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La biologie synthétique pour sauver les espèces menacées

Michel Alberganti, mis à jour le 04.04.2013 à 9 h 57

Des chercheurs plaident pour l'intégration des techniques d'ingénierie génétique dans les stratégies de conservation des espèces, mais aussi pour recréer celles qui ont déjà disparu.

Guépard au Centre Hoedspruit des espèces en danger,un animal classé vulnérable par l'Union internationale pour la conservation de la nature / jespahjoy via FlickrCC Licence by

Guépard au Centre Hoedspruit des espèces en danger,un animal classé vulnérable par l'Union internationale pour la conservation de la nature / jespahjoy via FlickrCC Licence by

Si le rêve de Jurassic Park, qui se transforme en cauchemar dans le livre de Michael Crichton (1990) dont a été tiré le film du même nom, n’est guère d’actualité, les espoirs visant à faire renaître des espèces disparues depuis moins longtemps que les dinosaures ne sont pas abandonnés.

La fondation The Long Now mène ainsi plusieurs projets concernant, par exemple, le mammouth laineux, la tourte voyageuse ou le loup de Tasmanie.

L’idée réside dans l’utilisation de l’ADN contenu dans des spécimens présents dans les musées pour recréer l’espèce qui a naturellement disparu. De là à imaginer faire de même pour celles qui sont menacées ou en voie d’extinction, il n’y a qu’un pas que certains avocats de la biologie synthétique n’hésitent plus à franchir.

Extinction non dféfinitive

Ainsi, trois chercheurs ont-ils publié un article dans la revue PLOS Biology du 2 avril 2013 un article plaidant pour le rapprochement entre cette discipline et les spécialistes de la conservation de la nature. D’emblée, ils déclarent: 

«L’extinction pourrait ne pas être définitive si les biologistes de synthèse et d’autres poursuivent leur proposition d’utilisation des techniques d’ingénierie génétique avancée pour sauver les espèces en danger et ramener celles qui sont éteintes.»

Ces scientifiques pensent que de nouvelles stratégies sont nécessaires au sein de la communauté des conservateurs des espèces pour faire face aux défis de la biologique synthétique. Ainsi, ils distinguent cinq thèmes qui réclament des débats et des décisions politiques de la part des scientifiques et des techniciens de la conservation:

  • Les possibilités de recréer des espèces disparues.
  • Comment les organismes synthétiques  interagiront avec les espèces existantes.
  • La définition de ce que «naturel» veut dire.
  • L’utilisation de la biologie synthétique pour rendre des services aux humains (stockage de carbone, contrôle de la pollution).
  • L’usage de la vie synthétique pour des bénéfices privés, tels que les applications aux procédés industriels, à l’agriculture et à l’aquaculture. En particulier, quel  équilibre peut s’établir entre risques et gains privés et bénéfices et sécurité publics ?

De fait, chacun de ces sujets méritent une réflexion en profondeur. «La biologie synthétique est un domaine extrêmement important et bourgeonnant mais ses conséquences sur la biodiversité et la conservation restent actuellement peu comprises», reconnaît  John Robinson, conservateur en chef à la World Conservation Society (WCS).  

Dialogue public apaisé

Cette réflexion pourrait être étendue bien au-delà de la question de la conservation des espèces. Aujourd’hui, la biologie synthétique se développe dans les laboratoires sans susciter le moindre intérêt ni le moindre débat dans la société. La ministre de la recherche et de l’enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, a pourtant rendu un rapport intitulé « Les enjeux de la biologie synthétique » à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) en février 2012. Parmi ses conclusions, elle écrivait :

« L’émergence de la biologie synthétique pourrait être l’occasion, en France, de mettre en place un certain nombre d’initiatives concrètes permettant un dialogue public apaisé et constructif, à l’image de ce qui s’est fait au Royaume-Uni. Au-delà, elle pourrait faire l’objet d’une ambition nouvelle, peut être utopique, mais qui mérite d’être tentée : celle d’une véritable culture de démocratie participative permettant à la société et à la science de « co-évoluer » et de s’enrichir mutuellement dans un processus commun. »

Aujourd’hui ministre, Geneviève Fioraso se retrouve en excellente position pour lancer de telles initiatives et appliquer sa suggestion enjoignant de « favoriser une discussion publique sereine sur les enjeux de la biologie synthétique ».

M.A.

Michel Alberganti
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