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Il faut sauver la précieuse abeille

Michel Alberganti, mis à jour le 21.02.2013 à 10 h 30

Un nouveau documentaire sort sur les écrans ce 20 février 2013. Intitulé «Des abeilles et des hommes», il relance le débat sur la disparition de ces insectes indispensables à l'agriculture humaine.

Image extraite du documentaire "Des abeilles et des hommes" réalisé par Markus Imhoof.

Image extraite du documentaire "Des abeilles et des hommes" réalisé par Markus Imhoof.

Nouvel épisode dans la saga des documentaires sur la mort des abeilles. Après ceux de George Langworthy et Maryam Henein (Vanishing of bees) et de Jason Kushner (American Colonies: Collapse of the Bee) en 2009, de Mark Daniels (Le mystère de la disparition des abeilles diffusé sur Arte et publié en DVD) en 2010, de Natacha Calestrémé (Disparition des abeilles, la fin d'un mystère, diffusé sur France 5 et publié en DVD) en 2011, voici celui du Suisse Markus Imhoff intitulé Des abeilles et des hommes (titre original: More than honey, sorti en octobre 2012 en Suisse) qui sort en France dans les salles ce 20 février 2013. 

Un film de plus pour dénoncer le drame des abeilles. A la différence des précédents, ce documentaire est le premier qui sort après la fin du mystère. En effet, les dernières études, dont nous avons parlé sur Slate.fr, montrent que les abeilles perdent le nord lorsqu'elles sont intoxiquées par de faibles doses de Cruiser, un insecticide du groupe suisse Syngenta.

La découverte réalisée par des chercheurs français a demandé des dispositifs techniques inédits comme les puces RFID permettant de suivre individuellement des abeilles. Celles-ci meurent en effet souvent en dehors de leur ruche et les doses de thiaméthoxam, la molécule active du Cruiser, qu'elles contiennent sont sub-létales, c'est-à-dire inférieures aux doses mortelles.

Ce constat a longtemps perturbé les chercheurs qui en étaient arrivés à des hypothèses de combinaisons de facteurs. Plusieurs produits chimiques à très faibles doses associés aux effets d’un parasite, le champignon Nosema ceranae et à une alimentation manquant de variété, en raison de la génralisation de la monoculture, auraient affaibli les abeilles et causé leur mort. La découverte des chercheurs de l’Inra et du CNRS en mars 2012 montrent que les produits chimiques comme le thiaméthoxam désorientent les abeilles et qu’elles ne peuvent plus retrouver leur ruche. Elles meurent ainsi, sans doute, d’épuisement.

Interdiction du Cruiser en France

Aussitôt cette étude publiée, Syngeta a réagi en contestant les conclusions publiées dans la revue Science. En particulier, la firme chimique jugeait beaucoup trop fortes les doses utilisées par les scientifiques pour leur expérience. Peine perdue. 

Le 1er juin 2012, après réception de l’avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur l’étude française, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll annonce l’interdiction en France de l’utilisation du pesticide Cruiser sur les cultures de colza.

Une décision confirmée le 29 juin 2012 malgré la contestation de Syngenta transmise au ministère le 15 juin 2012. Il reste à constater les effets concrets de cette interdiction sur les populations d’abeilles en France. Il faudra sans doute quelques années pour les enregistrer.

Les abeilles au plus près et au ralenti

Il n’est donc pas certain que le documentaire de Markus Imhoff arrive après la bataille. Même s’il reprend, semble-t-il, l’essentiel du dossier déjà traité par les films précédents, il devrait se distinguer par la qualité de ses images, l’un des points faibles des documentaires journalistiques à faible budget.

Le réalisateur a filmé les abeilles au plus près en utilisant des hélicoptères miniatures et des ballons. Il a également ralenti les mouvements trop rapides grâce à une cadence de 70 images par seconde qui divise par trois l’agitation fébrile des abeilles dans la ruche. Comme certains de ses prédécesseurs, Markus Imhoff a interrogé des agriculteurs dans le monde entier pour montrer que le phénomène est bien planétaire.

Reste à juger de la qualité générale du documentaire auquel Charles Berling prête sa voix et de la pertinence de son propos. Mais pour cela, il faut aller le voir... Si vous faites partie des premiers spectateurs, n’hésitez pas à nous donner votre avis.

M. A.

La réaction de Xavier Thévenot, chef de groupe marketing de Syngenta agro :

"Nous sommes en total désaccord avec le lien direct fait entre Cruiser et la disparition des abeilles.
Lien unique qui n’est, semble-t-il, pas fait dans le film qui a été diffusé dans d’autres pays d’Europe il y a plusieurs mois. Ce film montre une approche beaucoup plus équilibrée des différents facteurs influençant la santé des abeilles (au moins dans sa version originale !)
Lien direct qui n’est soutenu par aucune étude sérieuse réalisée dans les conditions de la pratique et qui n’est fondé que sur des travaux de laboratoire ou des travaux réalisés dans des conditions aberrantes (par exemple dans l’étude d’Henry et al. il ne vous a sans doute pas échappé en plus d’avoir utilisé une dose très proche de la DL 50, les auteurs n’ont pas hésité à emmener les abeilles loin de leur ruche dans un endroit inconnu d’elles, ce qui n’arrive jamais dans la réalité et pour cause, avant de mesurer combien revenaient à la ruche pour ensuite rentrer les données dans un modèle mathématique contesté par l’ensemble des experts en la matière !).
Lien qui n’est confirmé par aucune donnée montrant un lien entre utilisation des néonicotinoïdes, mortalité des abeilles et éventuelle baisse de la production de miel et ceci après plus de dix ans d’utilisation sur colza et autres cultures sur plusieurs millions d’hectares en europe et plusieurs étude de suivi au champ menés par des organismes indépendants y compris par les autorités Françaises."

(Ré)écoutez l'émission Science Publique que j'ai animée le 4 novembre 2011 sur France Culture:

Un monde sans abeilles ?

04.11.2011 - Science publique│11-12
Un monde sans abeilles? 59 minutes Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobileaudiovideo

Tandis que les apiculteurs accusent les insecticides de l’agriculture, comme le Cruiser de Syngenta Agro, les scientifiques du CNRS et de l’INRA sont sur la piste d’un cocktail mortel constitué par l’association fatale d’un champignon parasite des abeilles et d’infimes doses d’insecticides...
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