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Ce n'est pas Vine qui a un problème avec le porno, c'est Apple

Cécile Dehesdin, mis à jour le 28.01.2013 à 11 h 03

Capture d'écran d'une vidéo postée sur Vine par Ass1892, via The Daily Dot

Capture d'écran d'une vidéo postée sur Vine par Ass1892, via The Daily Dot

Quelques heures après le lancement de Vine, l'application de très courtes vidéos (6 secondes) créée par Twitter, certains médias américains parlaient déjà de son «problème avec le porno»: en utilisant le hashtag (mot-dièse!) #porn, ou #ass (#cul), on pouvait en effet accéder à des vidéos contenant de la nudité.

Mais pour The Verge, Vine n'a pas un problème avec le porno, en tout cas pas plus que n'importe quelle application sociale. C'est Apple qui a «un problème: les politiques puritaines et appliquées de manière inégale de l'AppStore quant au contenu adulte».

Apple a en effet comme habitude de supprimer non seulement des applications dédiées au porno, mais aussi d'autres qui peuvent héberger des contenus pornographiques. Dernier en date, 500px, qui permettait de partager des photographies et avait décidé dans sa dernière version d'autoriser ses utilisateurs à voir des images de nu plus facilement (lesdits utilisateurs devaient tout de même se rendre sur le site de l'application depuis un ordinateur et changer leurs réglages pour pouvoir ensuite accéder à ces photos de nu depuis leur smartphone).

Et pourtant, note The Verge, Apple n'a jamais supprimé Twitter, alors que l'application du réseau social est elle aussi pleine d'images de nu et d'images pornographiques, et ce depuis longtemps. Pas plus que l'application de Tumblr, ou, dans un autre style, Sports Illustrated et Playboy. Une situation qui souligne le côté arbitraire des décisions d'Apple, alors que la part de marché des iPads et iPhones continue de progresser.

On en avait par exemple eu un exemple en février 2012, quand l'App Store avait censuré un numéro de la revue scientifique espagnole Muy Interesante, dont la couverture affichait un homme nu cachant son sexe avec sa main, ainsi qu'un sujet sur le pénis. Le même mois, Cosmopolitan pouvait pourtant sans problème paraître sur iPad, malgré ses sujets affichés en une sur les «50 positions coquines favorites des hommes» et le point G.

Numérama rappelait alors que feu Steve Jobs était catégorique sur la question des contenus pornographiques.

«Nous pensons sincèrement que nous avons une responsabilité morale d'écarter la pornographie de l'iPhone. Les gens qui veulent du porno peuvent acheter un téléphone Androïd.»

Que l'AppStore soit plus contrôlé que le système proposé par Google est une chose que défendait l'homme au col roulé noir.

«Vous savez, il y a un Porn Store sur Androïd. N'importe qui peut le télécharger. Vous le pouvez, vos enfants le peuvent. Nous ne souhaitons pas aller dans cette direction.»

Le problème d'Apple avec le porno s'inscrit plus largement dans le problème de nos géants de l'Internet avec le sexe, dont la culture profondément conservatrice impose ses normes désuettes à des milliards d'utilisateurs. C'est ce qu'expliquait Evgeny Morozov dans une passionante tribune du New York Times en novembre dernier, dans laquelle il estimait que nous étions désormais dans un nouvel âge de la censure. Les algorithmes, qui déterminent automatiquement les limites de ce qui est acceptable culturellement, sont les véhicules de ces normes.

Et quoi qu'en disait Steve Jobs, Google participe à cette pudibonderie, en refusant d'associer des mots à de nombreux termes comme «pénis», «vagin», «bisexuel» ou «lolita» par exemple, rassemblés sur une liste noire. N'oublions pas non plus Facebook: ce week-end, La Cinémathèque française a expliqué sur son compte Twitter avoir été «censurée» par Facebook pour une photo d'un film contenant de la nudité, avant du coup de la poster sur Twitter: 

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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