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Curiosity se prélasse sur Mars

Curiosity passe une partie de son temps à se photographier lui-même... Ici, l'image est constituée de 66 clichés pris par le Mars Hand Lens Imager (MAHLI) le 3 février 2013, 177e jour martien de présence du robot sur la planète rouge (NASA/JPL-Caltech/MSSS).

Curiosity passe une partie de son temps à se photographier lui-même... Ici, l'image est constituée de 66 clichés pris par le Mars Hand Lens Imager (MAHLI) le 3 février 2013, 177e jour martien de présence du robot sur la planète rouge (NASA/JPL-Caltech/MSSS).

Une tempête solaire, une panne de mémoire, des dunes de sable qui bougent... Le robot de la Nasa a-t-il la poisse? Ou un caractère de tire-au-flanc? On attend toujours ses premières découvertes...

Peu à peu, le caractère de Curiosity se dessine. Par petites touches. Comme un portrait peint au ralenti.

Malgré son aspect massif, plutôt lourdaud, Curiosity n'est pas un bourreau de travail. Très loin d'un Stakhanov des mines martiennes.

Depuis son atterrissage épique sur la planète rouge, le 6 août 2012, le rover de la Nasa prend visiblement son temps. Ce qu'il préfère, en fait, c'est prendre des photos. Du paysage, bien sûr, mais surtout de lui-même. Sous tous les angles. «Curiosity a atterri». «Les traces de Curiosity sur le sol martien», «Curiosity ramasse un échantillon de sable», «Curiosity part en ballade», «Curiosity fore un trou dans le sol»


Bras robotique de Curiosity

Touriste dilettante

Ainsi, en sept mois, le robot narcissique a réussi à ne rien découvrir du tout, ce qui n’était pas évident sur une planète lointaine. Parfois même, c’est la sonde qui survole Mars, ou même son prédécesseur Opportunity, qui ont fait l’actualité, alors que ce dernier devrait être hors d’usage depuis des années.

Mais, tout comme son collègue Spirit, il a un caractère tout différent. Vif, alerte, curieux de tout, il n’a cessé d’arpenter le terrain, de gravir des pentes, d’explorer des cratères. Pas du tout le style touriste dilettante de Curiosity, qui adore envoyer des tweets à tout bout de champ et en recevoir de la Terre…

La mémoire qui flanche

Alors, il est arrivé ce qui devait arriver. Un instant d’inattention de trop, un manque de «focus», comme disent les Américains, et c’est la mémoire qui flanche. Cela s’est produit le 27 février 2013, trois jours après avoir commencé l’analyse de l’échantillon provenant du premier forage remontant au… 9 février.

Ce jour-là, alors qu’il est en plein travail d’analyse chimique, patatras! Blackout total. Le lendemain, la Nasa annonce un «pépin» dans la mémoire flash associée à l’ordinateur de bord qui fonctionnait depuis l’atterrissage.


Une trace de roue de Curiosity dans le sable martien

Face B

Que s’est-il passé? Une brusque surcharge de travail? La Nasa enquête… Certains observateurs pensent que ce sont les radiations cosmiques venues du soleil qui sont fautives. Personne n’ose imaginer que Curiosity puisse être lui-même responsable, genre grève sur le tas après l’épuisant forage d’un trou de 16 mm de diamètre sur 64 mm de profondeur.

Les techniciens de la Nasa font mine de n’avoir rien remarqué et se contentent de changer de disque:

«Curiosity fonctionne maintenant sur sa face B déjà utilisée pendant une partie du vol vers Mars.»

Il s’agit, en fait, de l’ordinateur de secours. Le basculement ne semble pas une manœuvre très facile.


