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Quel idiot a eu l'idée de synchroniser la natation avec les JO?

Justin Peters, mis à jour le 10.08.2012 à 17 h 26

Sans doute le sport le plus stupide de la quinzaine, cela n'en reste pas moins une activité athlétique.

Le 10 août, l'équipe russe. REUTERS/Toby Melville

Le 10 août, l'équipe russe. REUTERS/Toby Melville

Oui, la natation synchronisée est le plus ridicule des sports olympiques, et ce même si l’on ne tient pas compte de ces effrayants maillots de bain de loup. Mais soyons clairs: c’est définitivement une activité athlétique (essayez et vous verrez si vous trouvez ça drôle).

Les nageuses se livrent à un numéro de danse très élaboré et à une minutieuse chorégraphie qui commence au bord du bassin, où elles marchent au pas bien à l’unisson, prennent des poses et plongent de façon ostensiblement artistique. Ce sport demande beaucoup de force, de l’endurance, de la grâce et le sens du rythme. Et il faut garder le sourire tout du long, même quand votre coéquipière rate totalement sa galipette.

La natation synchronisée olympique existe sous deux formes, à huit ou à deux. Les concurrentes exécutent des chorégraphies techniques, dans lesquelles elles sont jugées sur la qualité de leur performance dans divers éléments imposés et libres qui mettent davantage l’accent sur le côté artistique. Les performances durent entre deux minutes et demie et quatre minutes et demie. Regardez celle-là, qui date des Jeux Olympiques de 2000 à Sydney, où l’équipe japonaise se livre à d’impressionnantes gesticulations inspirées du karaté.

Et il convient de ne pas passer à côté de ce numéro de 2009, cowboys et Indiens interprétés par l’équipe canadienne, même s’il n’a pas été présenté aux Jeux Olympiques.

Benjamin Franklin, inventeur de ce sport?

Mais qui a eu l’idée d’inventer ce sport? Dans Synchronized Swimming: An American History [la natation synchronisée: une histoire américaine], Dawn Pawson Bean émet l’hypothèse que Benjamin Franklin ait été le premier nageur acrobate américain, talent qu’il développa pendant ses loisirs, entre l’invention des lunettes à double foyer et le vol de cerf-volant sous la pluie. Elle explique:

Dans une lettre à Oliver Reeve, Franklin décrivit son trajet à la nage dans la Tamise entre Chelsea et Blackfriars, où il s’était livré en chemin “à de nombreux exploits physiques, à la fois sur et sous l’eau, qui avaient surpris et amusé ceux pour qui il s’agissait de nouveautés.” Il écrivit un livre, The Art of Swimming Rendered Easy [l’art de la natation facile]. ... Il fut publié à Glasgow en 1781.

Plus d’un siècle après les arabesques mouillées de Ben Franklin, une actrice de vaudeville appelée Annette Kellerman fit la tournée du pays en donnant des représentations de natation acrobatique. Kellerman alla ensuite à Hollywood. «Sans la natation, je serais peut-être en train de clopiner sur des béquilles au lieu de gagner ma vie aujourd’hui comme sirène de cinéma», déclara-t-elle en 1918 (hourra pour l’Amérique!)

Plus tard, les films d’Esther Williams, «la sirène chérie de l’Amérique»—qui présentaient des chants, des danses et de spectaculaires numéros de natation synchronisée—contribuèrent à promouvoir les gracieuses évolutions sous-marines dans le monde entier.

Esther Williams et les sirènes de Kay Curtis

Dans son article extrêmement étrange «A History of Synchronized Swimming [une histoire de la natation synchronisée]» Synthia Sydnor note que le premier club fut fondé dans les années 1920. C’est aussi à cette époque qu’un sport d’endurance, le stylitisme, devint étonnamment populaire. Comment se fait-il que la natation synchronisée soit arrivée jusqu’aux Jeux Olympiques, alors qu’on attend toujours le retour en fanfare des athlètes perchés sur leurs mâts?

Comme vous vous en doutiez sûrement, tout ça c’est de la faute de l'exposition universelle Century of Progress de 1933-1934. C’est une certaine Kay Curtis qui fit la promotion de la natation synchronisée comme sport plutôt que comme simple engouement pour la danse aquatique. Lors de l’exposition universelle de Chicago, Curtis organisa un spectacle de natation synchronisée appelé Kay Curtis Modern Mermaids [les sirènes modernes de Kay Curtis].

Son spectacle connut une popularité monstre et attira des milliers de personnes à chaque représentation. Certaines spectatrices fondèrent des clubs de natation synchronisée en rentrant chez elles. En 1939, Curtis contribua à organiser la première compétition dans la discipline; en 1941, l’Amateur Athletic Union propulsa la natation synchronisée au rang d’authentique sport de compétition.

Après une longue période de vaches maigres et dégoulinantes, la natation synchronisée a enfin réussi à faire son trou dans l’eau olympique en 1984, année où les épreuves en simple et double ont fait leurs débuts. «De la natation synchronisée individuelle? Est-ce que le monde est tombée sur la tête?!?» vous demanderez-vous. On se calme, les grincheux. Cela ressemblait à un numéro de gymnastique au sol, où la nageuse faisait sa performance en musique. Quoi qu’il en soit, la discipline fut abandonnée en 1992 en faveur de l’épreuve en équipe que nous connaissons et que nous aimons tous aujourd’hui.

Et d’ailleurs, voici la description par l'AP de l’épreuve de jeudi: «Les nageuses canadiennes arboraient des ballons de foot sur leurs maillots et leurs bonnets et simulaient des tirs au but en plongeant dans l’eau

Et dans la catégorie élégance, les grandes gagnantes du jour: «Les athlètes australiennes, dont les maillots portaient des motifs évoquant le Kremlin, ont nagé sur un remix de Back in the USSR.»

Communist-érique!

Justin Peters

Traduit par Bérengère Viennot

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