«Real Humans» prend le risque de rompre avec les lois de la robotique

La bande des "enfants de David" - Source: Arte

La bande des "enfants de David" - Source: Arte

La nouvelle série lancée par Arte le 4 avril 2013 viole les règles du genre. Les deux premiers épisodes campent le décor, les personnages et les ressorts de l'action. Avec pas mal de caricatures et de situations paradoxales.

Mettre en scène une société dans laquelle des robots humanoïdes sont devenus presque identiques à des êtres humains est une entreprise à haut risque. La nouvelle série Real Humans diffusée sur Arte depuis jeudi 4 avril 2013 le démontre en explorant systématiquement tous les pièges du genre dans le premier épisode.

Les «hubots» se distinguent des vrais humains par un reste de raideur dans leur attitude qui leur donne une vague ressemblance avec les envahisseurs pourchassés par David Vincent (1969). L’arrivée de la hubot Anita dans la famille qui l’a achetée est bien loin de l’intensité de la mise en scène de Steven Spielberg dans la première partie de A.I. Artificial Intelligence (2001).

Quant aux dissidents hobots, les «enfants de David» qui entrent en action dès le début, ils tiennent plus de vampires assoiffés d’électricité, bien loin des mémorables personnages de Ridley Scott dans Blade Runner (1982). Sans parler du port USB apparent derrière le cou ou de la rallonge électrique avec un enrouleur sous le bras, façon aspirateur, ou du crâne à calotte décollable et du sang bleu fluo comme les yeux.

[ATTENTION SPOILER JUSQU'À LA FIN DE L'ARTICLE]

Les différences, même négatives, avec d’écrasantes références, sont le gage d’une originalité du propos du réalisateur suédois, Lars Lundström. Dès le premier épisode, il s’offre même le luxe de violer superbement les trois lois de la robotique, véritable dogme établi par Isaac Asimov dans les années 1940, en particulier la première qui interdit à un robot de porter atteinte à un être humain.

Le hubot Anita - Source: Arte

Real Humans (100% humains) applique donc son titre à la lettre. Les hubots ne sont pas des robots. L’ambiguïté des situations vient essentiellement du fait que les utilisateurs humains prennent, justement, les hubots pour de simples machines lorsqu’ils en font l’acquisition. On comprend très vite que nous sommes en présence de plusieurs générations de robots. Les dissidents font partie des plus sophistiqués ce qui leur donne un aspect et des performances, d’autonomie en particulier, nettement supérieures.

L’amant d’Anita, lui, fait appartient à l’évidence à la catégorie des 100% humains, même s’il doit tout de même se recharger. Les modèles moins évolués utilisés par différentes familles installent rapidement les cinq problématiques que la série va probablement développer.

  1. L’esclavage. C’est le point de départ avec le robot ménager utilitaire. Il permet une introduction sans danger du robot dans la société des humains, en particulier dans les familles.
  2. L’humanité artificielle. Très vite, le trouble s’installe. L’apparence humaine et, surtout, l’intelligence des hobots et leur capacité d’adaptation au milieu qui les accueille rend immédiatement difficile de les considérer comme de simples objets ou machines sophistiquées.
  3. La concurrence affective. Vient ensuite, logiquement, la relation affective. Qu’il s’agisse de la mère voulant lire une histoire à sa fille qui préfère Anita. Ou de la femme qui regarde sa série préférée à la télévision avec son hubot et qui s’oppose ainsi au mari qui voudrait voir un match.
  4. Le fantasme sexuel. Au premier coup d’œil, la mère de la famille qui a acheté Anita voit le danger. De fait, le robot acquis pour un usage ménager possède également un programme de rapport sexuel. Le mari ne parvient pas à jeter ce dernier à la poubelle. Le jeune fils de la famille surprend Anita nue dans la salle de bain… Sans parler du paradis des hubots.
  5. La révolte contre le créateur. Dès les premières images de la série, le groupe des « enfants de David » commet un double meurtre. Il tente à l’évidence d’échapper au contrôle des hommes, même si ses objectifs restent peu clairs.

Ainsi, les deux premiers épisodes de la série campent à la fois le décor, le monde d’aujourd’hui, les personnages et les ressorts de l’action. L’une des difficultés qui engendre déjà des situations délicates, voire ridicules, réside dans le paradoxe temporel. Une technologie inaccessible aujourd’hui, et qui le restera sans doute pendant plusieurs décennies, est greffée sur un environnement dans lequel on se connecte encore par un port USB sur le hobot pour le programmer et sur le courant électrique, genre Autolib’, pour le recharger et où les humanoïdes transportent en file indienne des cartons dans un entrepôt...  

Ce principe du futur injecté dans le présent a été pratiqué habilement par Michael Crichton (L’homme terminal, Jurassic Park, Congo...). Il peut néanmoins poser problème et conduire à des incohérences pouvant nuire à la crédibilité des situations. Les prochains épisodes nous montrerons si Lars Lundström évite les pièges de ce paradoxe temporel.

Autre écueil fondamental: la rupture avec les lois de la robotique. Terminator et Matrix s’y sont déjà frottés, mais avec des machines. Ici, ce sont des clones robotiques qui se révoltent. Vont-ils devenir de simples esclaves révoltés contre leurs maîtres ou bien inventer une nouvelle version de l’émancipation de la créature vis-à-vis de son (C)créateur?

M.A.