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Jeux olympiques: le pentathlon reste moderne

Yannick Cochennec, mis à jour le 12.08.2012 à 9 h 18

Amélie Cazé offrira peut-être sa dernière médaille d'or à la France, dans un sport dont les JO tentent de se débarrasser depuis des années.

Amélie Cazé lors de sa victoire aux championnats du monde de pentathlon moderne à Budapest le 31 mai 2008, REUTERS/Laszlo Balogh

Amélie Cazé lors de sa victoire aux championnats du monde de pentathlon moderne à Budapest le 31 mai 2008, REUTERS/Laszlo Balogh

Programmée le 12 août, dernier jour des Jeux olympiques, Amélie Cazé, longiligne jeune femme d’1,80m pour 65kg, offrira peut-être sa dernière médaille d’or au sport français à Londres. Triple championne du monde de pentathlon moderne (2007, 2008, 2010), cette Picarde de 27 ans, qui s’était «ratée» à Pékin (9e), n’est pas une figure très connue du sport français et d’ailleurs, elle ne court pas après les medias.

En cette journée pluvieuse de juin, malgré des réticences évidentes, elle a accepté de recevoir plusieurs journalistes à l’INSEP, dans le Bois de Vincennes, où, franche et directe, elle ne cherche pas à plaire:

«Je n’ai pas envie d’être «bouffée» par des sollicitations qui pourraient empiéter sur une préparation aussi importante que celle des Jeux olympiques. Je ne fais pas du sport pour être connue ou être à la Une des journaux. Le pentathlon, c’est ma passion

Le pentathlon moderne? Méconnue et peu pratiquée en France (à peine quelques dizaines de licenciés), cette discipline ne cesse de lutter pour sa survie au sein de la famille olympique où elle bénéficie toutefois d’un statut particulier.

En effet, elle a été inscrite au programme en 1912 lors des Jeux de Stockholm sous l’impulsion du Baron Pierre de Coubertin en personne qui voulait renouer avec le pentathlon de l’Antiquité qui consistait alors à courir la longueur d’un stade, sauter, lancer le javelot, le disque et lutter. Le pentathlon avait une place à part chez les Grecs et était considéré comme un sommet, le vainqueur recevant le titre de «Victor Ludorum».

Une épreuve en moins

En 1912, ce pentathlon requalifié de moderne à l’époque comportait les cinq épreuves suivantes disputées sur plusieurs journées: le tir au pistolet, l’escrime, la natation, l’équitation et le cross country. Mais un siècle plus tard, le mouvement olympique n’en veut plus vraiment ou feint de vouloir le conserver.

Dans les années 1990, par exemple, la venue du triathlon a constitué une vraie menace de bannissement, même si les deux sports n’ont rien à voir. Diverses réformes se sont donc succédé pour tenter de donner un souffle médiatique au pentathlon, dont les cinq épreuves sont désormais concentrées sur une unique journée pendant laquelle il ne s’agit pas de se rater.

Les épreuves sont restées peu ou prou les mêmes, mais en réalité, elles ne sont désormais plus que quatre. La journée commence par l’escrime, se poursuit avec la natation, se prolonge par l’équitation et se termine lors d’un combiné de course et de tir.

En 2002, Jacques Rogge, le président du Comité international olympique (CIO), avait envisagé de remplacer l’équitation par du cyclisme sous le prétexte que cela serait revenu moins cher. Il n’était pas arrivé à ses fins, mais le «harcèlement» continue avec le passage, entre Pékin et Londres, à cette formule à quatre étapes au lieu de cinq avec la fusion de la course et du tir.

Le combiné pour finir

Amélie Cazé résume ainsi la journée d’une pentathlète lors d’une compétition internationale comme les Jeux olympiques:

«Tout commence par l’escrime où je rencontre mes 35 adversaires lors de 35 assauts d’une minute pendant lesquels celle qui porte la touche a gagné. En natation, il s’agit ensuite d’un 200m nage libre. Puis vient l’équitation assez «amusante» parce que nous ne connaissons pas le cheval qui nous est attribué et avec lequel on franchit 15 obstacles. Enfin, l’épreuve du combiné consiste en un 3.000m avec tous les 1.000m une épreuve de tir au laser où nous devons toucher cinq cibles à chaque fois.»

L’escrime, la natation et l’équitation donnent des points au fil des résultats des uns et des autres. Par exemple, en escrime, pour obtenir le maximum de 1.000 points, il faut remporter 70% de victoires sur la totalité des assauts possibles.

Mais au seuil du combiné, ces points sont convertis en temps si bien que les concurrents du combiné s’élancent les uns après les autres avec des écarts de quelques secondes en fonction des points qui les séparaient jusque-là, le but étant de transformer cette dernière compétition en une spectaculaire course-poursuite pour la télévision.

Depuis Pékin, les pentathlètes, éternellement remis en cause, mais toujours à la pointe d’une certaine modernité, ont aussi abandonné les pistolets à plomb pour des armes à laser. Cette transformation ne s’est pas faite sans mal parce que le poids du pistolet a perdu environ 300g pour peser aujourd’hui quelque 800g.

L'Or et rien d'autre

Spécialiste du tir alors qu’elle déteste la course, Amélie Cazé regrette un peu cette ultra modernité car, selon elle, le tir consiste d’abord à atteindre une cible avec un objet, même s’il y a un progrès écologique et sécuritaire dans cette évolution. «On s’adapte sous la pression parce qu’on n’a pas d’autre choix», sourit-elle, fataliste.

Au fait, comment devient-on pentathlète en France? Amélie Cazé raconte:

«J’ai eu la chance de grandir du côté de Noyon, en Picardie, qui accueille l’un des rares clubs de pentathlon en France. A l’origine, j’ai commencé par la natation puis je me suis prise au jeu au contact des pentathlètes du club. J’ai débuté en 1994, à 9 ans, avec mon frère aîné, Nicolas. J’ai aussitôt apprécié la polyvalence de cette discipline. Et puis quand vous êtes jeune, vous aimez bien vous distinguer en faisant quelque chose que les autres ne font pas.»

L’escrime reste sa discipline de prédilection, celle où elle marque généralement de précieux points. Blessée aux ischio-jambiers en 2011, elle a terminé 4e des championnats d’Europe au printemps dernier et semblait confiante dans la perspective des Jeux. Elle résume:

«J’ai pris le temps de me soigner, mais cela a été une vraie course contre la montre d’autant que j’ai changé d’entraîneur en janvier. La blessure entraîne forcément une remise en question parce qu’on passe de 30h d’entraînement par semaine à presque rien.»

Après Londres, cette professeure d’éducation physique poursuivra sur le chemin de sa passion du pentathlon quel que soit son résultat en Angleterre, où elle vise l’or et pratiquement rien d’autre, et peu importe les probables tentatives réitérées du CIO pour avoir, sans pistolet au laser, la peau du sport de Pierre de Coubertin pour les Jeux de 2016 ou de 2020.

Yannick Cochennec

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