Le premier trou (à gauche) foré par Cuisiosity sur Mars

Total Recall

Le 4 mars, la Nasa a annoncé que Curiosity était sorti de son mode de fonctionnement de sécurité (safe mode) et avait recommencé à utiliser son antenne de communication dès le dimanche 3 mars. L’agence américaine a également expliqué qu’elle travaillait sur la récupération de la Face A et, surtout, sur le transfert de toutes les informations nécessaires au fonctionnement du robot (position du bras, position du mât…).

Il faudra sans doute lui rappeler où il en était de son travail d’analyse pour qu’il retrouve tous ses esprits. A moins que, dans les jours à venir, il ne trouve un nouveau moyen de s’adonner au farniente martien.  


Une tempête solaire en cours le 12 juillet 2012 - Image : Nasa 

Tempêtes magnétiques

S’il se confirme que la panne de mémoire de Curiosity a été provoquée par une tempête magnétique, cela révèlerait une vulnérabilité inquiétante pour l’avenir du robot sur Mars. En effet, un tel phénomène, de grande ampleur, s’est produit le 26 février, soit la veille de la panne de mémoire de Curiosity.

Le «pépin» a été qualifié de «leçon d’humilité» par Richard Cook, directeur du projet Curiosity, sur CBS News, comme le rapporte le Los Angeles Times. Le robot lui-même semble alarmé. Le 6 mars, il a envoyé un tweet d’alerte:

«Une tempête arrive! Il y a une tempête solaire se dirigeant vers Mars. Je retourne dormir pour me mettre à l’abri…»

Sacré tire-au-flanc !

S’il se révélait que Curiosity ne supporte pas les orages magnétiques, son avenir sur Mars serait compromis. Contrairement à la Terre, Mars n’est pas protégée par une atmosphère dense et une magnétosphère puissante.

Le bombardement par les particules chargées provenant du soleil y est constant, avec des pointes pendant les tempêtes magnétiques. Le phénomène risque de se produire à tout moment avec une intensité imprévisible. Curiosity a donc toutes les chances de multiplier les siestes salvatrices.


Les champs de dunes que devrait rencontrer Curiosity dans le cratère GALE - Image: SETI - Simone Silvestro

Dunes mouvantes

Les incertitudes sur l’avenir du robot martien pourraient également concerner le sol sur lequel il se déplace, si l’on en croit l’étude publiée le 7 février 2013 par Simone Silvestro. En effet, ce chercheur au Centre Carl-Sagan de l’Institut Seti y explique que les dunes du cratère Gale, le site sur lequel Curiosity s’est posé, se déplacent.

La découverte est récente. Auparavant, il semblait que le relief de surface de la planète rouge était inactif. Pas du tout, en fait. Ainsi, les dunes bougent à la vitesse de 0,4 mètre par année terrestre dans une direction sud-ouest. Soit 1 mm par jour.

Ce n’est pas grand-chose, mais Curiosity devrait pouvoir observer ce déplacement lorsqu’il traversera le champ de dunes du cratère. Cela pourrait constituer une première sur Mars. S’il ne trouve pas le moyen d’être englouti dans un trou masqué par le sable, il pourra prendre des photos.


Reproduction du mouvement des dunes sur Mars - Source : SETI

Redorer le blason

En attendant, la Nasa semble consciente de l’urgence de redorer l’image de son robot de 899 kg, auquel elle a offert un voyage de 563 millions de km et dans lequel elle a investi pas moins de 2,5 milliards de dollars. L’agence spatiale prévoit son retour à un fonctionnement pleinement opérationnel pour la semaine prochaine. Tempête solaire ou pas…

Et elle a annoncé, dès le 7 mars, une conférence de presse pour le 12 mars destinée à «la discussion des analyses de Curiosity sur le premier échantillon de poudre de roche jamais collecté sur Mars». L’idéal serait que ces analyses révèlent quelque chose de nouveau. Patience…


Le premier échantillon de poudre de roche martienne collecté par Curiosity

M.A.

Illustration: Photos de Curiosity: Nasa/Jpl-Caltech/MSSS 

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