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Du boson de Higgs à l'apocalypse

Michel Alberganti, mis à jour le 21.02.2013 à 9 h 28

Bad news. La particule de Dieu révélerait une profonde instabilité de l'Univers. Loin de l'éternité, son destin serait d'être, un jour, anéanti par une «bulle» contenant un univers alternatif...

Simulation Millenium des galaxies de l'Univers. Via Wikipédia

Simulation Millenium des galaxies de l'Univers. Via Wikipédia

Cela ressemble à un scénario de film de science-fiction de série B. Pire que la téléportation dans Star Trek. Pourtant, la nouvelle provient du respectable meeting annuel de l’American Association for the Advancement of Science qui s’est tenu à Boston du 14 au 18 février 2013. Et elle sort de la bouche du non moins respectable physicien théoricien Joseph Lykken qui travaille au laboratoire Fermi National Accelerator de Batavia (Illinois). Lors de son discours, il a lancé à l’assistance sans doute médusée, ou pétrifiée: «Il se pourrait que l’Univers dans lequel nous vivons soit intrinsèquement instable et qu’à un certain stade, dans quelques milliards d’années, il soit effacé.»

Joseph Lykken fait, par ailleurs, partie de l’une des équipes qui travaillent au LHC du Cern de Genève sur la traque du fameux boson de Higgs. Les derniers résultats, qui doivent confirmer l’annonce fracassante faite en juillet 2012, sont attendus pour le mois de mars 2013. Mais, déjà, les théoriciens font leurs calculs à partir de la découverte, fort probable, de cette particule aussi mystérieuse qu’essentielle.

Pas de Higgs, pas de matière

Le boson de Higgs serait, en effet, le responsable de la masse. Sans lui, certaines particules ne devraient pas en avoir sur le plan théorique, alors qu’elles en ont une dans la pratique. Prises dans le «champ de Higgs», les particules sont engluées dans une sorte de mélasse qui les empêche de se déplacer à la vitesse de la lumière, comme le photon dont la masse est nulle. «Sans l’effet ralentisseur du champ de Higgs, les particules se déplaceraient trop vite pour ne pourraient se lier entre elles pour former les atomes qui constitue les objets matériels de l’Univers», précise le physicien.  Pas de boson de Higgs, pas de matière.

En s’appuyant sur cette découverte fondamentale du Cern, Joseph Lykken a simplement poussé plus loin. «Les calculs montrent que, dans plusieurs dizaines de milliards d’années, il se produira une catastrophe», indique Joseph Lykken. «Une petite bulle de ce que vous pouvez imaginer comme un univers “alternatif” apparaîtra quelque part et, ensuite, son expansion nous détruira», ajoute-t-il en précisant que cet événement se produira à la vitesse de la lumière.

Deux Univers

Seuls les amateurs de la série télévisée Fringe trouveront ce discours tout à fait familier. Joseph Lykken en fait peut-être partie lui-même tant ses mots font écho à cette histoire de science-fiction.

Les auteurs de la série dont la dernière saison, la cinquième, s’est achevée le 18 janvier 2013 aux Etats-Unis, ont imaginé une situation dans laquelle deux Univers coexistent, comme deux alternatives du même univers dans lesquels les mêmes personnages existent, à quelques différences près. Le risque étant que l’un des deux univers ne parvienne à détruire l’autre.

Dans le scénario de Joseph Likken, cette rencontre de deux univers est décalée dans le temps et, surtout, aucune coexistence ne semble possible.  Pas de risque, donc, de nous retrouver, un jour, en face de jumeau alternatif. Du moins avec ces derniers calculs.

En effet, Joseph Likken a utilisé le résultat actuel sorti du LHC. C'est-à-dire un boson de Higgs dont la masse, que les physiciens expriment avec une unité d’énergie, ce qu’E=MC2 permet, de 126 GeV (gigaelectronvolt). Cette valeur n’est pourtant pas établie avec une précision définitive. Certaines rumeurs font même état de résultats, sur l’une des deux expériences menées au CERN, révélant… deux bosons au lieu d’un.

Une fin incertaine

Or, la précision la plus extrême est de rigueur en matière de prévision de l’Apocalypse. Joseph Likken, lui-même, déclare que l’incertitude sur la masse du boson ne doit pas dépasser 1%, tout comme sur les mesures de la masse des autres particules élémentaires. Sinon? « Si vous modifiez un tout petit peu l’un quelconque des paramètres du modèle standard de la physique des particules, vous obtenez une fin de l’univers différente.» 

Rassurant ou inquiétant? Plutôt inquiétant. En effet, la perspective d’un cataclysme universel dans une ou plusieurs dizaines de milliards d’années n’est finalement pas si grave pour nous, ni même pour tous nos descendants. En effet, l’âge actuel de l’Univers est estimé à 13,7 milliards d’années. Sa fin se surviendrait qu’après plusieurs multiplications de ce chiffre. Surtout, nous ne serions très, très, très probablement plus là depuis longtemps. En effet, la Terre, elle, ne date que de 4,54 milliards d’années. Et son destin, si l’homme ne prend pas trop les choses en main, est lié à celui du Soleil.

La Terre disparaîtra bien avant

Apparu il y a 4,57 milliards d’années, notre étoile est aujourd’hui une naine jaune. Lorsqu’elle aura doublé son âge, vers 10 milliards d’années, elle se transformera en géante rouge, comme Aldébaran. En changeant de taille et de couleur, le Soleil deviendra 200 fois plus gros qu’aujourd’hui. Son diamètre passera donc de 1,4 million de km à quelque 280 millions de km. Or, la Terre se situe à 150 millions de km du Soleil. Bad luck. Après Mercure et Venus, la Terre sera donc engloutie par le Soleil. Idem pour Mars. Seules Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune. Pas de chance, encore, il s’agit de planètes qui, outre leur grand éloignement, sont… gazeuses, dont inhabitables.   

Vu ainsi, le scénario de Joseph Likken, même s’il nous prive de la satisfaction intellectuelle de vivre dans un Univers éternel, apparaît tout à fait supportable. A moins que… La révélation de la forte instabilité du système cosmologique dans lequel nous vivons laisse la porte ouverte aux conséquences d’une erreur expérimentale. Que se passerait-il s’il existait deux bosons au lieu d’un? Si la mesure de la masse des particules se révélaient légèrement différente? La bulle de l’Univers alternatif apparaîtrait-elle alors beaucoup plus tôt. Mais où? A combien d’années lumière de la Terre?

La révélation de Joseph Likken laisse donc planer une certaine inquiétude. L’importance des mesures effectuées au Cern en sort renforcée. Et le suspense sur la fin de Fringe, que seuls les Américains (et les pirates du web) connaissent, aussi. Autant nous habituer tout de suite à un Univers alternatif. Au cas où…

M.A.

Images extraites de la série Fringe.

Michel Alberganti
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