JO-Londres-2012JO Londres 2012 directLife

Tennis: le double mixte, (im)posture olympique

Yannick Cochennec, mis à jour le 01.08.2012 à 14 h 02

Du 1er au 5 août, des paires inédites vont batailler sur le gazon de Wimbledon. Le retour du mixte en tennis aux JO a un côté gadget qui ne manque pas d’étonner...

Jamie Murray et Liezel Huber en double mixte à Wimbledon en 2009. REUTERS/Stefan Wermuth

Jamie Murray et Liezel Huber en double mixte à Wimbledon en 2009. REUTERS/Stefan Wermuth

Un homme et une femme, chabadabada… Pas si loin des plages de Deauville, le tennis nous rejoue ce mélo sportif aux Jeux de Londres avec le retour du double mixte dans le giron olympique pour la première fois depuis 1924. Cette année-là, aux Jeux de Paris, les Américains Hazel Wightman et Richard Williams, survivant de la catastrophe du Titanic 12 ans plus tôt, avaient remporté l’or et ne savaient pas alors qu’ils allaient être tenants du titre de l’épreuve pendant 88 ans.

Retiré du programme olympique au soir de ces Jeux de 1924, le tennis a dû attendre ceux de 1988, à Séoul, pour être réadmis dans la grande famille sportive, que ce soit en simple et en double, mais à l’exception du mixte. En 24 ans, le tennis a su progressivement trouver toute sa place sous le signe des anneaux, à l’image des Jeux de Pékin où Rafael Nadal, sacré en simple, et Roger Federer, couronné en double avec Stanislas Wawrinka, avaient fait un carton auprès du public chinois. En 2009, le Comité international olympique a donc décidé de donner à nouveau sa chance au mixte lors d’un tournoi limité à 16 équipes.

Ce tableau à la faible densité signifie que trois victoires seulement assureront une médaille aux deux équipes finalistes. C’est peu, avouons-le, d’autant plus que tous les troisièmes sets sont réduits à la portion congrue d’un «super tie break» (la première équipe à dix points avec deux points d’écart s’impose). Et c’est, osons-le, un privilège offert au tennis qui hérite ainsi d’une épreuve supplémentaire alors que d’autres sports, pour lesquels le rendez-vous olympique constitue le graal absolu, contrairement au tennis largement bien servi à l’année avec les tournois du Grand Chelem, sont réduits à peau de chagrin quand ils ne sont pas menacés d’exclusion ou carrément chassés des Jeux olympiques.

Du 1er au 5 août, des paires inédites vont donc batailler sur le gazon de Wimbledon, cadre du tournoi de tennis de ces Jeux olympiques. Si Roger Federer et Novak Djokovic ne tentent pas le triplé, ayant déjà bien assez du simple et du double messieurs, Andy Murray est, lui, associé à Laura Robson.

Après avoir été courtisée par Andy Roddick et John Isner, Serena Williams a finalement renoncé à son intention initiale de briguer trois médailles d’or: simple, double et mixte. C’est une petite gageure, il est vrai. Dans le Grand Chelem, Martina Navratilova est la dernière à avoir signé un tel exploit, en 1987 à l’US Open.

La mixité des épreuves est encore très rare aux Jeux olympiques. L’équitation est la seule où sur le plan individuel, une femme peut battre un homme, en saut d’obstacles, en dressage ou en concours complet. Sinon, comme le tennis, le badminton propose également un tournoi mixte depuis 1996. Aux Jeux d’hiver, les deux compétitions de couples de patinage artistique sont une autre exception.

La mixité des sports est-elle l’avenir des Jeux olympiques? Il faut le croire si l’on écoute Jacques Rogge, l’actuel président du CIO, qui a indiqué à Innsbruck en début d’année que des compétitions de cette nature seraient progressivement ajoutées au programme.

«Faire peur à la fille»

En 2014, aux Jeux d’hiver de Sotchi, un relais mixte en biathlon et une épreuve mixte par équipes en patinage artistique seront ainsi proposés pour la toute première fois. Il se murmure aussi que les compétitions de voile, déjà mixtes dans les courses transatlantiques, pourraient mélanger à terme hommes et femmes lors des Jeux olympiques d’été.

Il n’empêche… Le retour du mixte en tennis aux Jeux olympiques a un côté gadget qui ne manque pas d’étonner, car ce tournoi est la dernière roue crevée des rendez-vous du Grand Chelem.

