Science & santéLife

La solitude tuerait moins que l'absence d'interactions sociales

Michel Alberganti, mis à jour le 02.04.2013 à 20 h 14

Une étude anglaise montre que le risque de décès, au-delà de 52 ans, est supérieur de 26% chez les personnes qui ont très peu de contacts humains. En revanche, le sentiment de solitude n'aurait pas d'impact sur la durée de vie.

Loneliness - Photo : Yasser Alghofily - via Flickr licence CC

Loneliness - Photo : Yasser Alghofily - via Flickr licence CC

«L’enfer, c’est les autres», selon Sartre. Pourtant, pour les plus de 50 ans, il semblerait que la vie sans les autres soit synonyme de mort prématurée. Et cela, même si leur solitude n’est pas mal vécue. En fait, la vie sociale serait, si ce n’est le paradis, un stimulant et une aide vitale. L’article publié par la revue PNAS le 25 mars 2013 apporte ainsi de nouvelles statistiques sur les liens entre solitude, isolement social et risques de décès.  

L’auteur principal, Andrew Steptoe, professeur en épidémiologie et  santé publique à l’University College de Londres, et ses collègues s’appuient sur les résultats d’une analyse de 6500 hommes et femmes âgés de 52 ans et plus qui ont participé à une étude sur le vieillissement entre 2004 et 2005 en Angleterre. Les chercheurs ont recensés les contacts de ces personnes avec des amis, de la famille, des groupes religieux et d’autres organisations afin de caractériser le degré de relation sociale. Ils ont ensuite comptabilisé les décès parmi les participants au cours des 7 années suivantes, c'est-à-dire jusqu’en mars 2012.

Sur les 6.500 personnes suivies, 918 sont mortes pendant la période d’observation. Soit 14,1% en moyenne avec une disparité liée au sexe: 16,2% d’hommes et 12,3% de femmes. Parmi ceux qui étaient les plus isolés socialement, les statistiques révèlent un risque de décès supérieur de 26%, même après corrections par les facteurs liés à l’âge, au sexe ou à la santé.  

Sentiment de grande solitude

Les chercheurs ont ensuite étudié la relation entre le sentiment de grande solitude lui-même et la mort. Dans un premier temps, ils ont trouvé la même augmentation de 26% du risque de décès. Mais en tenant compte d’autres facteurs comme le niveau de vie, l’éducation et l’existence de problèmes de santé, cet écart a disparu. Le sentiment de solitude ne rendrait donc pas plus vulnérable à la mort.

Andrew Steptoe explique ce surprenant constat par le fait que, selon lui, de nombreuses personnes sont parfaitement heureuses en vivant seules. Pour autant, ce sont les conséquences pratiques de cet isolement qui engendrerait une augmentation du risque de décès. En effet, en cas de problèmes de santé ou d’accident, ces personnes ne reçoivent pas l’aide et l’assistance qui pourraient leur sauver la vie.

Différences culturelles

Tout le monde n’est pas d’accord avec cette conclusion. Ainsi, John Cacioppo, professeur de psychologie à l’université de Chicago a publié en mars 2012 dans la revue Social Science & Medecine un article sur les relations entre la solitude, la santé et la mortalité des personnes âgées aux Etats-Unis.  Ses résultats montrent, à l’inverse de ceux d’Andrew Stepcoe, une corrélation entre solitude et taux de décès. Pour lui, l’explication de cette différence pourrait être culturelle. Anglais et Américains ne répondraient pas avec la même franchise aux questions sur leurs relations sociales. Ils auraient même une définition différente du mot «amis».

Comme souvent en sciences humaines, le diable se cache dans les détails. Il faudra donc d’autres études pour faire la part entre les effets de la solitude elle-même et ceux de l’absence d’interactions sociales. D’ici là, la sagesse populaire ne sera guère contredite. Mieux vaut être riche, en bonne santé et avoir plein d’amis que pauvre, malade et seul.

M.A.

Michel Alberganti
Michel Alberganti (227 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte