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Non, l'esclavage n'a pas produit de meilleurs athlètes

Ludivine Olives, mis à jour le 27.07.2012 à 17 h 48

DSC_0226.jpg / cht! via Flickr CC License by

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Selon la légende olympique Michael Johnson, ses capacités physiques viendraient d’un «gène supérieur athlétique» présent chez la descendance des esclaves de l’Afrique de l’ouest.

Le médaillé d'or olympique et commentateur de la BBC a déclaré au Daily Mail:

«Au cours des dernières années, les athlètes afro-caribéens et afro-américains ont dominé les finales d’athlétismes.»

Avant d’ajouter:

«C'est un fait dont on a jamais discuté ouvertement. C'est un sujet tabou, mais les résultats sont ce qu’ils sont. Pourquoi ne devrions-nous pas en discuter?»

Sa théorie fait écho à celle de certains scientifiques. D’après eux, les esclaves ont subi un processus de sélection rigoureux lors de leur transport en bateau jusqu’en Amerique. Seuls les plus forts en sont sortis vivants. L’exemple le plus flagrant est celui d’un voyage en 1732 menant en Jamaïque, le dernier arrêt sur la piste des esclaves. 96% d'esclaves sont morts: 170 sont montés à bord du navire et seulement six sont descendus.

Pour Michael Johnson, c’est clair:

«Même si c'est difficile à entendre, l'esclavage a bénéficié de descendants comme moi, je crois qu'il ya un gène sportif supérieur en nous.»

Une idée que critique vivement Amy Bass dans Salon. Pour l’historienne, affirmer que ce débat est tabou est faux: il occupe l’esprit des scientifiques depuis des siècles. De plus, penser qu'il existe un gène du sport commun à un groupe de personne est faux. D’après elle, l’identité d’un peuple ou d’un groupe d’individus change au cours de l’histoire. Il s’agit d’une construction sociale qui mélange classe, genre, sexualité…

Pour cela, elle prend exemple du lien qu’entretiennent les afro-américains avec la natation. Al Campanis et Ted Koppel, célèbres commentateurs sportifs, avaient ainsi affirmé en 1987 que les afro-americains ne sont pas de bons nageurs «parce qu’il ne sont physiquement pas capables de flotter», une aberration représentative des clichés véhiculés sur le sport. Pour Amy Bass, si peu d’afro-américains concourent dans des épreuves de natation, cela s’explique sociologiquement.

Ainsi USA Swimming a publié une étude il y a quelques années révélant que 60% des enfants afro-américains ne savaient pas nager. Ils étaient donc deux fois plus nombreux que leurs homologues blancs. Sur 252.000 membres de l'organisation, moins de 2% nageant en compétition se sont identifiés comme noir. Durant cette étude, les chercheurs ont constaté l'influence des parents: si un parent ne savait pas nager ou avait peur de la natation, l'enfant avait moins de chances d'apprendre. Or durant l'enfance de leurs parents, les piscines municipales étaient situées loin des habitations des familles noires. Difficile donc d’apprendre à nager.

Aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, Anthony Ervin a changé l’image que les Etats-Unis entretenaient d’un nageur d’élite. Considéré comme le premier nageur d'origine africaine à faire partie d’une équipe aux Etats-Unis, il descend à la fois d'Amérindiens, de juifs et d'afro-américains.

Son cas illustre pourquoi il est si difficile de faire des hypothèses raciales, un élément clé que l’on oublie trop souvent: le métissage.

Pour l’historienne Amy Bass, véhiculer ce type de clichés sur les afro-américains et le sport ramène tout simplement au Moyen-Age, où l’on estimait que certains traits physiques comme des lèvres épaisses, une grande bouche ou un gros nez étaient le signe d’une capacité innée à danser, chanter et avoir un corps athlétique.

Ludivine Olives
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