JO-Londres-2012JO Londres 2012 directLife

Concours complet: l'équitation entre prestige et danger

Yannick Cochennec, mis à jour le 29.07.2012 à 9 h 15

C'est l'épreuve fétiche de la famille royale britannique, mais aussi la plus dangereuse des Jeux olympiques. Malgré les efforts du CIO pour la rendre moins «barbare», la mort peut toujours y rôder.

Le japonais Yoshiaki Oiwa lors du concours complet aux Jeux olympiques de Pékin le 12 août 2008, REUTERS/Bobby Yip

Le japonais Yoshiaki Oiwa lors du concours complet aux Jeux olympiques de Pékin le 12 août 2008, REUTERS/Bobby Yip

La petite fille de la Reine décrochera-t-elle une médaille olympique? La question tient le royaume en haleine le temps d’une compétition, le concours complet, qui est, en Angleterre, l’un des temps forts de ces Jeux de Londres. Zara Phillips, fille de la Princesse Anne, elle-même sélectionnée en complet lors des Jeux de Montréal en 1976 où elle termina 24e, fille également de Mark Phillips, champion olympique par équipes de complet à Munich en 1972 et encore à l’honneur à Séoul en 1988 où il décrocha l’argent toujours par équipes, a toutes ses chances avec les cavaliers britanniques.

Championne du monde de la spécialité en 2006, Zara Phillips attirera tous les regards sur le lieu de la compétition, le Greenwich Park, le plus vieux parc de Londres – il date de 1433 – à l’origine du méridien du même nom. Face à l’héritière du trône (elle figure au 13e rang de succession), Kenki Sato, le jeune moine boudhiste japonais du temple de Myoshoji qui bénéficie également d’une large couverture journalistique, a affaire à une rude concurrence médiatique.

Si les Britanniques aiment à se donner un rendez-vous mondain lors des cours d’Epson et d’Ascot ou à l’occasion du Grand National de Liverpool, ils expriment fondamentalement leur passion équine par le biais du concours complet – les tickets pour Greenwich ont été rapidement épuisés. Les concours annuels de Burghley et de Badminton drainent des foules énormes – environ 200.000 personnes à Badminton, épreuve annulée cette année à cause de pluies diluviennes – et sont au complet ce que Wimbledon est au tennis: le graal absolu. Passion d’un peuple. Le roi Richard III ne demandait-il pas «Un cheval! Un cheval! Mon royaume pour un cheval» dans la pièce éponyme de William Shakespeare?

Le concours complet est une compétition en trois volets et sur quatre jours ouverte aux hommes et aux femmes, l’équitation étant devenue mixte à partir de 1952. Aux deux jours de dressage succèdent celui dédié au cross et le dernier consacré au saut d’obstacles, le cavalier ayant le même cheval pour les trois disciplines. C’est, en quelque sorte, le triathlon de l’équitation.

Moins éprouvant aux JO

L’épreuve la plus spectaculaire de cette trilogie est le cross. A Londres, il se court lundi 30 juillet, à Greenwich Park donc, sur un parcours en dénivelé de 5,7km entrecoupé d’une quarantaine d’obstacles artificiels ou naturels avec une vue spectaculaire sur les tours de la City et la cathédrale Saint-Paul. Le couple, homme (ou femme)-cheval, qui réalise la course dans le temps imparti (10 minutes) et sans pénalité (refus, temps dépassé) est crédité du maximum (0 point). Le but est de finir avec le moins de point possible.

Pour un cavalier de complet, les Jeux olympiques sont, bien sûr, l’occasion de se faire connaître internationalement, mais ils ne constituent pas le test ultime en raison de règlements mis en place afin de préserver la sécurité des cavaliers et des chevaux lors du cross. Les six concours dits de niveau quatre étoiles, auxquels appartiennent Burghley, Badminton ainsi que le concours de Pau en octobre, dominent le calendrier annuel.

Celui des Jeux olympiques est aussi labellisé quatre étoiles, mais avec un niveau de dureté que les spécialistes considèrent néanmoins comme inférieur parce qu’il est déjà deux fois plus court en distance. De ce point de vue technique, il n’a pas le même éclat que les six autres rendez-vous majeurs véritablement inscrits dans une tradition et une histoire.

