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Des smartphones détecteurs d'essais nucléaires

Foreign Policy, mis à jour le 10.04.2013 à 12 h 28

Entrez dans un futur pas si lointain...

Bored Jesus-Leon via Flickr CC License by

Bored Jesus-Leon via Flickr CC License by

Quand elle a acheté son nouvel iPhone, Mita a choisi de rejoindre le programme des «scientifiques-citoyens»: son smartphone monitore et stocke en permanence des données grâce à ses capteurs de mouvement, son GPS, et ses capteurs de CO2 et autres gaz. Elle fait ainsi partie des centaines de milliers des capteurs de vérification de son pays.
Un matin, son smartphone enregistre une combinaison de mesures très différentes de la norme pour l'endroit où elle se trouve, ressemblant aux mesures prises lors d'un tremblement de terre, ou d'un essai nucléaire sous-terrain.
Le smartphone de Mita rapporte ces informations au bureau central public international de vérification, qui les compare avec les 83 autres capteurs de vérification publics dans la zone de Mita. Après analyse, on s'aperçoit que les données de la zone ne sont pas consistantes avec celles d'un essai nucléaire ou d'un tremblement de terre, et Mita reçoit un email la prévenant que ce n'était qu'une fausse alarme et la remerciant de participer au programme.

Ce scénario est fictif, mais plus forcément pour longtemps. Nos smartphones et nos autres outils technologiques se développent en même temps que le volume de données, l'amélioration de la connectivité et l'arrivée de capteurs, et ils pourraient permettre aux citoyens qui le souhaitent de faire partie de la solution à l'un des problèmes les plus compliqués de notre époque: dans un futur proche, quiconque aura un téléphone portable pourra servir d'inspecteur des armements nucléaires.

La vérification –procédé pour s'assurer que les pays respectent les traités qu'ils ont signés– pose souvent un gros problème aux accords internationaux. Il est essentiel de pouvoir s'assurer que l'autre partie ne développe pas secrètement de nouvelles menaces en ne respectant pas un accord. Dans le passé, cette vérification s'est faite grâce à des «Moyens Techniques Nationaux», c'est-à-dire des satellites espions ou d'autres outils de renseignements utilisés par les gouvernements pour surveiller le reste du monde.

Elle peut aussi se faire grâce à des «Moyens Techniques Partagés», des instruments et des données qui sont partagés par plusieurs nations participant à un traité ainsi qu'avec des organisations de vérification, comme l'Agence internationale de l'énergie atomique.

Mais bientôt, les découvertes technologiques permettront de faire avancer les «Moyens Techniques Publics», c'est-à-dire des informations générées par le public ou rendues accessibles au public (mais aussi à la communauté scientifique, au secteur privé, aux ONG...). Les individus pourraient alors jouer un rôle grâce à leurs smartphones: nous avons déjà de nombreux capteurs –le Samsung Galaxy S4 a par exemple des capteurs qui mesurent l'humidité et la pression atmosphérique. Et leurs données pourraient permettre d'alerter les gouvernements ou les inspecteurs internationaux.

Il serait alors plus difficile pour les Etats de violer des accords établis sans se faire repérer. Et nous n'en sommes pas si loin: nous avons pu confirmer que l'accéléromètre de l'iPhone 4 pourrait permettre à 95% de détecter un essai nucléaire sous-terrain d'une puissance d'une kilotonne à 150 kilomètres à la ronde.

Il y a bien sûr un certain nombre de problèmes techniques avant de pouvoir utiliser des Moyens Techniques Publics pour vérifier qu'un Etat respecte un traité. Outre les questions diplomatiques et de volonté politique, l'intégrité des bases de données doit pouvoir être vérifiée pour empêcher des tromperies. Filtrer des données collectées par un groupe de capteurs dynamique et variable pour en tirer des choses intéressantes est plus que compliqué. Il faudrait appliquer des standards pour que les différents téléphones ne produisent pas des données dans des formats différents, et il faudrait également s'assurer de la protection des utilisateurs.

Ce ne sont pas des petits problèmes, mais ce serait bête de ne pas profiter de tout ce pouvoir potentiel.

Christopher Stubbs et Sidney Drell

 

Christopher Stubbs est un astrophysicien expérimental à Harvard. Sidney Drell est un professeur émérite au centre de l'accélérateur linéaire de Stanford.

Traduit et adapté par C.D.

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