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JO 2012: Quand abandonne-t-on lors d’un décathlon?

Yannick Cochennec, mis à jour le 08.08.2012 à 18 h 59

Et pour quelles raisons?

Ashton Eaton lors des sélections américaines en juin. REUTERS/Steve Dipaola

Ashton Eaton lors des sélections américaines en juin. REUTERS/Steve Dipaola

Cent ans! C’est l’anniversaire du décathlon aux Jeux olympiques. Introduite au programme à Stockholm, où fut couronné l’Américain Jim Thorpe, cette compétition est, en quelque sorte, celle des surhommes capables d’enchaîner dix épreuves sur deux journées consécutives dans le stade d’athlétisme.

A Londres, le 8 août, les athlètes démarrent par le 100m et poursuivent avec le saut en longueur, le lancer du poids, le saut en hauteur et le 400m. Le 9 août, ils reprennent le collier avec le 110m haies puis se concentrent sur le lancer du disque, le saut à la perche, le lancer du javelot et concluent, en apothéose, avec un 1.500m.

Chaque journée est coupée en deux lors d’une pause d’environ quatre heures accordée après la troisième rotation. Le grand favori de ce décathlon de Londres, Ashton Eaton, 24 ans, vient de battre le record du monde avec un total de 9.039 points réalisé en juin lors des sélections américaines dans l’Oregon. Cette fois, il ne sera pas concurrencé par son compatriote, vainqueur à Pékin mais non qualifié, Bryan Clay, qui évoquait récemment en ces termes sa relation d’amour-haine à l’égard de son sport:

«J’apprécie la sensation, mais seulement après. Je dois me convaincre en permanence de l’idée que je veux vraiment faire ça, que je veux m’imposer le fait de me mettre dans des situations qui vont me faire mal et qui feront que tout sera difficile. Mais comme toute chose, vous voulez donner le meilleur de vous-même. Parfois, avant, c’est plus dur que pendant. Combien de fois vous mettez-vous en danger au point de risquer de vous écrouler complètement? Ce n’est vraiment pas un moment agréable.»

Quarante compétiteurs sont engagés lors de ce sommet londonien et il est probable que quelques-uns d’entre eux n’iront pas au bout de cette longue aventure sportive riche de quatre courses, trois sauts et trois lancers pendant laquelle sont requises à la fois des qualités de vitesse et de force pour la réalisation d’efforts explosifs maximaux, mais aussi d’endurance et de résistance pour vaincre l’usure liée à la répétition des ces efforts durant deux jours.

A Pékin, sur les 40 au départ, 14 avaient fini par renoncer en cours de route. A Athènes, en 2004, ils avaient été 9 sur 39 à ne pas aller au bout. A Stockholm, en 1912, 12 engagés seulement sur 29 inscrits avaient terminé à une époque où l’épreuve était étalée sur trois journées.

Motivation

Quand abandonne-t-on lors d’un décathlon? C’est la question à laquelle a tenté de répondre Pascal Edouard, médecin du sport et chercheur à Saint-Etienne, à travers diverses études dédiées à une discipline, qui jusqu’ici, a rarement fait l’objet d’investigations scientifiques sérieuses.

Dans l’une d’elles, réalisée par le biais de statistiques recensées entre 1991 et 2009, sur 80 compétitions de décathlon, il a été ainsi établi qu’en moyenne 22% des décathloniens ont fini par abandonner avec une parfaite symétrie: 11% le premier jour, 11% le deuxième. «Nous avons noté que les abandons surviennent surtout à la fin de la première et de la deuxième journée, remarque Pascal Edouard. Avant la hauteur et le 400m puis, le lendemain, à la perche, au javelot et au 1.500m

Des données préliminaires sur les causes de ces arrêts ont, elles, révélé une égalité quasi parfaite entre les blessures et le manque de motivation qui représentaient chacune un tiers des réponses, la fatigue englobant 10% des décathloniens interrogés avec d’autres raisons à côté. «Il y a beaucoup de choses derrière le terme «manque de motivation» qui peut être la conséquence d’une contre-performance, d’une compétition n’étant pas l’objectif de la saison, d’une appréhension liée au ressenti d’un début de blessure ou de la fatigue», précise Pascal Edouard.

La perche, la longueur et le 110m haies

Marquer zéro lors d’une épreuve est notamment une des raisons non négligeables de renoncement dans la mesure où un tel score condamne par avance le décathlonien pour la suite de la compétition. Dan O’Brien, champion du monde en titre, avait été privé de Jeux de Barcelone en 1992 pour un zéro à la perche lors des sélections américaines. Bryan Clay vient de connaître une semblable terrible désillusion, toujours lors des sélections américaines, en heurtant le 9e obstacle du 110m haies.

Dans ce domaine, les recherches menées par Pascal Edouard et ses confrères ont souligné que les disciplines les plus sensibles étaient, dans l’ordre, la perche —le concours où les décathloniens étaient le plus souvent victimes d’un zéro— suivie du saut en longueur et du 110m haies. «Ce sont des moments peut-être plus cruciaux que les autres, souligne Pascal Edouard. Dans les deux premiers cas, il n’est jamais facile de trouver ses marques et dans le troisième, il y a ce problème lié à l’obstacle d’autant que nous avons constaté que physiologiquement, le début de la deuxième journée pouvait souvent correspondre à une légère baisse de forme ou de vigilance chez les décathloniens peut-être engourdis au moment de démarrer la deuxième journée. Il faut remarquer que les deux journées ne sont pas exactement de la même nature. La première sollicite davantage l’explosivité alors que la seconde est plus technique.»

De manière générale, le décathlon possède un taux de blessure nettement supérieur à celui des autres disciplines de l’athlétisme. L’an dernier, lors des championnats du monde de Daegu, en Corée du Sud, un large recensement avait été effectué par l’IAAF, la fédération internationale d’athlétisme. Les chiffres avaient été éloquents.

Quand il y avait un taux de 134 blessures pour 1.000 pour l’ensemble des épreuves, il montait à 330 pour 1.000 lors du décathlon. «En compétition, le risque de blessure est deux à trois fois supérieur pour le décathlon, admet Pascal Edouard. Mais scientifiquement, pour le moment, rien n’a été démontré au sujet des raisons d’une telle différence.»  

Yannick Cochennec

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Journaliste
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