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Pilules de 3e et 4e génération: les risques de thrombose et embolie bientôt sur l'ordonnance?

L'ANSM veut imposer aux médecins ou sages-femmes de mentionner par écrit sur l’ordonnance qu’ils ont bien indiqué les risques de thrombose et d’embolie auxquels acceptent de s’exposer leurs patientes. Les médecins contestent ce projet.

Une femme tient une pilule, à Nice, le 3 janvier 2013. REUTERS/Eric Gaillard.

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient d’annoncer cette semaine une prochaine modification des règles de prescription des pilules contraceptives de 3e et 4e générations. L’idée est de demander aux prescripteurs de mentionner par écrit sur l’ordonnance qu’ils ont bien indiqué les risques de thrombose et d’embolie auxquels acceptent de s’exposer leurs patientes.

A partir de la fin mars, le médecin prescripteur ou la sage-femme devront obligatoirement notifier de manière manuscrite cette donnée. Si tel n’est pas le cas, le pharmacien ne délivrera pas la prescription.

Cette initiative prise sans concertation a aussitôt suscité l’ire de la CSMF, le premier syndicat médical français, qui se dit «consterné». Elle s’élève «contre l’absurdité d’une telle mesure, qui rend aujourd’hui plus facile de prescrire des produits opiacés qu’un contraceptif». Elle dénonce aussi une mesure «qui ajoute des complications administratives inacceptables, au seul motif que l’ANSM ne prend pas ses responsabilités dans ce dossier et se construit des alibis, sans mesurer qu’elle porte gravement atteinte à la relation médecin/patient en institutionnalisant la méfiance».

Le syndicat médical ajoute que «les confirmations écrites exigées par l’ANSM constituent une remise en cause profonde de la prescription en général». «S’engager dans cette voie aujourd’hui conduira, demain, les médecins ou leurs assureurs à demander aux patients de signer des formulaires de consentement éclairé pour chaque prescription, ajoute-t-il. Et après-demain, un juriste ou un avocat tiendra le stylo de chaque prescripteur.» En pratique, la CSMF refuse d’entrer dans ce «cycle infernal» et regrette que les pouvoirs publics et les agences de santé «cèdent à la panique» et cherchent «avant tout à se protéger».

Freiner drastiquement les prescriptions

Cette mesure coïncide avec celle annoncée au beau milieu de la crise par la ministre de la Santé Marisol Touraine de ne plus rembourser les pilules de 3e génération, qui l’étaient jusqu’alors. L’ANSM s’engage là dans une politique ouvertement destinée à freiner drastiquement la consommation des contraceptions oestroprogestatives de 3e et 4e générations, jugée excessive en France.

L’Agence du médicament a annoncé que dorénavant, elle s’engageait à rendre publique l’évolution des chiffres de vente de ces médicaments. Elle annonce pour l’heure que la vente des pilules de 3e et 4e générations a, depuis le début de l’année, diminué d’environ 25% par rapport à la même période de l’année précédente.

Cette baisse s'est simultanément accompagnée d’une hausse de la vente des pilules de 2e génération (de l’ordre de 16%). «Ce mouvement de report vers les COC de 2e génération s’est donc largement amorcé et devrait se poursuivre dans les semaines et mois à venir», estime l’ANSM. 

«Principe bon, méthode mauvaise»

«La nouvelle mention manuscrite sur les prescriptions de pilules de 3e et 4e génération est une mesure intéressante, mais perfectible», fait valoir Dominique Dupagne. Ce médecin blogueur reconnu dans la profession médicale lance toutefois une pétition. Objectif: que l’ANSM se rende compte rapidement de son «erreur» et «inverse la charge de cette mention manuscrite».

«Le principe est bon mais la méthode est mauvaise, fait-il valoir. Ce n’est pas au médecin d’écrire qu’il a bien informé la patiente, c’est à la patiente d’écrire qu’elle a bien été informée par le médecin. Seule la patiente peut réellement attester de la réalité et de la qualité de cette information. Cette procédure est à la fois bien plus fiable, bien plus pédagogique pour la patiente et bien plus simple pour le médecin.» Le Dr Dupagne recueille aussi les signatures de celles et ceux qui «trouvent aussi idiot de faire écrire le médecin que la patiente».

On peut également observer que l’ANSM a, dans son initiative, oublié de faire mentionner que la femme a bien été informée contre le risque cardio-vasculaire de loin le plus important: la consommation de tabac associée à la prise d’une pilule contraceptive, quelle que soit sa génération.

J.-Y. N.

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