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Les Jeux olympiques, produit télévisuel idéal

Olivier Monod, mis à jour le 30.07.2012 à 14 h 09

Les JO, c'est aussi deux semaines de surexposition télévisuelle de sport dans tous ses états. Et pour cause, la compétition est la rencontre parfaite entre le sport et les besoins de la télé.

Pendant une épreuve de natation synchronisée aux Jeux olympiques de Pékin le 22 août 2008, REUTERS/Issei Kato

Pendant une épreuve de natation synchronisée aux Jeux olympiques de Pékin le 22 août 2008, REUTERS/Issei Kato

Préparez-vous à bouffer des Jeux olympiques. A la télé, à la radio, dans les journaux. De tôt le matin à tard le soir. En période de JO, il n’y a plus place médiatique pour les insurgés syriens, le président normal ou la guerre des chefs à droite.

La compétition aux cinq anneaux est devenue un évènement planétaire. Un genre de grand-messe orchestrée par les médias en live et en quadricolore. Plus que toute autre compétition sportive, les Jeux fournissent aux réalisateurs télé les trois éléments qu’ils recherchent le plus dans le sport, du rythme, de l’empathie et du spectacle.

L’empathie

Pendant une retransmission sportive, l’image nous montre autant les réactions des athlètes que leurs exploits. «C’est la base, confirme Jean-Bernard Marie Moles, producteur et réalisateur à la retraite. L’aléa entraîne de l’émotion, c’est cela que l’on montre.» Lors du lancer du poids, la caméra s’attarde autant sur le visage contracté de l’athlète venant d’effectuer son tir que sur le mouvement en lui-même.

Les JO offrent encore plus d’émotions. D’une part, leur fréquence –tous les 4 ans– en fait un évènement exceptionnel. D’autre part, la multiplication des épreuves permet au spectateur d’être en permanence dans plusieurs états.

Jean-Bernard Marie Moles, qui est aussi titulaire d’un doctorat et réfléchit sur sa profession, note que cette tendance nous a poussé à vouloir voir l’avant et l’après des épreuves. Au rugby, la caméra est souvent présente avant les matchs dans les vestiaires. Au handball, le public s’était insurgé contre France Télévision quand celle-ci avait coupé la cérémonie de remise des médailles en 2001.

L’émotion de l’épreuve ne prend son sens que dans le contexte de la concentration (ou l’assurance) avant le début et la déception (ou la joie) après. Avec les JO, le téléspectateur passe d’un état à l’autre quasiment simultanément. On sera avec le sprinteur assuré de passer les qualif’, on souffrira avec le marathonien en plein effort, on sera concentré avec le cycliste avant l’épreuve tout en se félicitant de la médaille du rameur. Pan! Un shot de dopamine, d’adrénaline et d’endorphine toutes les 30 minutes, elle est pas belle la vie?

Le rythme

On vient de l’évoquer, mais c’est un sujet primordial. La glorieuse incertitude du sport peut être aussi ennuyeuse que spectaculaire. Pourtant, il n’y a rien de pire pour un producteur de télé qu’un temps faible. «Dans le sport, il existe des temps faibles que l’on meuble avec des interviews ou des ralentis. La télé c’est du temps plein, tout le temps», raconte notre témoin.

France Télévisions l’a bien compris. Regardez leur traitement de Roland-Garros. Leurs règles sont simples:

  • 1. De l’empathie, on préfère montrer un français en train de perdre salement, qu’un beau match entre deux favoris.
  • 2. Du rythme, si un match est trop lent, on envoie Tatiana ou Nelson interviewer un mec qui n’a rien à dire.
  • 3. Encore du rythme. Au moindre arrêt de jeu, on balance un ralenti du point précédent. Parfois il s’agit juste de voir une balle taper le haut du filet, mais au moins, ça remplit.

Les JO, avec leurs 302 épreuves en deux semaines, permettent aux réalisateurs fous de s’amuser à zapper d’une épreuve à l’autre continuellement. Pour regarder une discipline en exclusivité, il reste le streaming.

Le spectacle

Ben oui quand même. Quand on regarde une épreuve sportive c’est pour voir des mecs faire des trucs que l’on ne réussit pas à la maison. On veut voir des gars passer super vite d’un côté à l’autre de l’écran. On veut des gestes techniques improbables, des performances exceptionnelles et, si possible, historiques.

N’importe quoi, un évènement quelconque au sujet duquel on puisse dire «je l’ai vu en live». Comme le but de Maradona contre l’Angleterre, ou l’attentat du 11 septembre. On veut faire partie de l’histoire, assister à un moment unique. Et, au fond, on s’en fout un peu qu’ils se dopent pour atteindre de tels niveaux d’excellence.

Ajoutez à ces trois éléments l’exacerbation du patriotisme dans une compétition internationale réunissant 204 délégations –ah les duels Chine-USA, Grèce-Allemagne, Argentine-Angleterre, Israël-Egypte, Corée du Nord-Corée du Sud ou encore Russie-Géorgie!– et la possibilité de raconter de belles histoires de l’athlète amateur confronté aux plus grands professionnels du monde dans sa discipline. Vous obtenez un spectacle parfait pour le plus grand nombre, fédérateur sur des valeurs consensuelles et exportable.

Olivier Monod

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