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L'épée, le sport le plus ennuyeux des JO

Grégoire Fleurot, mis à jour le 30.10.2013 à 16 h 36

Pas de rythme, pas de gros plans sur des visages en plein effort, un public apathique... Bienvenue à l'épreuve olympique d'épée.

Le 30 juillet 2012 à Londres, REUTERS/Max Rossi

Le 30 juillet 2012 à Londres, REUTERS/Max Rossi

«Le plus grand spectacle du monde.» Vous avez déjà entendu cette formule d’innombrables fois depuis le début des Jeux olympiques de Londres, bien lancés il est vrai par une cérémonie d’ouverture à laquelle même les plus aigris des franchouillards déçus que leur capitale n’ait pas été choisie pour l’organisation de l’évènement ont eu du mal à trouver des défauts.

Alors que la compétition entre à peine dans sa deuxième semaine, elle a déjà offert aux téléspectateurs son lot d’images marquantes, d’émotions incontrôlées, de nouveaux records et de moments de patriotisme exalté.

Et puis il y a eu l’épreuve d’épée. Autant prévenir d’emblée: l’auteur de ces lignes n’en connaît pas toutes les règles ni toutes les beautés subtiles. Mais là n’est pas le problème de cette discipline de l’escrime, sport auquel la plupart des téléspectateurs du monde échappent mais qui est infligé au public français parce que ses représentants ne s’y débrouillent habituellement pas trop mal.

Après tout, les JO sont justement l’occasion de découvrir des sports que l’on n’a pas l’habitude de voir tout au long de l’année mais pour lesquels on se passionne joyeusement pendant deux semaines une fois tous les quatre ans.

Le judo, malgré ses règles que même Vladimir Poutine a un mal fou à expliquer à David Cameron, son vocabulaire japonais pas vraiment facile à retenir et son système de points bizarre parvient quand même à faire vibrer par son intensité, ses combats qui se décident en une fraction de seconde et les positions bizarres dans lesquelles les judokas se retrouvent parfois.

Où sont les visages?

Non, si l’escrime et plus particulièrement l’épée est le sport le plus ennuyeux de la compétition, c’est parce tous les ingrédients qui font des JO un objet télévisuel et un spectacle presque parfait en sont absents.

Commençons par l’empathie. Ah les gros plans sur le visage des athlètes tantôt enlaidis par la douleur, figés par la concentration ou embellis par la félicité. Des images communes à tous les sports olympiques, du tir au pistolet à l’aviron en passant par la marche… mais pas à l’épée, où le visage des escrimeurs est caché par une grille de protection.

Si cet accessoire donne lieu à un mini-concours du masque le plus joliment décoré, allez demander à un réalisateur de transmettre de l’émotion au téléspectateur quand les acteurs principaux du spectacle sont des d’étranges silhouettes blanches dont le casque s’illumine pour des raisons obscures une fois toutes les deux minutes. Des masques transparents ont bien été introduits pour régler ce problème, mais ils restent l’exception plutôt que la règle à Londres. Heureusement, les escrimeurs ont pris la bonne habitute d'enlever leur masque immédiatement après la fin des combats pour offrir quelques belles images aux photographes.

Vient ensuite le rythme. On touche ici à l’une des raisons principales pour lesquelles cet article s’acharne sur l’épée et pas sur les autres disciplines de l’escrime. Si le sabre et le fleuret partagent beaucoup des handicaps de l’épée, et ont même des règles plus difficiles à comprendre, ils sont plus rapides. Au sabre, les escrimeurs sont autorisés à porter des coups avec le tranchant de leur arme, rendant les points plus faciles à marquer. Un combat ne va ainsi jamais au terme des trois périodes de trois minutes imparties (le premier à 15 points sort vainqueur), tandis qu’à l’épée, rares sont les combats qui se finissent au contraire avant cette limite.

Les efforts du speaker

On assiste même souvent à un spectacle assez déconcertant où les deux épéistes sautillent sur place pendant de longues secondes qui semblent durer une éternité sans tenter la moindre attaque pour aller marquer un point. Le chrono s’arrête parfois sans que l’on ne sache trop pourquoi, l’arbitre prend un air réprobateur, l’air de dire «faites un effort pour les pauvres spectateurs», puis l’affrontement reprend… sur le même rythme.

Et il y a l’ambiance. N’importe quel organisateur de spectacle vous le dira: un speaker réduit à lancer des ola artificielles rebaptisées pour l’occasion «olympic waves», à épeler le mot Venezuela (patrie de l’épéiste couronné champion olympique mercredi dans l’enceinte du parc des expositions d’ExCel) pour que le public reprenne en chœur et à lui expliquer qu’il faut applaudir quand les lumières sur les casques s’allument n’est pas un bon signe pour le niveau d’engouement généré par la performance.

Les chauffeurs de salle d’«On n’est pas couché» ont sans doute une tâche moins compliquée que le pauvre bougre dont la mission est de réveiller un public assistant à une compétition d’épée, même quand l’enceinte contient près de 10.000 places et qu’un titre olympique est en jeu.

La magie des Jeux est d’arriver à faire vibrer devant des sports qui ne retiennent habituellement pas notre attention et où on ne comprend pas tout ce qu’il se passe. Mais elle a ses limites, qui ne sont jamais aussi évidentes que lors des épreuves d'épée.

Grégoire Fleurot

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Journaliste
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