Trop dangereux pour le CIO

A partir 2002, tout a changé, ou presque, pour le concours complet que le Comité international olympique (CIO) a envisagé d’exclure à la fois pour des raisons de coûts et du danger représenté pour les cavaliers et les chevaux. En 1960, aux Jeux de Rome, lors du cross, deux chevaux avaient dû être abattus sur place. En 1968, à Mexico, deux chevaux s’étaient noyés sous un orage diluvien qui avait fait sortir un cours d’eau de son lit.

Un chantage s’est mis en place. Le CIO a exigé l’assouplissement des règles du cross sous peine de ne plus faire partie de la famille olympique. Le changement a été imposé à partir des Jeux d’Athènes en 2004 au grand dam d’un sport qui ne s’y retrouve plus tout à fait et qui n’a pas digéré non plus que le port d’habits militaires soit interdit depuis 2008.

Les Jeux olympiques de Sydney en 2000 ont été ainsi les derniers à incarner ce que le cross avait représenté jusque-là: un formidable instant de vérité, presque barbare pour ses détracteurs. En effet, jusqu’à Sydney, l’épreuve équivalente au cross d’aujourd’hui consistait en un test de fond réparti en quatre parties avec deux sections de 14,3km au total sur routes et sentiers, un steeple-chase sur herbe de 3,1km et un cross de 7,4km, ce parcours de cross comprenant une trentaine obstacles (environ 45 sauts) et devant être effectué en un temps limité. A côté de ce monument d’endurance et de pièges, le cross de Londres, avec ses 5,7km, fait évidemment pâle figure.

Si les cavaliers font du concours complet, c’est avant tout pour le cross. Une partie d’entre eux regrette donc que depuis 2004 et ces Jeux d’Athènes, où le parcours de cross avait été estimé comme très fade et ennuyeux, le concours complet a perdu une bonne partie de sa dimension, de ses valeurs et de son prestige. Le développement de ces cross «light», moins naturels, très techniques et qui ont des coûts élevés de construction (72 millions d’euros à Londres alors que beaucoup de spécialistes auraient préféré le site permanent de Badminton) n’est pas du goût de tout le monde.

Politiquement correct

Conséquence de cette évolution vers la «facilité»: dans un cross olympique, il n’est plus possible de refaire son retard après une épreuve de dressage complètement manquée comme en 1992, lorsque le Néo-zélandais Blyth Tait monta sur la troisième marche du podium malgré une 68e place au dressage et après un éreintant et héroïque parcours de cross. De surcroît, il faut préciser que toute chute est désormais éliminatoire, ce qui n’était pas le cas auparavant quand il était possible de remonter sur son cheval.

«Oui, le concours complet a complètement changé, constatait récemment, à regrets, Xavier Librecht, le directeur de la rédaction de l’Eperon, sur l’antenne de la chaîne Equidia. La discipline est devenue politiquement correcte.»

Mais pour le CIO, qui a clairement l’équitation en ligne de mire et n’a pas renoncé à éjecter le concours complet de son programme, il n’est plus question que des événements tragiques surviennent ou que le public, qui découvre souvent la discipline à cette occasion, ait le sentiment que le cheval soit maltraité en raison de trop d’efforts. Poussant les bons sentiments jusqu’à leur limite, le CIO a même imposé à la BBC de diffuser les images du cross du 30 juillet avec un différé d’une poignée de secondes afin d’éviter les images de tout accident survenant en direct.

Un risque toujours bien réel

Car malgré la limitation des efforts avec cette réforme mise en place, le cross reste éminemment dangereux à la fois pour le cheval et pour l’homme à cause des obstacles parfois massifs. Depuis 2004 et la mise en place des nouvelles normes d’épreuves de haut niveau, la Fédération internationale d’équitation a recensé 7 décès de cavaliers de complet, 260 blessures sérieuses et 571 plus légères.

Pour les cavaliers, le plus gros danger survient quand le cheval se retourne sur l’obstacle et l’écrase. De tels drames arrivent encore dans des concours provinciaux.

Il n’est peut-être plus ce qu’il a été, mais le cross reste le cross, un lieu où peut rôder la mort. C’est pourquoi le concours complet est probablement la discipline équestre qui demande le plus de communion entre l’animal et l’homme tant leur destin commun est fragile. Zara Phillips est admirée des Britanniques pour avoir le courage si spécial de ces cavaliers à part.

Yannick Cochennec

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte