Qwant, le dernier «Google Killer» en date, qui ne killera probablement pas

Capture d'écran de la requête «Google Killer» sur Qwant.com

Capture d'écran de la requête «Google Killer» sur Qwant.com

Quand le moteur de recherche Qwant s'est lancé officiellement la semaine dernière, les médias l'ont présenté comme made in France et potentiel «Google killer».

Quelques jours plus tard, passés les retombées des communiqués de presse et les premiers tests grandeurs réelles, que reste-t-il de ces descriptions?

Co-fondé par le financier Jean-Manuel Rozan, la société française Pertimm, qui développe des moteurs de recherche professionnels, et Eric Leandri, spécialiste de la sécurité informatique, Qwant a été lancé après deux ans de travail. Son originalité réside principalement dans sa présentation.

Tapez une requête, et vous aurez sur une même page des résultats «classiques», à côté de résultats dans l'actualité, sur les réseaux sociaux, de photos et de vidéos, et de résultats «shopping»...

Ses cofondateurs ont beau être français, leur moteur l'est-il réellement? C'est ce que s'est demandé un anonyme (ou plus exactement quelqu'un signant sous pseudonyme) du nom de «Lucien Théodore» dans un long billet, intitulé «Qwant, derrière le masque du Google killer français». Il y démontre avec des exemples que les résultats obtenus sur Qwant étaient les mêmes que sur Bing (pour la recherche classique et les actualités), Wikipedia (pour le «Qnowledge graph», qui donne une fiche d'information très brève de votre recherche), Amazon (shopping), etc.

Vu la polémique, l'équipe de Qwant a réagi, en répondant sur son blog officiel point par point. Le moteur de recherche affirme notamment avoir «développé un système propre d'indexation à partir de la technologie apportée par Pertimm», mais explique compléter «ses propres données avec des données obtenues auprès d'autres moteurs de recherches durant la phase de montée en puissance de son infrastructure».

Autrement dit, oui Qwant utilise les résultats de Bing (ou d'autres moteurs), mais ce n'est que provisoire. Des explications données a posteriori, et qui dévient de l'objectif com' du site, le «made in France», comme le note Benjamin Ferran du Figaro, auprès de qui Qwant a reconnu une «erreur».

Qwant s'est présenté comme voulant «concurrencer Google», avec un communiqué de presse soulignant qu'il sera au même niveau et a la capacité de dépasser Google. Les médias ont dit que le moteur souhaitait «écorner, sinon égratigner, quelque peu la domination du géant américain», le qualifiant de «nain français» voulant «terrasser Google», ou encore de «petit Poucet français face à l'ogre Google».

Tous reviennent sur la «folie», la «mission impossible» que représente le lancement d'un concurrent à Google. Metro note que «rares sont les nouveaux moteurs de recherche à oser se lancer sur un marché dominé par l'Américain» (Google a 90% des parts de marché en France).

Sauf qu'en fait, ce n'est pas si rare que ça, et que régulièrement, on baptise ces concurrents des «Google Killers»... avant de déchanter. Une recherche de cette expression sur Google ne casse pas Internet mais renvoie à 159.000 résultats. On ne va pas tous vous les lister, mais voici quelques exemples de Google Killers qui n'ont rien killé du tout:

Parmi ceux qui ont plus de chance, on notera les régionaux Baidu (Chine) et Yandex (Russie), et Yahoo et Bing, qui font partie du top 5 des moteurs de recherche les plus utilisés dans le monde.

Reste que Google domine ce classement avec 65% de parts de marché (en nombre de requêtes par mois dans le monde), ses quatre concurrents se partageant les 35% restant. (En comparaison, DuckDuckGo, le moteur qui se refuse à pister ses utilisateurs, est passé récemment à un million de recherches par jour, soit environ 30 millions par mois, quand Google en reçoit 115... milliards).

Le directeur général et cofondateur de Qwant Eric Leandri affirme que la concurrence «échoue car elle propose la même chose que Google en moins bien», affirmant ne pas essayer «de battre Google mais de faire différent». Au moment du lancement du moteur de recherche Blekko, en 2008, son PDG Rich Skrenta tenait le même type de discours:

«Un Google Killer, ça n'existe pas. Aucune entreprise ne va être David face à leur Goliath et les tuer d'un caillou bien lancé depuis un lance-pierre. Google est fait pour durer [...] Dès qu'on écrit quelque chose sur nous, le terme "Google Killer" est employé. Encore une fois, je pense qu'il y a autant de chance de voir un Google Killer que de voir le monstre du Loch Ness ou le Yeti.»

Il ajoutait que tenter d'être un Google Killer était probablement la meilleure manière d'échouer:

«Si vous lanciez une entreprise de soda, vous seriez un Coca Killer? Vous créériez un produit qui a exactement le même goût que du Coca, et vous le mettriez dans une cannette rouge? Bien sûr que non, ça serait tuer le produit.»

Des affirmations de bon sens, mais qui n'empêchent pas Blekko d'être à des milliards de requêtes de Google. Début 2013, Rich Skrenta a lancé Izik, un nouveau moteur de recherche spécifiquement dédié aux tablettes et aux mobiles. Un domaine où Google détient 90% des parts de marché...

C.D.

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