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La boxe aux JO n'est plus une baston réservée aux hommes

Yannick Cochennec, mis à jour le 07.08.2012 à 19 h 36

108 ans après les JO de Saint-Louis, la boxe féminine est admise dans le grand bain de la compétition. Tant mieux.

La Venezuelienne Karlha Magliocco face à l'Américaine Marlen Esparza, le 6 août 2012 à Londres. REUTERS/Murad Sezer

La Venezuelienne Karlha Magliocco face à l'Américaine Marlen Esparza, le 6 août 2012 à Londres. REUTERS/Murad Sezer

C’est une grande première dans l’histoire des Jeux olympiques et la fin d’un interdit. Pour la première fois, 108 ans après avoir été un sport de démonstration aux Jeux de Saint-Louis, la boxe féminine est admise dans le grand bain de la compétition par le biais de trois catégories de poids: moins de 51kg, moins de 60kg et moins de 75kg. Les combats sont répartis du 5 au 9 août avec les trois finales le dernier jour.

Officialisée il y a trois ans par le Comité International Olympique (CIO), cette décision d’intégration a levé un tabou. Oui, au même titre que les hommes, les femmes peuvent se mettre sur la figure comme elles peuvent se défier au judo ou au taekwondo.

Finalement, le sport n’est plus tout à fait un bastion du sexisme, pour reprendre la formule de Fabienne Broucaret, auteur d’un livre récent et fouillé sur le sport féminin, dans lequel elle exhume les mots misogynes de Pierre de Coubertin:

«Les JO doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devant être, avant tout, de couronner les vainqueurs

En effet, la boxe n’est plus l’unique sport olympique réservé aux seuls hommes. C’est une entrée fracassante, mais néanmoins limitée avec donc trois catégories et un total global de 36 boxeuses (12 dans chaque catégorie) alors que les hommes sont 250 et répartis dans 10 épreuves.

Un sport récent

La France a qualifié cinq boxeurs à Londres, mais malheureusement aucune femme. En mai dernier, Erika Guerrier, Sarah Ourahmoune et Estelle Mossely n’ont pas obtenu leur billet lors des championnats du monde amateurs, à Qinhuangdao, en Chine.

La boxe féminine est un sport récent. Les premiers championnats du monde amateur ont eu lieu seulement en 2001. En France, elle a été autorisée à partir de 1998 quelques mois après avoir été enfin reconnue par l’Association Internationale de Boxe Amateur (AIBA). Mais à Londres, c’est un noble art qui ne sort pas complètement de l’anonymat, notamment grâce au cinéma et aux gauches-droites d’Hilary Swank dans le film oscarisé de Clint Eastwood «Million dollar baby».

Dans nos frontières, la boxe féminine a déjà trouvé aussi une petite fenêtre médiatique grâce aux résultats de deux championnes, Myriam Lamare et Anne-Sophie Mathis.

La première a véritablement lancé la boxe féminine en France. En 2002, elle est devenue la première championne du monde amateur tricolore. Sans avenir olympique, le CIO ayant refusé que le sport soit sport de démonstration aux Jeux olympiques de 2004 et 2008, elle est passée ensuite rapidement chez les professionnelles où elle a été sacrée championne du monde pour la première fois en 2004.

Six ans plus tard, popularisée par un passage dans l’émission Koh Lanta, Myriam a raccroché plus ou moins les gants lorsqu’elle est devenue conseillère régionale en PACA sous les couleurs du Parti socialiste. Cela ne l’a pas empêchée, toutefois, de devenir championne du monde des super-légers en 2011, soit une 10e couronne mondiale.

Un gant d'or pour une femme

Alors qu’elle était déjà mère de famille, Anne-Sophie Mathis a été couronnée championne du monde professionnelle en 2006 aux dépens de Myriam Lamare lors d’un combat à Bercy. Jusqu’à cette consécration, Anne-Sophie avait beaucoup galéré jusqu’à connaître une période au RMI. Six mois après l’avoir reconquis, elle vient de perdre son titre mondial il y a quelques semaines aux Etats-Unis.

Ce beau retour dans le sillage de deux années d’arrêt dues à une hernie lui a valu de recevoir le gant d’or, trophée récompensant le meilleur boxeur hommes et femmes confondus en France. Une grande première depuis la création de cette distinction créée voilà un quart de siècle.

