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A Fukushima, Tepco ne sort toujours pas la tête de l'eau

Michel Alberganti, mis à jour le 08.04.2013 à 11 h 28

Après des fuites radioactives, une panne du système de refroidissement et une coupure d’électricité attribuée à un rat, l’opérateur de la centrale nucléaire japonaise a créé une cellule de crise. La bataille de l’eau semble encore loin d’être gagnée.

Ouvriers dans la centrale de Fukushima Daiichi - Photo : Reuters

Ouvriers dans la centrale de Fukushima Daiichi - Photo : Reuters

Plus de deux ans après la catastrophe nucléaire qui a suivi le séisme et le tsunami du 11 mars 2011, l’opérateur de la centrale, Tepco, continue à collectionner les pannes. Selon une dépêche AFP, l’entreprise a créé une cellule de crise, dimanche 7 avril 2013, pour améliorer la gestion du site et recouvrer la confiance des citoyens japonais après la série d’incidents des dernières semaines.

Cette décision révèle la situation pour le moins délicate dans laquelle se trouve encore aujourd’hui la centrale. L’une des principales difficultés réside dans la gestion de l’eau de refroidissement utilisée en permanence pour refroidir les cœurs des réacteurs et les piscines de stockage du combustible usé. 

Pas moins de 370 tonnes d’eau par jour sont ainsi utilisées pour refroidir les réacteurs N°1 à 3. Mais, selon l’Asahi Shimbun, 400 tonnes d’eau provenant des nappes sous-terraines se déversent dans les bâtiments des réacteurs tous les jours. Tepco envisage de pomper cette eau pour la stocker. Même dans ce cas, il resterait 200 à 300 tonnes par jour inondant les bâtiments. L'un des problèmes majeurs étant d'éviter que cette eau ne s'écoule vers la mer, toute proche.


Vue aérienne des réservoirs de stockage des eaux contaminées dans la centrale de Fukushima Daiichi - Source : Tepco

Pour stocker toute l’eau contaminée, l’opérateur a construit des réservoirsaprès avoir dégagé une zone forestière proche de la centrale avec une capacité de stockage de 325 000 tonnes. Il semble que ces réservoirs sont déjà pleins à 80%.  

En fait, le 2 avril, la quantité totale d’eau radioactive présente dans la centrale a été estimée à 370 000 tonnes. D’ici l’automne, Tepco prévoit de disposer d'une capacité de stockage de 450 000 tonnes d’eau auxquelles l’opérateur envisage d’ajouter 250 000 tonnes grâce à de nouveaux réservoirs.  

Fuite de 120 tonnes d'eau radioactive

C’est dans ce contexte de crise des capacités de stockage que, le 6 avril 2013, une fuite de 120 tonnes d’eau contaminée s’est produite à partir d’un réservoir de stockage sous-terrain. « Les panneaux en polyéthylène ont perdu leur étanchéité », a simplement expliqué Masayuki Ono, porte-parole de Tepco.


L'un des réservoirs sous-terrains de stockage de l'eau contaminée - Source: Tepco

Ce réservoir mesure 60 mètres de long par 53 mètres de large et 6 mètres de profondeur. Ses parois sont recouvertes d’une couche de 6,4 mm d’argile surmontée par deux couches de polyéthylène (PE) de 1,5 mm chacune. Masayuki Ono a indiqué que la cause de la fuite n’était pas connue à ce stade. Toute l’eau du réservoir (13 000 tonnes) va devoir être transférée. Mais 47 tonnes d’eau devraient encore s’échapper avant que cette opération ne soit achevée.

Le 7 avril, une seconde fuite a été suspectée après la détection d’une forte radioactivité (2200 becquerels par cm3) dans de l’eau enfermée entre les couches d’étanchéité d'aun autre réservoir. La fuite ne dépasserait pas les 3 litres, selon Tepco, sur un réservoir qui en contient 10 000 tonnes.


Ouvriers travaillant dans la centrale de Fukushima - Photo : Reuters

Le 5 avril 2013, le système de refroidissement des piscines de combustible usé s’est arrêté. Sans explication pour l’instant. La piscine concernée contient 514 barres de combustible usé et 52 barres de combustible neuf. L’immersion dans l’eau permet à la fois de refroidir les barres et d’éviter l’émission de radiations. L’arrêt du système de refroidissement signifie que l’eau n’est plus renouvelée. Il s’agit exactement de la même panne que celle qui a provoqué la catastrophe, il y a deux ans.

La vague du tsunami avait alors submergé le système électrique de la centrale et mis hors d’usage les moteurs diesel de secours. Privés de refroidissement, trois des cœurs de réacteur étaient entrés en fusion. Les émissions d’hydrogène provenant des piscines avaient alors provoqué des explosions détruisant plusieurs bâtiments de réacteurs.

Tepco s’est voulu immédiatement rassurant, tout comme au lendemain de la catastrophe. La température dans la piscine du réacteur N°3 était voisine de 15°C et il aurait fallu deux semaines pour qu’elle atteigne le seuil de sécurité de 65°C. Les mesures effectuées autour de la centrale n'ont pas montré d’élévation du niveau de radiation. Quelques heures après la panne, le système de refroidissement a été redémarré.


Le rat responsable de la panne de panneaux électrique - Source:Tepco

Il y a moins d’un mois, le 25 mars 2013, Tepco a publié le résultat de son enquête sur la panne d’électricité survenue le 18 mars précédent et qui, elle, avait duré 29 heures. Les systèmes de refroidissement des piscines avaient alors également été coupés. Responsable : un tableau de distribution électrique de secours apporté à la centrale peu après le 11 mars 2011 et toujours en service depuis.

Un rat provoque un court circuit

Le véritable coupable de la panne s’est révélé être un rat qui, en grimpant sur l’appareil a provoqué un court circuit. Des marques de griffures ainsi que le corps électrocuté de l’animal ont convaincu les enquêteurs de sa culpabilité. On peut toutefois s’étonner qu’un simple rat puisse provoquer un court circuit privant la centrale de fonctions essentielles pour la sécurité.

Il semblerait souhaitable que l’isolation de tels composants rende impossible un tel court circuit… De même, le fait que le rat ait pu pénétrer à l’intérieur de l’appareil peut surprendre. Pour éviter que cela ne se reproduise, les ouvriers de la centrale ont déconnecté les éléments essentiels de ce tableau électrique temporaire situé à l’extérieur et les ont branchés sur un tableau intérieur, « à l’épreuve des rats », a précisé l’opérateur de la centrale.

Ces incidents à répétition confirment les critiques sur la façon dont Tepco gère les travaux de démantèlement de Fukushima Daiichi qui devraient durer plusieurs dizaines d’années. Si les réacteurs sont arrêtés depuis le drame, ils doivent toujours être refroidis. Mais ce sont les piscines qui semblent poser le plus de problèmes. Le 4 avril, Tepco a annoncé avoir, pour la première fois, transféré des  barres de combustibles de ces piscines vers un réservoir de stockage temporaire. Il s’agit de faire de la place pour l’entreposage des barres provenant des réacteurs 1 à 4 qui, semble-t-il, sont toujours à l’intérieur des réacteurs.

Proposition de redémarrage des réacteurs nucléaires

Un tel spectacle ne fait pas les affaires du nouveau premier ministre du Japon, Shinzo Abe. Le 3 avril, il a annoncé l’approbation par son Cabinet d’une proposition de relance de l’industrie électrique nipponne. Après l’arrêt de la totalité des 54 réacteurs de l’île en mai 2012, seuls deux d’entre eux ont été remis en fonctionnement.

 Malgré la forte opposition de l’opinion publique nippone vis-à-vis du nucléaire, Shinzo Abe maintient son projet de redémarrage massif des réacteurs, sous réverse d’une démonstration de leur sécurité. Parmi les différents points de sa proposition, qui doit encore être validée par le Parlement, on trouve la séparation entre les industries de production et de distribution l’électricité. Ce qui rappelle furieusement le débat sur la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires…

M.A.

(Re)écoutez l’émission Science Publique que j’ai animée sur France Culture le 15 mars 2013

Table ronde

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Club Science publique: Fukushima deux ans après : Quel bilan? Quelles leçons? 58 minutes Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobilevideo

Débat avec Thomas Houdré,directeur du service du contrôle des centrales nucléaires d'EDF à l'Autorité de sureté nucléaire (ASN)

 

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