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Pourquoi le mariage gay correspond à une vision moderne du mariage

Temps de lecture : 2 min

Source: Court Merrigan
Source: Court Merrigan

Mariage gay, le retour. Comme on le notait mardi, la Cour suprême des Etats-Unis examine deux dossiers qui concernent le mariage entre personnes de même sexe. En particulier, la plus haute autorité juridique du pays doit se prononcer sur la situation du mariage gay en Californie, où il a été autorisé en 2008 avant d'être rejeté par référendum et, depuis, a fait l'objet de décisions de justice contradictoires.

Dans ce cadre, une vision stimulante et, une fois n’est pas coutume, originale du débat autour du mariage entre personnes de même sexe est proposée sur Bloomberg par les professeurs de politiques publiques de la Wharton School (université de Pennsylvanie) Betsey Stevenson et Justin Wolfers.

Ils rappellent que, comme pour nombre de nos institutions, le mariage a eu longtemps une vocation économique. C’est en particulier le prix Nobel d’économie et penseur conservateur Gary Becker qui a décrit le mariage comme un modèle d’organisation économique: un peu comme dans une PME, les (deux) employés ont des compétences différentes qui convergent vers la production de revenu pour l’entreprise.

L’un des époux, l’homme, se spécialise dans la recherche de revenu sur le marché du travail, l’autre, la femme, dans la gestion des tâches domestiques. Et dans cette optique, la division du travail social est source de meilleure productivité. Ce fût le cas jusqu’à ce que la révolution industrielle domestique libère l’épouse des tâches ménagères, ou, pour rester dans le cadre clinique de l’analyse économique, rende inutile le maintien au foyer d’un époux spécialisé dans les tâches domestiques.

Les barrières à l’entrée des femmes sur le marché du travail ont en parallèle progressivement disparu. Et le tout convergeait pour que la division du travail au sein du mariage devienne un coût plus qu’une opportunité.

Dès lors, la fonction du mariage va radicalement changer: il ne s’agit plus d’un partage des tâches en vue d’optimiser les gains du couple, mais plutôt d’«un forum de partage d’expériences et de passions». «Un mariage hédoniste», au sein duquel la coparentalité a plus de sens que la division des rôles entre le parent maternant et la parent disciplinaire…

Ainsi comme le résumaient déjà très bien les deux auteurs en 2008 sur le site Cato Unbound:

«En définitive, qu'est-ce qui motive le mariage moderne? Nous pensons que la réponse est qu'il s'agit d'une évolution de la famille d'une association de partage de la production à une association de partage de la consommation. Au cas où vous trouveriez que la langue économique manque de romantisme, soyons plus clairs: le mariage moderne est une question d'amour et de relation.»

C’est pourquoi les gens qui adhèrent à cette vision moderne du mariage, qu’ils soient hétéros ou homosexuels, trouvent tout à fait logique et naturelle l’idée d’un mariage entre deux personnes de même sexe.

«Ils partagent des valeurs, des désirs et des intérêts communs. Ne pas leur permettre de se marier est aussi arbitraire que d’interdire aux couples de différentes ethnies ou religions de se marier.»

Un consensus se forme aux Etats-Unis chez les chercheurs en sciences sociales, en faveur de l’innocuité du mariage gay sur le développement scolaire, émotionnel, cognitif des enfant, écrit par ailleurs le Washington Post. Mais pour les représentants des think tank conservateurs, comme l’Heritage Foundation, les structures familiales différentes entraîneront nécessairement des effets différents sur les enfants, poursuit l'article.

A la lumière de l’analyse de Betsey Stevenson et Justin Wolfers sur l’évolution du mariage, qui devient le cadre d'un partage d’expériences et de vues entre deux personnes aux fonctions de plus en plus interchangeables, on peut se demander si finalement les structures de couples homo et hétéro contemporaines sont si différentes que cela sur un plan fonctionnel.

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