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Judo: les hommes et les poids lourds d'abord

Temps de lecture : 3 min

Depuis quelques années, les judokates françaises raflent un nombre impressionnant de médailles. Pourtant, on ne parle que de Teddy Riner...

Priscilla Gnetto, le 29 juillet 2012. Toru Hanai / Reuters
Priscilla Gnetto, le 29 juillet 2012. Toru Hanai / Reuters

Cinq à deux. Au septième jour des épreuves de judo, les femmes ont déjà décroché cinq médailles dont une d'or, le 1er août pour Lucie Decosse et quatre de bronze (Priscilla Gneto dimanche en -52 kg et Automne Pavia lundi en moins de -57 kg, Gévrise Emane, mardi en -63 kg, Audrey Tcheuméo en -78 kg) contre deux pour les hommes (Ugo Legrand, lundi en -73 kg) et l'or pour Teddy Riner, le 3 août. Ce résultat n'a rien d'étonnant. Ces dernières années en effet, les Françaises ont, dans cette discipline, bien souvent brillé plus que les Français.

Avant les Jeux de Londres, certes, les hommes menaient encore au compteur des médailles olympiques: depuis Barcelone (1992), où les judokates ont pour la première fois obtenu droit de cité aux Jeux, les judokas français ont engrangé 13 médailles contre 11 pour les judokates tricolores. Mais les deux sexes sont déjà à égalité pour l'or (3 médailles). Et il serait presque étonnant, vu le palmarès des dames engagées pour la suite du programme, qu'elles ne prennent pas la tête après ces Jeux.

En matière de championnats du monde, c'est déjà le cas: depuis 1987, autrement dit depuis que ces championnats accueillent en même temps hommes et femmes, les judokates françaises ont récolté 45 breloques (dont 17 en or) contre 36 pour les hommes (dont 13 en or).

C'est au cours de la dernière décennie que leur relative supériorité sur les hommes est devenue très visible: depuis 2001, elles ont récolté –JO et championnats du monde confondus– 24 médailles (dont 8 en or) contre 17 médailles (dont 5 en or) pour les hommes.

Et pourtant... Pour le public, il n'y en a qu'un, le géant Teddy Riner. Qui, en dehors des amateurs chevronnés, connaît Gévrise Emane, Audrey Tcheuméo ou même la multi-médaillée Lucie Décosse, qui, pourtant, dominent leurs catégories?

Une décennie plus tôt, seul comptait de la même façon David Douillet, au point que plus grand monde ne se souvient sans doute de Séverine Vandenhende, la seule autre médaille d'or du judo aux JO de Sidney.

Un peu grosses?

Certains avanceront qu'au judo, les poids lourds sont rois. Djamel Bouras, médaillé d'or à Atlanta, n'a ainsi jamais –et de loin– atteint la popularité de son contemporain David Douillet. Pas faux, sauf que dans l'imagerie populaire, le judo devrait justement être le sport où l'habileté et la souplesse devraient permettre au petit de terrasser le grand. Son fondateur, Jigoro Kano, était d'ailleurs un petit maigrelet ridé. C'est du moins ce que l'on voit sur les photos affichées dans tous les tatamis. Mais aujourd'hui, les lourds, avec leur carrure de nounours ou de gentil géant, plaisent, quand les lourdes en revanche, n'ont guère la cote. Un peu grosses peut-être?

Mais si l'aura de Teddy Riner ou de David Douillet laisse les Gévrise Emane ou Frédérique Jossinet dans l'ombre, c'est aussi parce qu'ils ont à eux deux rapporté 11 des 16 médailles d'or du judo masculin (5 pour Teddy Riner avant Londres, 6 pour David Douillet) [1]. Autrement dit, ils ont chacun à leur époque résumé à eux seuls le judo français. Depuis 2001, un seul autre Français que Teddy Riner a décroché une médaille d'or aux JO ou aux championnats du monde: Frédéric Demontfaucon, aux championnats du monde 2001.

Chez les femmes, les championnes au contraire sont multiples: sur la dernière décennie, elles sont 5 à avoir brillé en or: Lucie Décosse, Gévrise Emane, Morgane Ribout, Audrey Tcheuméo, Céline Lebrun... Il en deviendrait presque difficile de s'attacher à l'une plutôt qu'à l'autre.

Pour faire justice à nos célèbres poids lourds hommes, reconnaissons aussi qu'ils ont tout simplement non pas glané, mais raflé les médailles dans leur catégorie. Devenant des légendes vivantes. Chez les femmes, seule Lucie Décosse (5 médailles dont 3 en or) rivalise avec eux. Mais Teddy Riner n'a que 23 ans, quand elle en affiche 31.

N'empêche: le jour où Teddy Riner tousse, l'équipe de France masculine a un malaise. Si Lucie Décosse défaille, les féminines, elles, conservent toutes leurs chances de briller.

Catherine Bernard


[1] Calcul réalisé sur la base des JO depuis Barcelone et des Championnats du monde depuis 1987. Retourner à l'article

Catherine Bernard Journaliste

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