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Les JO de Londres ont-ils vraiment été les Jeux des femmes?

La Vénézuélienne Karlha Magliocco contre l'Américaine Marlen Esparza pendant les quarts de finale de boxe féminine (catégorie poids mouche), le 6 août 2012. REUTERS/Murad Sezer

La Vénézuélienne Karlha Magliocco contre l'Américaine Marlen Esparza pendant les quarts de finale de boxe féminine (catégorie poids mouche), le 6 août 2012. REUTERS/Murad Sezer

Pas encore, mais on s'en approche.

On a beaucoup présenté ces JO comme ceux des femmes, notamment parce que, pour la première fois de l'histoire des Jeux olympiques, les 205 pays participants ont envoyé des athlètes femmes à Londres, y compris des pays qui l'ont fait pour la première fois, comme l'Arabie Saoudite.

Cet encourageant symbole a été suivi de moins encourageantes réalités, depuis les athlètes japonaises et australiennes qui ont voyagé en seconde classe jusqu'à Londres là où leurs coéquipiers masculins étaient en business, jusqu'à la très particulière façon de photographier les matchs de beach volley de certaines agences photo...

Le nombre d'athlètes femmes aux Jeux augmente sensiblement depuis 1900, l'année des deuxièmes JO et la première année où elle purent y participer, comme le montre ce graphique publié dans le rapport de Goldman Sachs sur les JO et leur économie:

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On n'en est pas encore à une parité totale, puisqu'un porte-parole du CIO a précisé qu'à Londres, 44% des athlètes en compétition étaient des femmes. Mais on est loin des seulement 24% de femmes qui ont joué aux JO de Los Angeles, en 1984.

Manquent 6% pour atteindre la parité, ainsi que 30 médailles: le Guardian note que les hommes ont la possibilité de gagner 30 médailles de plus que les femmes, même si la situation s'améliore: pour la première fois cette année, la boxe et le taekwondo ont été ouverts aux athlètes féminines.

La parité est dans l'intérêt des pays

La secrétaire d'Etat aux JO de Londres Tessa Jowell compte mener une campagne pour que ceux de Rio soient les premiers Jeux paritaires, et les pays auraient tout intérêt à se rallier à sa cause: nous avons calculé le pourcentage de médailles d'or remportées par des femmes (en excluant celles remportées pour les sports mixtes) et son évolution sur les quatre derniers Jeux d'été.

A Londres, les Etats-Unis sont en tête du classement des médailles et en tête du classement des médailles remportées par des femmes. Pour la première fois, les Américaines sont plus nombreuses que les Américains à avoir participé aux Jeux, et les médailles ont suivi: le pays a eu 63% de médailles d'or féminines (29 médailles sur 46).

Jusque-là, ce pourcentage plafonnait à entre 30 et 40%, là où depuis 1996, les Chinoises ont obtenu au moins 53% des médailles d'or du pays, et jusqu'à 59% en 2000 et 2004. 2012 ne déroge pas à la règle, puisque les athlètes chinoises ont également remporté plus de la moitié des médailles d'or de leur pays.

La France manque de régularité: après 53% des médailles d'or remportées par des femmes en 1996 (8 sur 15), on est passé à 23 et 27% en 2000 et 2004, pour retomber à 14% en 2008 et remonter cette année à 36%. Vu le petit nombre de médailles que la France remporte à chaque Jeux, une femme peut faire une grande différence dans ces pourcentages.

Un problème plus général

Le pourcentage augmentera-t-il en 2016? Tessa Jowell pense que le déséquilibre hommes/femmes aux JO est «symptomatique d'une discrimination plus large contre les femmes dans le sport» (un peu comme l'absence de femmes réalisatrices sélectionnées à Cannes est le symptôme d'un problème plus large que le cinéma connait avec les femmes, en France comme aux Etats-Unis).

La vidéo ci-dessous résumé assez bien un des problèmes auxquels les sportives font face: les messages que nous envoyons aux filles sur ce qui devrait être important dans leur vie, et qui insistent sur la beauté et l'apparence plutôt que sur le sport et la compétition.

Les JO ont d'ailleurs parfaitement reflété cet aspect: Gabby Douglas, première gymnaste afro-américaine à remporter l'or, a subi des commentaires sur ses cheveux. L'haltérophile Zoe Smith, du haut de ses 18 ans, a écrit un superbe billet de blog répondant à tous ceux qui lui ont fait des commentaires sur son poids et son choix d'un sport tout ce qu'il y a de moins «girly»:

«On ne soulève pas des poids pour être sexy, spécialement pour des mecs comme ça. Qu'est-ce qui leur fait penser que nous VOULONS qu'ils nous trouvent attirantes? [...] Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse? Qu'on arrête de soulever des poids, qu'on change notre régime pour nous débarrasser de nos muscles "masculins" et qu'on devienne des femmes au foyer dans l'espoir qu'un jour vous nous remarquiez et peut-être qu'on aura notre chance avec vous?! Parce que, clairement, vous êtes le type d'homme le plus gentil et attirant qui ait jamais marché sur Terre.»

Revenons-en aux footballeuses japonaises et aux basketteuses australiennes, reléguées à la seconde classe de leur vol pour Londres. Après avoir remporté la médaille d'argent (les Australiennes en ont eu une de bronze), les Japonaises ont été upgradées en business pour le vol retour. Y auront-elles le droit dès l'aller pour Rio en 2016? Leurs confrères masculins, après tout, rentrent à nouveau les mains vides.

Cécile Dehesdin

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