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Pourquoi le foot masculin aux JO n'intéresse personne

Ludovic Job, mis à jour le 07.08.2012 à 14 h 38

Le Japonais Kensuke Nagai marque un but contre l'Egypte en quart de finale des JO de Londres le 4 août. REUTERS/Nigel Roddis

Le Japonais Kensuke Nagai marque un but contre l'Egypte en quart de finale des JO de Londres le 4 août. REUTERS/Nigel Roddis

Défaites par les Japonaises en demi-finales, les joueuses de foot françaises ont encore une possibilité d'obtenir une médaille de bronze, face aux Canadiennes, battues dans les ultimes secondes de leur match contre les Etats-Unis, lundi soir. Cette compétition passionnante a éclipsé celle des hommes, qui n’intéresse pas grand monde. Et voici pourquoi.

Parce qu’il y a la Coupe du monde

Contrairement à beaucoup de sports pour lesquels les Jeux sont l’occasion d’une incroyable mise en lumière tous les quatre ans, le foot vit au rythme de sa compétition, la Coupe du monde. Les deux évènements se disputent le titre de plus grand évènement sportif de la planète et se livrent à un chassé-croisé en termes d’indicateurs économiques.

D’ailleurs, les Brésiliens, qui vont organiser les deux, ont une idée bien arrêtée de ce qui est le mieux pour eux: ils pensent en effet majoritairement que la Coupe du monde leur apportera beaucoup plus de retombées que les Jeux.

Une idée biaisée puisque selon les derniers chiffres disponibles, il n’y a pas vraiment match à première vue. En terme d'audience, de sponsoring et de droits télés, les JO ont encore de l’avance. Pour faire court, 4,7 milliards d’humains ont regardé les JO en 2008, contre 3,2 milliards pour le dernier Mondial. La FIFA a récupéré 957 millions en droits télé pour la Coupe du monde 2010, et 700 millions en sponsoring pour celle de 2006. L’Afrique du sud a dû débourser 3,2 milliards de dollars pour financer l’organisation de son Mondial. Ce sera 12 milliards d’euros pour Londres. Mais le CIO gagne par KO, puisqu’il va récupérer plus d’1,6 milliard en termes de sponsoring, et quasiment 4 milliards en droits télés (chiffre Les Echos).

Peut-être les Brésiliens ont-ils surtout compris que dans les deux cas, ils ne tireront que très peu de bénéfices économiques directs de ces deux évènements (à part les travailleurs du tourisme, qui vont se gaver en quadruplant le prix des chambres, des glaces, des maillots de Neymar et des strings).

Il est toutefois remarquable qu’une compétition portant sur un seul sport soit capable de concurrencer un raout de 26 disciplines, surtout quand le ballon rond n’intéresse que très modérement en Chine et surtout en Inde, deux pays qui représentent un tiers de la population mondiale. La Coupe du monde est aussi le graal sportif du footballeur, même si les joueurs européens vous diront que l’Euro est plus dur à gagner.

Surtout, le développement de la Coupe du monde s’est fait au détriment de Jeux olympiques longtemps réservés aux amateurs et donc à la qualité bien moindre.

Parce que ce sont des enfants qui jouent

Une explication de la relative indifférence qui touche le foot aux JO vient de son format. Les pays qualifiés envoient des sélections de joueurs de moins de 23 ans, des espoirs, renforcées par trois joueurs ayant dépassé la limite d’âge. Une règle instituée à partir de 1984 pour sortir le foot de sa torpeur olympique, après un demi-siècle de règne du bloc de l’Est (Hongrie, URSS, Yougoslavie) où, c’est bien connu, les joueurs n’étaient pas professionnels. Se présentaient donc aux JO les stars locales sous statut amateur.

Résultat: un intérêt franchement limité. En effet, après avoir admiré/subi le jeu espagnol et ses 90.000 passes par match pendant un mois d’Euro, pourquoi vouloir en reprendre autant en trois semaines de JO ? Surtout que la Roja, avec Xavi et Iniesta c’est une chose, mais la petite avec Azpilicueta capitaine, c’en est une autre.

Pareil pour le Brésil (qui, on vous l’accorde, présente tout de même Neymar, Thiago Silva, Ganso, Hulk et Pato) ou la Grande-Bretagne qui a embarqué Giggs, Bellamy et Micah Richards. La preuve de ce manque d’intérêt? Le tournoi masculin commençait il y a dix jours, et aucune chaine gratuite n’a daigné retransmettre les rencontres.

Il faut quand même être accro pour prendre un abonnement Eurosport ou s’arracher les yeux en streaming pour les matchs du premier tour tels que Honduras-Maroc, Emirats-Uruguay, Gabon-Suisse ou encore Biélorussie-Nouvelle-Zélande. Autre preuve: le site de l’Equipe ne propose même pas de «live» pour suivre les rencontres, alors que c’est le cas pour des tournois ATP de tennis de quatrième zone, et qu’en pleine saison, on peut y suivre les championnats belge, hollandais et écossais...

Le foot olympique n’attire donc pas franchement les foules, à l’exception peut-être de la finale, et c’est bien dommage. Parce que dans le passé, on y a vu de beaux exploits, notamment les victoires du Nigeria en 96 (Okocha, Kanu, Ikpeba, Amokachi, Oruma etc) et du Cameroun en 2000 (Kameni, MBoma, MBami et Eto’o).

Parce que la France n’y est jamais

L’absence récurrente des Espoirs français est un vrai frein, tant pour les télés que pour les spectateurs. Par la magie de l’équilibre olympique, tous les continents sont représentés, ce qui réduit à trois le nombre de billets pour les équipes européennes. Cette année, l’Espagne sera accompagnée de la Suisse et de la Biélorussie, sur la foi du dernier Euro de la catégorie (-21 ans). Les Bleus n’ont participé qu’à deux JO dans l’histoire récente: ceux de 1984, qu’ils ont gagnés, et ceux de 1996 (élimination en quarts face au Portugal). Depuis, c’est le néant.

Pas facile donc d’amener le Français et le télespectateur lambda vers des JO qui n’ont que peu d’attrait par rapport à un Euro ou à un Mondial. Surtout que les disciplines pour lesquelles s’enthousiasmer sont nombreuses.

Parce que c’est pour les filles, et pis c’est tout

La preuve mercredi 25 juillet. Au lieu de nous informer si les selles de Zlatan étaient dures/molles (rayer la mention inutile si vous êtes au courant et si cette remarque passe la censure) avant son premier entraînement avec le PSG, ou sur la manière dont Pierre Rolland, Thibault Pinot et Thomas Voeckler réaliseront le triplé sur le Tour de France 2013, cette vénérable institution qu’est l’Equipe a préféré faire sa Une sur le premier match des Bleues aux JO. Un signe d’attention touchant de la part d’un journal qui a ignoré le foot féminin jusqu’à l’an dernier, et qui prouve que le véritable football olympique se joue en soutien-gorges.

En effet, en seulement quatre éditions, le foot féminin s’est profondement ancré dans le paysage olympique. Il est vrai que la présence de la France renforce clairement cet intérêt, et les télés ne s’y sont pas trompées, puisque les matchs de nos demoiselles/dames sont tous retransmis sur le service public.

Parce qu’on bouffe du foot les onze autres mois de l’année, alors franchement…

Outre les arguments de plus ou moins bonne foi développés dans les paragraphes précédents, la vraie raison pour laquelle on suit le tournoi olympique d’un oeil distant, même quand on adore le ballon, c’est qu’on est juste pas là pour ça. Les JO, c’est le moment de s’éclater à regarder de l’escrime, même si on ne voit pas la lame, du tir à l’arc, même si c’est vraiment long, de la lutte, même si on ne comprend pas bien les règles. Les héros olympiques, ce sont les frères Guénot, gardiens de sécu de la RATP le jour, médaillés olympiques la nuit, c’est Guor Marial, qui courra sous les couleurs olympiques, c’est le premier lanceur de marteau venu qui fera chuter votre productivité alors que vous ne regardez aucun meeting d’athlétisme pendant quatre ans.

Les Jeux sont faits pour les inconnus, les champions ordinaires et les sports maltraités, pas pour les footballeurs, qui sont les gosses de riches de la famille olympique, et qui dictent l’agenda sportif les onze autres mois de l’année.

Ludovic Job

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