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Le sexe est-il une histoire de classe sociale?

Célésia Barry, mis à jour le 02.04.2013 à 19 h 07

Un couple Zoetnet via Flickr CC License by

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Si on en croit une étude menée par Nathalie Bajos et Michel Bozon, la classe sociale influence le sexe. Les résultats obtenus par les deux sociologues mettent toutefois à mal les idées reçues.

L'étude «Sexualité et appartenance sociale à l’âge adulte», publiée dans Raison Présente en 2012, tire ses chiffres d'une enquête menée en 2006 auprès de plus de 12.000 personnes âgées de 25 ans à 49 ans, explique Agnès Giard sur son blog les 400 culs dans un post intitulé «Ouvrière ou CSP+, qui est la femme la plus libérée sexuellement?». Pendant plus d'un an, Nathalie Bajos et Michel Bozon ont interrogé chacune d'entre elles sur leur sexualité lors d'un entretien téléphonique d'une cinquantaine de minutes.

«Les personnes de milieux favorisés se pensent souvent bien plus ouverts et plus imaginatifs en matière de sexualité que les personnes de milieu populaire, qu’ils voient comme conservatrices», explique Michel Bozon. Certes, écrit Agnès Giard, les femmes des milieux manuels sont moins enclines à la masturbation que celles des milieux intellectuels, puisque seules 46% d'entre elles se masturbent contre 85% des intellectuelles. 20% n'ont jamais pratiqué le sexe oral (contre 2% des femmes issues des milieux intellectuels) et 77% considèrent qu'il est «impossible de réussir sa vie sans avoir d’enfant» (contre 57% des intellectuelles).

Mais les ouvrières sont 30% à reconnaître regarder du porno là contre 17% des intellectuelles, note Agnès Giard. Les artisanes et les commerçantes sont également plus nombreuses que les intellectuelles à avouer avoir été attirées par des femmes. Elles sont 47% à avoir pratiqué la sodomie dans l'année précédent l'entretien, ajoute-t-elle. Et 10% des agriculteurs affirment avoir eu un rapport sexuel avec une prostituée dans les cinq années précédents l'entretien contre seulement 2,4% des hommes issus des milieux intellectuels.

Agnès Giard explique ces chiffres par une vision plus normative de la sexualité chez les femmes issues des milieux populaires. Ainsi, les femmes des professions intellectuelles «ne désapprouvent pas a priori les rapports sexuels sans amour, contrairement aux ouvrières non qualifiées qui les condamnent et valorisent une sexualité strictement conjugale», affirme Michel Bozon, même s'«il n’existe pas de groupes sociaux qui se montreraient "traditionalistes" à tous points de vue ou systématiquement “avant-gardistes”, si ces expressions ont un sens».

Comme l'âge, le milieu social déterminerait en partie les pratiques sexuelles et ce que les personnes interrogées acceptent de raconter, indique Agnès Giard: si certaines intellectuelles considèrent la fellation comme une pratique émancipatrice, les manuelles y voient une technique longtemps reservée à la prostitution et désapprouvée par l'Eglise à cause de sa nature non reproductive, notait Grégoire Fleurot sur Slate en 2010, ce qui explique que seules 57% d'entre elles reconnaissent s'y adonner. La pratique plus importante de la fellation chez les femmes issues de milieux favorisés est due à une aptitude sociale à se distancier de la norme de «sexualité pénétrative».

De même, indique Michel Bozon, si seulement 17% des femmes issues de milieux intellectuels avouent regarder du porno, c'est peut-être parce le visionnage de films pornographiques «est considérée par les classes les plus favorisées comme une pratique vulgaire.[...] Il s'agit peut-être d'une auto-censure dans les déclarations».

Célésia Barry
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