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De la vie sur Mars? C'est possible...

Des roches dans deux différentes zones de Mars. A gauche, la photo a été prise par le robot Opportunity dans la région Meridiani du cratère Endurance. La roche est constituée de grès riche en sulfate. A droite, la roche de Yellowknife Bay photographiée par Curiosity dans le cratère Gale est constituée de sédiments à grains fins. Image : NASA/JPL-Caltech/Cornell/MSSS

Des roches dans deux différentes zones de Mars. A gauche, la photo a été prise par le robot Opportunity dans la région Meridiani du cratère Endurance. La roche est constituée de grès riche en sulfate. A droite, la roche de Yellowknife Bay photographiée par Curiosity dans le cratère Gale est constituée de sédiments à grains fins. Image : NASA/JPL-Caltech/Cornell/MSSS

D'après les premières analyses du robot Curiosity, les conditions sont réunies pour qu'une la vie ait existé sur la planète rouge, il y a quelques milliards d'années. Il ne reste qu'à en trouver des traces...

Un jour, il y a quelques milliards d'années, de l’eau coulait sur Mars. Et Prométhée a peut-être alors façonné de petits hommes verts à partir de la boue transformée en roche sur la planète rouge. On peut rêver...

Pour l’instant, le robot Curiosity, lui, se contente de faire des trous dans l’argile martienne pour en analyser la composition. Les premiers résultats ont été publiés par la Nasa le 12 mars 2013.

Eau, dioxyde de carbone, azote, oxygène, dioxyde et sulfure de soufre, phosphore sont présents dans la poudre de roche sédimentaire du cratère Gale sur lequel le robot martien s’est posé le 5 août 2012. «Quelques-uns des ingrédients chimiques clés pour la vie», commente la Nasa.

Tel est le principal résultat obtenu, pour l’instant, par la mission Mars Science Laboratory (MSL).

500 éléments

Curiosity a collecté la poudre résultant de son forage du rocher baptisé «John Klein» début février 2013. Le 27 février, dans l’instrument d’analyse du robot (SAM), l’échantillon a été chauffé à 835°C et les gaz émis ont été analysés par un spectromètre de masse (QMS). Les signatures de pas moins de 500 éléments ont été enregistrés dont les 5 principaux sont représentés sur le schéma ci-dessous.


Analyse des 5 principaux gaz présents dans l'échantillon prélevé lors du premier forage réalisé par Curiosity sur Mars -  Source: NASA/JPL-Caltech/GSFC

Ensuite, l’échantillon a été transféré à un spectromètre laser (TLS) pour la mesure des isotopes du carbone, de l’oxygène, de l’hydrogène et de l’oxygène présents dans l’eau et le CO2. Il s’agissait de préciser le rapport deutérium-hydrogène dans l’eau car il donne des indications pour l’exploration d’anciens réservoirs d’eau sur Mars.

Troisième étape de l’analyse, la chromatographie en phase gazeuse qui permet d’isoler les molécules d’un mélange et qui joue un rôle essentiel dans la recherche de composés organiques.

Environnement habitable pour les microbes

«La question fondamentale, pour cette mission, est de déterminer si Mars a pu connaître un environnement habitable, rappelle Michael Meyer, responsable scientifique de la mission MSL. D’après ce que nous savons, la réponse est oui.» 

L’interprétation des analyses indique que la région de Yellowknife Bay que Curiosity explore était l’extrémité d’un système de canaux descendant sur les pentes du cratère Gale ou bien le lit d’un lac humide par intermittence. Des conditions qui auraient pu fournir l’énergie chimique et l’environnement nécessaires à la vie de microbes.


Photo en fausses couleurs de la zone du cratère Gale ou Curiosity s'est posé le 5 août 2012. Emplacement du rocher "John Klein" dans lequel le robot a foré son premier trou - Source : NASA/JPL-Caltech/MSSS

20% d'argile et de boue

La roche sédimentaire (mudstone) est composée d’argile et de boue à la granulométrie très fine et contient des minéraux qui indiquent que l’environnement humide de Mars n’était pas très oxydant, acide ou très salé. Ce qui est favorable à la vie. «L’argile représente au moins 20% de l’échantillon», note David Blake, responsable à la Nasa de l’instrument CheMin (analyse chimique et minéralogique) de Curiosity.

La Nasa indique que «les minéraux composant l’argile proviennent de la réaction entre de l’eau relativement douce et des roches magmatiques (ignées) telles que l’olivine, présente dans l’échantillon. Cette réaction a pu se produire à l’intérieur du dépôt sédimentaire, pendant le transport du sédiment ou à sa source. La présence de sulfate de calcium dans l’argile suggère que le sol est neutre ou peu basique [pH supérieur à 7]».


Les deux travaux de Curiosity sur Mars

Paul Mahaffy, responsable de l’instrument SAM, juge «impressionnante» la quantité d’éléments chimiques identifiés dans l’échantillon. Le mélange de produits présentant différents degrés d’oxydation correspond aux variations d’énergie que de nombreux microbes exploitent pour vivre sur Terre. Idem pour la coexistence de sulfates et de sulfures.   

Loin d'une preuve de vie

On l’aura compris, Curiosity n’a pas découvert de traces de vie mais seulement des conditions compatibles avec son apparition. La différence est considérable.

Ce que cherche vraiment le robot, ce sont les molécules organiques composées d’atomes de carbone et d’hydrogène qui seraient la véritable démonstration de la possibilité d’une existence de vie passée sur Mars. Mais pas encore la preuve qu’elle a réellement existé lorsque la planète rouge possédait une atmosphère dense et de l’eau à profusion sur la surface.  

Cette analyse n’est donc qu’un tout premier pas. Certes, il va dans la bonne direction mais la distance séparant la Nasa de «la» grande découverte semble encore immense. Néanmoins, après un séjour de plus de sept mois sur Mars, il fallait que l’agence américaine montre que la mission MSL, qui a coûté 2,5 milliards de dollars, donne enfin quelques résultats. D’autant qu’elle doit se battre avec une panne de mémoire informatique et que le Soleil, en s’interposant entre Mars et la Terre, va interrompre toute liaison avec Curiosity pendant presque tout le mois d’avril, comme le note le New York Times.

Ainsi, Curiosity va pouvoir s’offrir quelques vacances. Pas de quoi redorer son blason... Il a tout de même réussi à forer un trou et à réaliser une analyse. Cela vaut bien un peu de repos.

M.A.

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