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Investissons dans les climatiseurs

Michel Alberganti, mis à jour le 26.02.2013 à 10 h 28

La vague de chaleur qui a frappé les Etats-Unis au cours de l'été 2012 ne serait pas due aux seuls aléas météorologiques. Des chercheurs de l'Institut Potsdam l'attribue directement au changement climatique. Préparons-nous au chaud et froid.

Un enfant joue avec une fontaine à New York, le 20 juin 2012. Photo : Eric Thayer/Reuters

Un enfant joue avec une fontaine à New York, le 20 juin 2012. Photo : Eric Thayer/Reuters

Lentement, mais sûrement, la météo rattrape le climat. Ou le contraire. C'est-à-dire que les effets du réchauffement climatique influence les phénomènes météorologiques. A première vue, rien d’étonnant. En réalité, les climatologues nous expliquent depuis près de 20 ans que… « cela n’a rien à voir ». Difficile à avaler. Sauf s’il s’agit d’une question de temps. Alors là, bien sûr… Difficile de contredire les climatologues lorsqu’ils nous expliquent que le climat, ce n’est pas le temps qu’il fera demain mais bien l’état climatique de la planète dans… le futur.

Pourtant, à l’évidence, le climat existe aussi aujourd’hui… La rigueur scientifique se prend ainsi parfois les pieds dans le tapis. La cause du réchauffement climatique anthropique en sait quelque chose. A force de prévoir la catastrophe pour demain, elle finit par se produire sans que personne n’ait pris conscience de l’urgence. D’agir pour la limiter ou de s’y préparer pour en atténuer les conséquences.

Phénomènes extrêmes

Le prochain rapport du GIEC, prévu pour 2014, pourrait tenir compte des manifestations météorologiques du changement climatique. En particulier pour les phénomènes extrêmes, annoncés de longue date par le GIEC, comme les sècheresses, les canicules, les inondations et autres multiplication des ouragans. C’est d’ailleurs le cyclone Sandy, qui a touché en octobre 2012 les Caraïbes et l’est des Etats-Unis, qui a conduit Barack Obama à mettre la prise en compte du changement climatique au rang des priorités de son second mandat.

Avant même Sandy, les Etats-Unis avaient subi un été caniculaire, durant de juin à août 2012. Des milliers de records de température furent battus. La chaleur provoqua une centaine de morts et des millions d’habitants furent privés d’électricité. Des températures jusqu’à 45°C ont été enregistrées, comme dans le Tennessee le 29 juin 2012. Mais c’est surtout la durée de la canicule qui s’est révélée exceptionnelle. Le phénomène a largement dépassé ce que la France a connu avec la fameuse canicule de 2003, responsable de près de 15 000 décès.

Responsable : le fort réchauffement de l’Arctique

Pour quelles raisons de telles vagues de chaleur peuvent-elles se produire ? Pourquoi durent-elles parfois si longtemps ? Une équipe de chercheurs de l’Institut Potsdam pour la recherche sur l’impact du climat pensent avoir identifié le phénomène responsable. En analysant les vagues de chaleur aux Etats-Unis, ils ont modélisé les déplacements d’air sur l’ensemble de la planète. « Dans les latitudes moyennes, une part importante les mouvements de l’air prend la forme de vagues qui errent tout autour du globe, oscillant entre le tropique et les régions Arctiques, explique Vladimir Petoukhov qui dirige l’équipe. Quand elles remontent vers le nord, ces vagues aspirent l’air chaud des tropiques et le dirigent vers l’Europe, la Russie ou les Etats-Unis. Quand elles descendent, elles font de même avec l’air froid de l’Arctique ».  

La découverte des chercheurs concerne la raison pour laquelle ces vagues ont pu s’immobilier pendant plusieurs semaines au même endroit. Le mouvement cyclique de l’air chaud suivi par de l’air froid s’est alors arrêté. Mais pourquoi ? Les climatologues ont noté une forte amplification de la composante lente de ces vagues d’air, habituellement faible.  

Un réchauffement inégal

Or, le changement climatique engendré par l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère, responsable d’un renforcement de l’effet de serre, ne se traduit pas par un réchauffement uniforme de la planète. En Arctique, comme nous l’avons vu au cours de l’été 2012, le réchauffement, amplifié par la perte de neige et de glace qui fait diminuer l’albédo de la surface, est beaucoup plus fort que prévu mais aussi que dans d’autres régions comme l’Europe. De plus, les continents réagissent plus rapidement au réchauffement et au refroidissement que les océans. Or, c’est justement la différence de température qui sert de moteur au déplacement des masses d’air.  

Panne des vagues d'air chaud

« Ces deux facteurs jouent un rôle crucial dans le mécanisme que nous avons identifiés, déclare Vladimir Petoukhov. Ils se traduisent par une structure anormale du flux d’air dans les latitudes moyennes qui piège les vagues lentes ». Autrement dit, le flux d’air tombe en panne. Lorsqu’il transporte de l’air chaud, une canicule s’installe. Et elle dure jusqu’à ce que la mécanique des fluides retrouve sa dynamique.

Les chercheurs de l’Institut Potsdam, dont les travaux doivent être prochainement publiés dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, ont modélisé ces phénomènes et ils ont testé leurs équations sur les données météorologiques quotidiennes de US National Centers for Environmental Prediction (NCEP). Au cours des dernières années, qui ont vu plusieurs phénomènes métrologiques extrêmes frapper les Etats-Unis, le piégeage et l’amplification de certaines vagues ont été effectivement observées. Les données montrent une augmentation de l’occurrence de ces schémas atmosphériques anormaux, avec un niveau de confiance de 90%. Néanmoins, la période de 32 ans étudiée est trop courte pour tirer des conclusions définitives.

Longues canicules, hivers rigoureux

L’équipe allemande de climatologue a néanmoins peut-être mis le doigt sur l’un des effets majeurs du changement climatique. Si la différence de température entre l’Arctique et les continents européens et américains continue à décroître, on peut raisonnablement craindre que les pannes dans la circulation des vagues d’air chaud et froid ne se multiplient. Longues canicules et longs hivers rigoureux sont donc en perspective.

L'échec systématique des conférences internationales et autres sommets de la Terre nous laisse peu d'espoir d'un arrêt ni même d'un véritable enrayement du réchauffement climatique d'ici la fin du siècle. Alors, n'en déplaise aux croisés de l'anti-clim, et même si l'air conditionné renforce les émissions de CO2 et fait exploser la facture d'électricité, il ne nous restera plus que la solution du désespoir : investir dans les climatiseurs…

M.A.           

Illustrations:
Cyclone Sandy : NOOA - Wikimedia Commons 
Mesure de l'épaisseur de la banquise : Nasa

Michel Alberganti
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