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JO de Londres: la longue et somptueuse tignasse de Sanya Richards-Ross a-t-elle pu la ralentir?

Katy Waldman, mis à jour le 09.08.2012 à 12 h 12

Mesurons l'impact des cheveux sur la vitesse des sprinteuses.

Sanya Richards-Ross en demi-finale du 400m le 4 août 2012. REUTERS/Lucy Nicholson

Sanya Richards-Ross en demi-finale du 400m le 4 août 2012. REUTERS/Lucy Nicholson

Dimanche, Sanya Richards-Ross est arrivée première à l'épreuve du 400m femmes. Sur les talons de l’athlète américaine venaient ses abondants cheveux bouclés, qui ont terminé la course presque deux mètres devant Christine Ohuruogu et ses cheveux à elle. «C’est très, très difficile d’arriver au niveau olympique et de donner ce qu’on a de meilleur, d’équilibrer les émotions et le physique» a déclaré Richards-Ross après l’épreuve, tandis que ses cheveux la regardaient en silence. «C’est un poids énorme ôté de mes épaules

Mais qu’en est-il de ce poids qui n’a rien de métaphorique sur ses épaules? Est-ce que tous ces cheveux qui se balancent dans le vent ne ralentissent pas les sprinteuses?

Si, mais pas beaucoup. Quand de l’air circule autour d’un projectile lancé à grande vitesse—que ce soit un poids ou le corps d’un coureur—le principe d’aérodynamique entre en action. Une coureuse du 100m peut utiliser jusqu’à 20% de ses dépenses totales d’énergie pour surmonter la résistance de l’air, c’est-à-dire le frottement de l’air exercé sur son corps (une coureuse du 400m, qui va moins vite, dépensera un peu moins d’énergie pour fendre l’air).

Des boucles qui flottent au vent augmentent la résistance de l’air dans la mesure où elles augmentent la surface totale de la coureuse. Une masse de cheveux plus importante crée davantage d’occasions de friction entre la coureuse et l’air, une athlète à tignasse doit donc travailler plus dur pour aller à la même vitesse qu’une coureuse chauve. Et étant donné que les sprinteuses olympiques approchent déjà du maximum de leurs capacités en termes d’efforts, toute situation qui en demande davantage peut potentiellement les ralentir.

Mais les cheveux ne pèsent pas lourd, et les athlètes savent que c’est la façon d’arranger leur crinière, et pas sa densité, qui peut anéantir leurs espoirs. Les queues de cheval, tresses et autres chignons, qui ramènent la tignasse derrière la nuque, ont peu d’effet sur la surface totale de l’athlète, alors que des cheveux qui dépassent sur les côtés l’augmentent (et peuvent aller dans les yeux de la coureuse).

Dimanche, Richards-Ross arborait une «demi-queue», avec des mèches lâchées à l’arrière. Cet arrangement était plus aérodynamique qu’il n’y paraissait, car le vent touchait le visage de Richards-Ross avant le moindre contact avec ses boucles.

Ceci dit, même la toison la plus anarchique ne ferait probablement que très peu de différence. Imaginez que vous êtes une sprinteuse du 400m qui utilise 10% de son énergie totale à lutter contre la résistance de l’air. Imaginez aussi que vous augmentiez votre surface totale de 10% (hypothèse très large) en laissant vos cheveux voler au vent.

La résistance et la surface sont directement proportionnelles—vous pouvez jeter un œil à l'équation—donc vous augmenteriez la force de résistance de l’air de 10% en dénouant votre queue de cheval. Cela signifie qu’il vous faudrait dépenser 10% d’énergie supplémentaire pour surmonter la résistance de l’air, tâche qui représente 10% de votre effort total. Conclusion? Échevelée, il vous faudrait augmenter votre effort de 1%—soit 10% de 10%.

Autre élément à prendre en compte: la résistance de l’air dépend de la vitesse du coureur, et devient un facteur non-négligeable à partir de 24 km/h. Le record actuel du 400m femmes, 47.6 secondes, est détenu par l’Est-allemande Marita Koch, avec une moyenne de 30,25 km/h. Dimanche dernier, Richards-Ross filait à environ 29,13 km/h, allure à laquelle la résistance de l’air peut certes entrer en ligne de compte, mais vraiment très peu.

Est-ce qu’une volumineuse tignasse pourrait jouer le rôle de voile, par vent arrière, et améliorer le temps d’un coureur? Uniquement si le vent va plus vite que les athlètes, ce qui serait plutôt curieux puisque la vitesse moyenne du vent à Londres est de 16,74 km/h.

Katy Waldman

Traduit par Bérengère Viennot

Katy Waldman
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