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Peut-on juger son fils aux JO?

Pauline Moullot, mis à jour le 01.08.2012 à 11 h 29

Un kayakiste néo-zélandais a été jugé par sa mère lors de son épreuve de qualifications pour les demi-finales des Jeux. Pourquoi les organisateurs autorisent-ils des parents à être juge et partie sans penser au conflit d'intérêt?

Mike Dawson aux JO de Londres le 29 juillet. REUTERS/Lucy Nicholson

Mike Dawson aux JO de Londres le 29 juillet. REUTERS/Lucy Nicholson

Elle l’a sanctionné sans hésiter. Mike Dawson, un kayakiste néo-zélandais de 26 ans, s’est qualifié pour les demi-finales de kayak en slalom qui auront lieu le 1er août, bien que sa mère lui ait infligé deux points de pénalité pour avoir touché une porte.

Mike Dawson participe aux JO pour la première fois. Pour sa mère, c’est la seconde. Une histoire de famille où le fils participe aux Jeux et sa mère le juge.

Kay Dawson, qui arbitrait déjà les JO de Pékin en 2008, est la seule Néo-Zélandaise placée à un poste de la fédération internationale de canoë-kayak (FIC) tandis que fils est le seul représentant masculin de la Nouvelle-Zélande en canoë. La famille est donc à la fois juge et partie. (Sans compter que le père de Mike est aussi son coach.)

Mais pourquoi la Fédération internationale a-t-elle décidé que cela ne représentait pas un conflit d’intérêt?

Chaque fédération décide des règles d’arbitrages pour les Jeux. Ici, c’est donc la FIC qui est en charge du choix des juges.

Le même problème quand athlètes et juges ont la même nationalité

Interrogée par CNN, la porte-parole de la fédération Lerina Bright explique qu’un «processus fort et officiel est mis en place pour assurer la précision et l’impartialité de toutes ses compétitions, que ce soit lors des Coupes du monde, championnats du monde ou Jeux olympiques».

Un conflit de famille qui, selon les organisateurs, n’est pas un conflit d’intérêt. Du moins pas plus que dans les autres sports où athlètes et juges peuvent avoir la même nationalité.

Des situations très courantes par exemple en patinage artistique, mais dans ces disciplines il y a tellement d’athlètes de nationalités différentes qui concourent qu’il est quasiment impossible de trouver des juges qui ne soient pas de la même nationalité. Les fédérations ont donc dû s’adapter. Et espèrent que les préférences nationales des juges s’annulent quand ils sont plusieurs.

C’est d’ailleurs les raisons qu’avance Lerina Bright:

«Il pourrait aussi y avoir conflit d’intérêt [des juges et athlètes de même nationalité] (…) Cependant, le processus d’arbitrage est approfondi et rigoureux et ne laisse aucune possibilité à une seule personne d’influencer sur le résultat d’un candidat

S’il arrive souvent que les juges aient la même nationalité que les athlètes, la fédération exige qu’il n’y ait pas plus de deux juges originaires du même pays.

Une triple surveillance

Même chose pour le kayak. Puisque chaque juge de porte doit aussi vérifier la porte en amont et en aval, les organisateurs affirment que chaque porte est surveillée entre deux et quatre fois. Ce sont des «jugements croisés» et une personne seule ne peut pas prendre de décisions.

En outre, le parcours est balisé par un arbitrage vidéo en cas de doutes et le juge de terrain principal a le dernier mot.

Les juges sont aussi choisis sur la durée d’une olympiade. S’ils ont arbitré les championnats du monde depuis 2009, il est logique qu’ils continuent pour les JO de 2012.  

Tant que le comité technique (qui choisit les juges) n’a pas de preuves de la partialité d’un juge, il estime qu’il n’a aucune raison de ne pas reconduire le juge en question dans ses fonctions. Kay Dawson était donc déjà présente lors des tests de 2011 et avait donné satisfaction au comité.

Pas d’émotions

Le seul problème qui pourrait découler d’une telle histoire de famille, selon les organisateurs, viendrait d’un juge trop émotif quand son fils concourt. Mais Kay Dawson a chassé ces reproches en faisant parvenir un communiqué par l’intermédiaire de la fédération où elle affirme:

«Je fais ce travail depuis de nombreuses années maintenant et je connais beaucoup d’athlètes, c’est donc très simple pour moi de mettre mes émotions de côté quand je suis sur le terrain

En 2004, l’Australienne Sue Natoli avait demandé à ne pas être juge pendant les courses de sa fille. Sa demande avait été acceptée et un juge supplémentaire avait été envoyé. Tant qu’aucun membre de la famille Dawson n’en fait pas la requête, la fédération ne voit pas pourquoi elle interdirait à Kay Dawson d’arbitrer les courses de son fils.

Une situation qui semble ne pas poser de problèmes pour l’instant puisque le Tribunal arbitral du sport, qui intervient uniquement en cas de litige, n’a pas été sollicité.

Pauline Moullot

L’explication remercie Mathieu Reeb, secrétaire général du Tribunal arbitral du sport, et Jean-Michel Prono, président du comité technique de slalom de la fédération internationale de canoë.

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Pauline Moullot
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