Pouvez-vous citer les vainqueurs en mixte du dernier Roland-Garros et du dernier Wimbledon? Non, évidemment. A Paris, les Indiens Sania Mirza et Mahesh Bhupathi se sont ainsi imposés et à Londres, les Américains Mike Bryan et Lisa Raymond (39 ans) ont triomphé. Des «anonymes» pour le grand public.

Comme chaque année, la finale de Roland-Garros s’est aussi disputée sur un central déserté par les spectateurs sachant que la télévision, française au moins, ne diffuse JAMAIS ce tournoi carrément invisible dont Michaël Llodra parlait en ces termes dans le dernier numéro de Tennis Magazine:

«Soyons honnêtes, pour gagner en mixte, il faut jouer sur la fille, lui faire peur, servir à pleine puissance sur elle, ne pas hésiter à l’allumer au filet. Moi, j’ai beaucoup de mal à faire ça. Il est vrai que je suis un peu traumatisé par une expérience malheureuse il y a quelques années, à Roland-Garros. Nous avions joué le mixte avec Nathalie Dechy contre Bob Bryan et il s’était montré terrible avec elle. J’avais été obligé de lui dire de se calmer tout de suite.» 

On pourrait presque sourire si le double mixte de ces Jeux olympiques de Londres n’avait pas été à l’origine d’un scandale qui a tenu en haleine des dizaines de millions d’Indiens. Au cœur de la haine qui existe entre deux très bons joueurs de double locaux, Mahesh Bhupathi et Leander Paes, qui refusaient d’être alignés ensemble en double, la pauvre Sania Mirza a été la victime d’un sordide marchandage dans lequel elle n’a pas eu son mot à dire. Résultat de ces tractations où les droits de la femme ont été largement bafoués, même si Mirza a laissé exploser sa colère par medias interposés, les deux ennemis jurés se sont arrangés sur son dos. Au lieu de jouer avec Bhupathi, avec qui elle avait donc gagné à Roland-Garros, Mirza devra faire avec Paes.

Cette polémique n’est pas dérisoire car l’Inde, géant olympique en devenir, donne énormément d’importance à ce double mixte londonien, l’une des rarissimes chances de médaille pour ce pays qui vivra ce tournoi avec passion avec à la clé des audiences massives. Le double mixte? Allez à New Delhi pour en voir quelques images…

Yannick Cochennec

Jeux olympiques

Tennis: le double mixte, (im)posture olympique

 

Un homme et une femme, chabadabada… Pas si loin des plages de Deauville, le tennis nous rejoue ce mélo sportif aux Jeux de Londres avec le retour du double mixte dans le giron olympique pour la première fois depuis 1924. Cette année-là, aux Jeux de Paris, les Américains Hazel Wightman et Richard Williams, survivant de la catastrophe du Titanic 12 ans plus tôt, avaient remporté l’or et ne savaient pas alors qu’ils allaient être tenants du titre de l’épreuve pendant 88 ans.

Retiré du programme olympique au soir de ces Jeux de 1924, le tennis a dû attendre ceux de 1988, à Séoul, pour être réadmis dans la grande famille sportive que ce soit en simple et en double, mais à l’exception du mixte. En 24 ans, le tennis a su progressivement trouver toute sa place sous le signe des anneaux, à l’image des Jeux de Pékin où Rafael Nadal, sacré en simple, et Roger Federer, couronné en double avec Stanislas Wawrinka, avaient fait un carton auprès du public chinois. En 2009, le Comité International Olympique a donc décidé de donner à nouveau sa chance au mixte lors d’un tournoi limité à 16 équipes.

Ce tableau à la faible densité signifie que trois victoires seulement assureront une médaille aux deux équipes finalistes. C’est peu, avouons-le, d’autant plus que tous les troisièmes sets sont réduits à la portion congrue d’un «super tie break» (la première équipe à dix points avec deux points d’écart s’impose). Et c’est, osons-le, un privilège offert au tennis qui hérite ainsi d’une épreuve supplémentaire alors que d’autres sports, pour lesquels le rendez-vous olympique constitue le graal absolu, contrairement au tennis largement bien servi à l’année avec les tournois du Grand Chelem, sont réduits à peau de chagrin quand ils ne sont pas menacés d’exclusion ou carrément chassés des Jeux olympiques.

