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Comment il peut neiger en mars quand le climat se réchauffe

Les phénomènes météorologiques extrêmes sont associés au réchauffement climatique. Pourtant, une vague de froid, prise isolément, ne peut lui être attribué. Mieux vaut quand même s'y habituer.

Vue prise à Cherbourg 11-12 mars 2013 - Tempête et neige - Regates JO Via Flickr Creative Commons

Pour Météo France, l’hiver est terminé depuis plus de dix jours. Mais pas pour les habitants du nord de la France et, surtout, du Calvados et de la Manche, départements en alerte rouge en ce 12 mars 2013. D’après le ministère de l’intérieur, une telle chute massive et brutale de neige en cette saison ne s’était pas vue depuis 40 ans. Il est sans doute trop tôt pour établir des records mais pas pour se poser la question banco : quelle est la relation entre les mètres de neige qui couvrent la côte normande, au lieu d’être réservés aux pistes de ski, et le réchauffement climatique ?

Apparences trompeuses

On entend déjà les sceptiques interprêter l’ambiance sibérienne qui s’est installée en Normandie comme la preuve qu’il fait plus froid et non plus chaud… Avec le climat, les apparences sont souvent trompeuses et les liens avec le réchauffement global d’une complexité à toute épreuve. Serge Planton, responsable du groupe de recherche climatique à Météo-France, ne se décourage pas. Une fois de plus, il nous explique les différences entre météo et climat et les incertitudes sur les mécanismes qui relient l’un à l’autre.


Evolution de la surface de glace de mer en Arctique entre mars et septembre 2012 - Source : NOAA

La neige ne contredit pas le réchauffement

L’intuition humaine n'est pas bonne conseillère dans ce domaine. Pas plus qu’une hirondelle ne fait le printemps, une tempête de neige ne contredit pas le réchauffement. Au contraire. Peut-être. L’un des effets avérés et actuels de la montée de la température du globe depuis 50 ans, c’est la fonte de la glace de mer en Arctique. Le phénomène est mesuré avec précision depuis les années 1970. Lors de l’été 2012, la surface de cette glace n’avait jamais été aussi faible et la quasi-totalité de la surface de la couverture glaciaire de l’Arctique a commencé à fondre. Certains experts osent prédire la disparition de toute glace en été d’ici 4 ans.  

Oscillation arctique

Comment moins de glace en Arctique peut-il provoquer plus de neige en Normandie ? Il est possible que ce soit dû à un phénomène connu sous le nom d’oscillation arctique. Il s’agit d’une différence de pression entre l’Arctique et l’Equateur. Lorsqu’elle est positive, la pression est supérieure dans nos régions et l’air froid reste sagement dans son royaume nordique. Mais elle peut devenir négative et alors, l’air polaire descend vers le sud, c'est-à-dire vers nous. Or, le réchauffement climatique, plus fort au Pôle Nord, peut modifier cet équilibre en réduisant les différences de températures et favoriser les épisodes anormaux comme l’hiver glacial de décembre 2010 ou l’été froid de juillet 2011. Une théorie utilisée par certains climatologues pour expliquer également la vague de chaleur de l’été 2012 aux Etats-Unis.  


Evolution de la surface de la glace en Arctique au cours de l'année et pendant trois périodes. On constate que le minimum diminue régulièrement. Source : NOAA 

Pas si simple

« Attention, ce lien n’est pas absurde mais il n’est pas démontré, prévient Serge Planton. Pour lui, les modèles utilisés restent trop faibles pour permettre d’extrapoler. Il note, en particulier, que les différences de températures au sol entre l’Arctique et l’Equateur se révèlent inversées en altitude, dans la troposphère. En effet, cela se complique… « L’instabilité des masses d’air dépend des différences de température sur l’ensemble de l’atmosphère », précise Serge Planton. C’est toujours ainsi avec le climat et la météo…

Faute de prévisions, il reste les probabilités. Elles ont été établies depuis longtemps par le GIEC, les experts du climat. Les événements météorologiques extrêmes se multiplient sous l’effet du réchauffement climatique. Le problème, c’est le décalage entre le temps climatique et le temps… humain. Ainsi, le fait que la température moyenne du globe se soit stabilisé au cours des dix dernières années ne veut rien dire. « Malgré les canicules de 2003 et 2006, il est possible que les températures baissent pendant une dizaine d’années pour repartir ensuite à la hausse », note Serge Planton.

Une école d’humilité

Les Normands pourraient donc ne plus subir de neige en mars pendant des décennies. Ou bien se retrouver dans la même situation dans quelques années. Le climat est bien une école d’humilité. Il faut dire que la tache des scientifiques est immense. Le prochain rapport du GIEC, dont le premier volet est annoncé pour septembre 2013, devrait tenir compte de nombreux phénomènes, en plus du culpabilisant taux de CO2 engendré par l’homme et contribuant à l’effet de serre.

Quel rôle jouent les particules de pollution dans l’atmosphère ? Et celles émises par les volcans ? Ou la vapeur d'eau ? Comment réactualiser les modèles climatiques à la lumière de la vitesse de réchauffement imprévue de l’Arctique ? Quel rôle joue l’oscillation arctique dans les événements météorologiques extrêmes ?  Toute la question est de savoir si les climatologues parviendront à répondre à ces questions avant que ce ne soit plus nécessaire. Car nous n’aurons plus qu’à sortir de chez nous pour les obtenir.

M.A. 

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