Evidemment, il existe encore un gouffre, financier notamment, entre la boxe masculine et la féminine. Les bourses allouées aux boxeuses professionnelles sont ridicules à côté de celles réservées aux hommes et qui se chiffrent parfois en millions. Anne-Sophie Mathis a, elle, encaissé 20.000 dollars pour son dernier combat –ce qui est déjà la marque d’un gros progrès par rapport à un passé récent.

Le fait que le sport n’était pas olympique a été un frein évident au décollage de la discipline. Ce bannissement a également étouffé le domaine de la formation comme le raconte tristement Myriam Chomaz, ancienne championne du monde amateur, dans le livre de Fabienne Broucaret:

«Pendant ma carrière, je n’ai pas eu le même accompagnement que les garçons qui eux participaient aux JO. Je n’ai touché des aides personnalisées, comme eux, qu’à la toute fin: 200 euros pendant trois ou quatre mois. Auparavant, je n’avais que des primes à la performance, versées une fois par an en décembre. Cela a été compliqué de travailler en parallèle. J’ai d’abord été éducatrice spécialisée, puis j’ai voulu passer le concours de professorat de sport pour intégrer la fédération de boxe après ma carrière. Pour payer cette formation, je travaillais comme surveillante à l’INSEP, en parallèle à mes entraînements et aux compétitions.»

Aujourd’hui, 8.000 femmes boxent en France selon les chiffres des licenciées de la Fédération française de boxe. C’est loin d’être négligeable en dépit des tabous qui demeurent. Ceux-ci sont notoirement machistes. Dans les colonnes de L’Equipe, fin 2011, Fabrice Tiozzo, ancien champion français, s’est exprimé de la sorte lors de l’attribution du gant d’or à Anne-Sophie Mathis sur fond de crise de la boxe masculine française: 

«La récompense d’Anne-Sophie est méritée mais dans les années 1990, quand nous étions cinq champions du monde, elle ne l’aurait pas eue. Je n’aime pas la boxe féminine. A cause d’un manque de technique, elles ne font que se taper et s’abîment beaucoup.»

Jean-Claude Bouttier, figure emblématique de la boxe en France, n’était guère plus tendre:

«Quand je commentais sur Canal +, il y avait toujours un combat féminin dans les réunions des années 1990 aux États-Unis. J’allais fumer une cigarette. Je n’ai pas changé d’avis, je suis gêné de voir deux femmes se battre… »

De manière générale, dans les clubs, les jeunes filles ont dû mal également à être bien accueillies. Réussir à se faire admettre dans un temple de la virilité ne va pas toujours de soi.

Un sport dangereux pour les hommes et les femmes

Il demeure aussi la crainte des blessures et des éventuelles séquelles pour le corps notamment pour tout ce qui pourrait avoir trait à la maternité, ces questions relevant parfois du registre du fantasme en raison de l'absence de preuves. Dès 2009, l’Association médicale britannique (ordre des médecins local) avait regretté l’ouverture des JO à la boxe féminine, estimant qu’il s’agissait d’un sport dangereux qui ne méritait pas une telle intronisation:

«Quel que soit leur sexe, pendant un combat, les boxeurs peuvent subir des hémorragies cérébrales aiguës et des blessures graves aux yeux, aux oreilles et au nez, avait rappelé un porte-parole. Tout au long de leur carrière, les boxeurs vont recevoir des milliers de coups à la tête. A chacun de ces coups, le cerveau est secoué à l’intérieur du crâne. L’effet cumulé d'une vie sur le ring peut provoquer des dommages irréversibles au cerveau. A la différence des autres sports, le but de la boxe est de faire mal à un adversaire. Elle ne devrait pas avoir sa place dans des Jeux olympiques modernes.»

Dans un livre coup de poing coécrit avec Marie Desplechin et sorti en 2011, Aya Cissoko, championne du monde amateur à New Delhi en 2006, a raconté sa vie, sa passion pour son sport et cette blessure survenue lors de ce combat mondial en Inde, une fracture des cervicales, qui l’avait contrainte à arrêter définitivement la  boxe, sa moelle épinière ayant été ensuite touchée durant l’opération. «Ce que la vie inflige sans crier gare est autrement plus douloureux que ce qu’on risque entre les cordes», y souligne la jeune femme.

A l’évidence, quoi qu’on en pense, la boxe féminine mérite d’être découverte par le biais de ces Jeux olympiques si des images sont diffusées malgré l’absence des Françaises, mais aussi par un blog ou un site qui la racontent avec passion au jour le jour.

Yannick Cochennec

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Journaliste
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