Du 1er au 5 août, des paires inédites vont donc batailler sur le gazon de Wimbledon, cadre du tournoi de tennis de ces Jeux olympiques. Si Roger Federer et Novak Djokovic ne tentent pas le triplé, ayant déjà bien assez du simple et du double messieurs, Andy Murray est, lui, associé à Laura Robson. Après avoir été courtisée par Andy Roddick et John Isner, Serena Williams a finalement renoncé à son intention initiale de briguer trois médailles d’or: simple, double et mixte. C’est une petite gageure, il est vrai. Dans le Grand Chelem, Martina Navratilova est la dernière à avoir signé un tel exploit, en 1987 à l’US Open.

La mixité des épreuves est encore très rare aux Jeux Olympiques. L’équitation est la seule où sur le plan individuel, une femme peut battre un homme, en saut d’obstacles, en dressage ou en concours complet. Sinon, comme le tennis, le badminton propose également un tournoi mixte depuis 1996. Aux Jeux d’hiver, les deux compétitions de couples de patinage artistique sont une autre exception.

La mixité des sports est-elle l’avenir des Jeux Olympiques? Il faut le croire si l’on écoute Jacques Rogge, l’actuel président du Comité International Olympique (CIO), qui a indiqué à Innsbruck en début d’année, que des compétitions de cette nature seraient progressivement ajoutées au programme. En 2014, aux Jeux d’hiver de Sotchi, un relais mixte en biathlon et une épreuve mixte par équipes en patinage artistique seront ainsi proposés pour la toute première fois. Il se murmure aussi que les compétitions de voile, déjà mixtes dans les courses transatlantiques, pourraient mélanger à terme hommes et femmes lors des Jeux olympiques d’été.

Il n’empêche… Le retour du mixte en tennis aux Jeux olympiques a un côté gadget qui ne manque pas d’étonner car ce tournoi est la dernière roue crevée des rendez-vous du Grand Chelem. Pouvez-vous citer les vainqueurs en mixte du dernier Roland-Garros et du dernier Wimbledon? Non, évidemment. A Paris, les Indiens Sania Mirza et Mahesh Bhupathi se sont ainsi imposés et à Londres, les Américains Mike Bryan et Lisa Raymond (39 ans au compteur) ont triomphé. Des «anonymes» pour le grand public. Comme chaque année, la finale de Roland-Garros s’est aussi disputée sur un central déserté par les spectateurs sachant que la télévision, française au moins, ne diffuse JAMAIS ce tournoi carrément invisible dont Michaël Llodra parlait en ces termes dans le dernier numéro de Tennis Magazine: «Soyons honnêtes, pour gagner en mixte, il faut jouer sur la fille, lui faire peur, servir à pleine puissance sur elle, ne pas hésiter à l’allumer au filet. Moi, j’ai beaucoup de mal à faire ça. Il est vrai que je suis un peu traumatisé par une expérience malheureuse il y a quelques années, à Roland-Garros. Nous avions joué le mixte avec Nathalie Dechy contre Bob Bryan et il s’était montré terrible avec elle. J’avais été obligé de lui dire de se calmer tout de suite.» 

On pourrait presque sourire si le double mixte de ces Jeux olympiques de Londres n’avait pas été à l’origine d’un scandale qui a tenu en haleine des dizaines de millions d’Indiens. Au cœur de la haine qui existe entre deux très bons joueurs de double locaux, Mahesh Bhupathi et Leander Paes, qui refusaient d’être alignés ensemble en double, la pauvre Sania Mirza a été la victime d’un sordide marchandage dans lequel elle n’a pas eu son mot à dire. Résultat de ces tractations où les droits de la femme ont été largement bafoués, même si Mirza a laissé exploser sa colère par medias interposés, les deux ennemis jurés se sont arrangés sur son dos. Au lieu de jouer avec Bhupathi, avec qui elle avait donc gagné à Roland-Garros, Mirza devra faire avec Paes. Cette polémique n’est pas dérisoire car l’Inde, géant olympique en devenir, donne énormément d’importance à ce double mixte londonien, l’une des rarissimes chances de médaille pour ce pays qui vivra ce tournoi avec passion avec à la clé des audiences massives. Le double mixte? Allez à New Delhi pour en voir quelques images…

Yannick Cochennec  

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte