérieuse. Les extraits auraient été débusqués en premier sur Cracked.

Morceaux choisis:

Stafford: Oh –qui a fait ça?

Young: Qui a fait quoi?

Cernan: Quoi?

Stafford: Qui a fait ça? (rires)

Cernan: D'où ça sort?

Stafford: Donne-moi une serviette, vite. Il y a un étron qui flotte dans les airs.

Young: C'est pas moi. Ce n'est pas un des miens.

Cernan: Je ne crois pas que c'est un des miens.

Stafford: Le mien était un peu plus collant que ça. Jette ce truc.

Young: Dieu tout-puissant.

(astronaute non identifié): (rires)

Stafford: Qu'est-ce que tu vois?

Young: Rien, ça me suffit.

Cernan: Oui.

Young: Joli travail là-dedans.

Cernan: Plus aucun étron ne rentrera là-dedans.

Stafford: Le compartiment à déchets est plein?

Young: Non, merde; il n'y a rien là-dedans.

Cernan: ça descend tout en bas jusqu'à -

(astronaute non identifié): (rires)

Cernan: Merde, quand je suis rentré là-dedans, j'ai dû coller ma main là-dedans et... Il l'a mis dans le sac, n'est-ce pas? Les gars, vous avez essayé de le coller à travers ça avec vos doigts?

(astronaute non identifié): (rires)

Eugene Cernan: Ils ont dit sur 135. Ils nous ont dit que –il y a encore un autre foutu étron! C’est quoi votre problème les gars? Par ici, donnez-moi une –

Thomas Stafford et John Young: (rires)

Cernan: Eh bien chérie, si c’était moi, je saurais si j’étais en train de chier par terre

Stafford: Il se baladait en  flottant ?

Cernan: Oui.

Stafford: (Rires) Le mien était plus collant que ça.

Young: Le mien aussi. Il est rentré dans le sac –

Cernan: Quand j’ai fourré mon doigt dans le mien – le mien était trop mou. Bon sang.

Stafford: (rires)

Cernan: (rires) Je ne sais pas à qui il est. Je ne peux ni le revendiquer, ni le désavouer (rires)

Il faut avouer que, lors des missions Apollo, le système était plus que rudimentaire. Comme l'explique un rapport post-Apollo de la Nasa, il fallait scotcher un sac à son arrière-train, y faire descendre les excréments à la main (nécessaire, en l'absence de gravité), ajouter du germicide et sceller le sac, le pétrir pour bien mélanger le désinfectant avec les selles puis jeter le tout dans un réceptacle à ordures.

D'après le rapport, «un grand savoir-faire pour éviter que les matières fécales ne s’échappent du sac de collecte» était nécessaire et les astronautes d'Apollo 7 auraient estimé à 45 minutes la durée de la procédure.

Ces conversations illustrent bien l'aspect pratique des voyages dans l'espace. L'urination posait également problème lors des missions Apollo, avec un système à valves qui aspirait parfois douleureusement les organes génitaux des astronautes et laissait régulièrement des goutelettes vaporiser l'intérieur de la capsule.

Pour ajouter encore à l'inconfort des odeurs et des étrons flottants, il faut bien imaginer que les trois astronautes cohabitaient dans un espace à peine plus grand que l'habitacle d'une voiture, comme en témoigne cette vidéo de la mission:

Plus d'extraits de transcriptions spatiales, amusants, scatophiles ou poétiques, sont à découvrir sur le blog Distractions in Space.

Pamela Duboc
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