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L'escrime: un sport, trois armes, des vannes

Olivier Monod, mis à jour le 01.08.2012 à 4 h 01

L'épée, le fleuret et le sabre, les trois armes de l'escrime olympique, offrent des spectacles bien différents.

Une épreuve de fleuret aux Jeux olympiques de Londres le 28 juillet 2012, REUTERS/Fabrizio Bensch

Une épreuve de fleuret aux Jeux olympiques de Londres le 28 juillet 2012, REUTERS/Fabrizio Bensch

L’escrime, un sport divisé en trois armes, trois disciplines, différentes, et parfois en concurrence. Les divergences de style sont sources d’inspiration pour les plus chambreurs.

 

1. L’épée

Spécificité: l’épée est l’arme la plus simple de l’escrime, du point de vue des règles. On peut toucher – avec la pointe – partout et le premier a raison. Si toutefois les deux adversaires s’embrochent mutuellement, l’arbitre compte un point partout et ne s’embarrasse pas de détails. Logique, lors d’un duel, on ne peut se permettre de se découvrir pour porter une attaque…

Les caractéristiques de l’arme découlent de ces règles. Longue de 110 cm, son poids de 770 grammes s’explique en grande partie par la taille de la coquille - de 13,5 cm de diamètre pour 3 à 5 cm de profondeur - qui protège la main. Son rôle est essentiel, le bras armé est bien souvent le point du corps le plus avancé. 

Pays star: la France.

Comment les épéistes se voient: l’épée est l’arme noble de l’escrime, celui des duels et des mousquetaires. Ses règles restent au plus près de celles d’un combat réel. Jusqu’en 1967, les écarts dans le débat public se réglaient sur le pré, l’épée à la main.

Lors des assauts d’épée, les pointes des armes restent en permanence dirigées vers le corps de l’adversaire, menaçantes. L’attaque ne se fait pas à la légère. On se jauge, on cherche la faille pendant de longues périodes de préparation puis on déclenche très vite en évitant de se découvrir.

Le rythme de l’assaut est souvent plus lent mais parce que la moindre initiative peut être préjudiciable. En effet, une fois que l’on mène au score, il suffit de chercher le coup double à chaque touche pour gagner. Les épéistes se voient donc comme des tacticiens positionnant leurs pions et scrutant leur adversaire pour s’engouffrer dans ses failles.

Comment les autres voient les épéistes

Des grands benêts. Oui, vous avez bien lu, des GRANDS benêts. Grands, parce que l’épée n’est pas une arme de convention, le premier qui touche marque le point. Donc les grands sont avantagés. Ils n’ont qu’à tendre le bras. Il suffit d’aller voir une compétition d’ado pour se rendre compte que la tactique de base consiste à faire sa puberté tôt puis à tendre le bras sur la piste, pour que les adversaires s’empalent dessus.

Benêts, parce que l’épée n’est pas une arme de convention. Selon leurs collègues fleurettistes et sabreurs, les épéistes ne s’embarrasseraient pas de phrases d’armes et de priorités parce qu’ils ne seraient pas vraiment capable d’en comprendre les subtilités. Le rythme lent des assauts peut corroborer cette caricature de tireurs peu vifs intellectuellement…

2. Le fleuret

Spécificité: le fleuret est souvent l’arme d’apprentissage en club, notamment parce qu’il est plus léger que l’épée (500 grammes pour la même taille, 110 cm).

Au fleuret, on ne peut toucher que sur le tronc (tout ce qu’il y a au-dessus de la ceinture sauf les bras et la tête). Arme de convention, le fleuret ne permet pas les touches simultanées. Il faut prendre l’avantage sur l’adversaire en faisant action d’attaquer.

Grossièrement, le premier qui tend le bras en avançant prend la priorité et devient attaquant. Ceci dit, il est aussi possible d’engager une attaque en tapant la lame de son adversaire ou en appuyant son fleuret contre l’autre, on appelle cela «prendre le fer».

Le défenseur peut sortir de cette situation en tapant sa lame contre celle de l’adversaire pour dévier la pointe, la parade. Celle-ci lui donne le droit de riposter. Si le défenseur n’est pas en position de porter une riposte, il s’expose à une remise d’attaque de la part de son adversaire. On peut aussi se défendre en reculant ou en esquivant l’attaque.

Il se passe donc plein de choses pendant un assaut de fleuret et le (télé)spectateur n’a rien le temps de voir. Pour compenser, il faut écouter l’arbitre débriefer l’action, on appelle cela «décrire la phrase d’arme». Dans le jargon cela donne:

«L’attaque part de droite, parade de gauche. Gauche riposte, parade de droite. La contre riposte rate et la contre-contre riposte touche.»

Et oui, le Français est la langue officielle de l’escrime.

Pays star: l’Italie.

Comment les fleurettistes se voient: arme d’apprentissage, le fleuret laisse le droit à l’erreur. Les escrimeurs ont donc perfectionné leur art. Les fleurettistes s’engagent dans des longs échanges cherchant à prendre la priorité d’attaque sur l’autre. Les dimensions technique et stratégique sont primordiales.

Pour un fleurettiste, son approche est la plus aboutie. Son arme est le mode d’expression ultime permettant un réel duel entre deux athlètes. Il faut parer, feinter, esquiver avant de toucher. Tout un art.

Comment les autres voient les fleurettistes: comme des fleuristes. Au-delà du calembour facile, la comparaison n’est pas dénuée de sens. Le fleuret est la seule des trois armes qui n’a pas été faite pour tuer. Le fleuret est moucheté (pointe repliée et protégée par une «mouche», l’ensemble ressemblant à une fleur). Cette approche poétique de l’escrime est jolie mais complètement inoffensive. Comme des fleurs, en somme…

Les fleurettistes s’attirent des commentaires désobligeant de leurs collègues à cause de leur allure. Leur garde n’est pas très académique, le bras replié, la pointe loin de leur adversaire. Leurs points se finissent souvent dans un corps à corps incohérent donnant lieu à une bataille de chiffonniers. Et depuis que les Italiens ont généralisé les «coups lancés», ces coups qui, profitant de la souplesse de la lame viennent toucher l’adversaire dans le dos, les assauts de fleuret amènent des scènes inattendues.

3. Le sabre

Spécificité: le sabre est le dernier né de l’escrime. Apparu dans le champ sportif à la fin du XIXè siècle, il est pourtant présent dès les premiers JO modernes alors que l’épée est absente.

Le sabre est, comme le fleuret, une arme de convention. Il est primordial de prendre la priorité avant de toucher. Les assauts au sabre sont souvent rapides. La phrase d’arme va rarement au-delà de la riposte. L’essentiel est donc de bien préparer son attaque par des feintes et des fausses pistes.

Il s’agit également de l’arme dans laquelle on voit le plus «d’attaque sur la préparation». Un tireur commence son mouvement vers l’avant, mais, mal protégé, il se fait punir par son adversaire plus prompt.

Comme l’épée, l’ergonomie de l’arme découle de ses caractéristiques. Au sabre, on peut toucher avec la pointe (estoc) mais aussi avec le tranchant de la lame (taille). La garde du sabre se prolonge en un capuce afin de protéger la main armée (qui était une surface valable au début). La position de garde en seconde (la pointe vers le haut) des tireurs découle de cette spécificité. Le sabre est tenu haut afin de parer aux coups de taille.

Pays stars: les Etats-Unis et la Russie.

Comment les sabreurs se voient: si l’épée se revendique être l’arme des mousquetaires, le sabre voit sa filiation chez les flibustiers et les cavaliers (Jack Sparrow et Zorro pour le grand public). La possibilité de frapper d’estoc et de taille offre une liberté de mouvement que n’ont pas les autres armes, voilà pour le côté rebelle.

Les assauts, bien que soumis aux conventions, ne durent jamais bien longtemps et la phrase d’arme se limite à une ou deux phases. L’attaque touche ou l’attaque rate et la riposte touche. Voilà pour la vitesse.

La nécessité de prendre la priorité sur l’adversaire rend le sabre plus cérébral qu’il n’y paraît. Il faut savoir lire le jeu de l’adversaire et l’engager dans des fausses pistes afin qu’il se fourvoie, le tout en quelques secondes. Le sabre est donc une arme d’analyse et surtout de prise de décision rapide.

Le sabre est également l’arme qui a le plus évolué dans ses règles. Aujourd’hui, les compétitions de sabre sont de loin les plus belles à voir, avec du mouvement d’un bout à l’autre de la piste et des échanges brefs mais dynamiques.

Comment les autres voient les sabreurs: le sabre est un peu le cousin éloigné de la famille. Si beaucoup de clubs font à la fois de l’épée et du fleuret, rares sont ceux qui peuvent se permettre de mettre en place trois armes. Ainsi, les clubs de sabre font bien souvent uniquement du sabre. A tel point que certains blaguent sur la fédération française de sabre interne à la FFE.

Si cette fédé existait elle aurait certainement son siège à Tarbes. Le sud-ouest s’est fait une spécialité du sabre, à tel point qu’aux championnats de France chez les jeunes, beaucoup de sabreurs portent un béret basque sur la tête.

Sur la piste, le sabre reste marqué par ses débuts, à l’époque où la flèche – ce mouvement rapide vers l’avant effectué en passant le pied arrière devant le pied avant – était autorisée. Les assauts d’alors ressemblaient à des charges de bisons. En garde. Prêt? Allez! Boum! Les deux tireurs se ruaient l’un vers l’autre sans discernement. Allez à 5’16 sur la vidéo pour un magnifique assaut de sabre à l’époque pré-arbitrage électronique.

Le sabre, une arme de têtes brulées.

Olivier Monod

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