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Jeux olympiques: comment la Grande-Bretagne a fabriqué ses champions

Catherine Bernard, mis à jour le 01.08.2012 à 17 h 51

Pour réussir les jeux de Londres, le Royaume-Uni n'a pas lésiné sur les moyens. Il a notamment lancé des campagnes de détection tous azimuts. Et, au moins pour Helen Glover, ça a marché: elle a décroché la médaille d'or au deux de pointe en canoë.

Helen Glover et  Heather Stanning et leur médaille d'or, le 1er août 2012. REUTERS/Jim Young

Helen Glover et Heather Stanning et leur médaille d'or, le 1er août 2012. REUTERS/Jim Young

Vous ne le savez pas, mais vous êtes peut-être un champion olympique en puissance. Bien entendu, si vous avez déjà dépassé le quart de siècle, votre heure a sonné depuis longtemps et vous devrez vous consoler en regardant la télé entre le 27 juillet et le 12 août (et du 29 août au 9 septembre pour les jeux paralympiques). 

Mais si vous affichez moins de 20 ans au compteur, tout n'est pas encore complètement perdu. Surtout si vous êtes britannique. Car pour préparer au mieux les JO de Londres, la Grande-Bretagne n'a rien laissé au hasard. Sachant qu'on estime en général à 1% de la population des 15-22 ans ceux qui ont qui la capacité d'atteindre le plus haut niveau dans une discipline ou une autre (y compris non sportive), nos voisins anglais ont tout simplement décidé de ne pas laisser cette richesse se faner sans rien faire.

Partant d'un constat simple: si les clubs/fédérations sportives sont –à la limite– capables de repérer leurs meilleurs adhérents, elles ne pourront par définition jamais sélectionner ceux qui, par malchance, éloignement géographique, méconnaissance, contexte familial ou éducatif, choix d'autres activités et tout autre bonne raison, n'ont jamais eu l'occasion de faire leurs preuves.

D'autres façons d'atteindre le sommet

Alors, Chelsea Warr, responsable de la détection des talents à UK Sport –l'organisme chargé de la gestion du sport de très haut niveau–, n'y est pas allée par quatre chemins: elle a multiplié ces dernières années les campagnes de détection auprès du grand public, avec une conviction qu’elle expliquait récemment lors des «entretiens de l'INSEP»:

«On affirme en général que pour arriver à l'élite sportive, il faut dix ans de spécialisation, 10.000 heures d'entraînement, et tutti quanti. Bref, que plus vous commencez tôt, plus vous avez de chances, qu'il s'agisse de sport, de musique, d'arts dramatiques etc... C'est le cursus le plus courant. Mais nous sommes pour notre part persuadés qu'il existe d'autres façons d'atteindre le sommet.»

En 2007, UK Sport a ainsi lancé la campagne des «Sporting Giants». Une campagne très orientée, puisqu'elle ne s'adressait qu'aux femmes de plus d'1m80 et aux hommes dépassant 1m90 à la toise. L'idée était de détecter des jeunes susceptibles de briller, notamment à l'aviron, au hand ou au volley.

Plus de 4.800 jeunes de 16 à 25 ans ont répondu la campagne, qui, bien évidemment, leur faisait miroiter une participation aux JO de Londres. Elle a été ensuite déclinée avec le programme «Tall and Talented». «Girls4Gold» en 2008 s'adressait aux femmes déjà actives dans un sport, et susceptibles de briller au pentathlon moderne, au canoë ou à la voile, entre autres. 

«Pitch2Podium» et «Paralympic Potential»

La campagne «Pitch2Podium», elle, visait les jeunes footballeurs et rugbymen qui n'avaient pas trouvé d'engagement professionnel. Elle leur proposait de se reconvertir dans une autre discipline olympique, grâce à un entraînement et un coaching appropriés.

C'est ainsi que le footballeur James Hoad a été jugé bon à s'investir dans le skeleton (sport de glace dans lequel le sportif se met à plat ventre sur son engin pour dévaler un étroit couloir de glace). Et, bien entendu, un appel à candidatures a également été lancé pour les jeux paralympiques: «Paralympic Potential».

En 6 ans, 7.000 jeunes ont ainsi posé leur candidature à l'une des campagnes de détection organisées. Avec, au final, la sélection  de 50 athlètes suffisamment prometteurs pour qu'ils participent aux programmes olympiques pour Londres, Sotchi en 2014 ou Rio en 2016. 54 ont déjà décroché des médailles internationales avec, à leur tête, Helen Glover, championne du monde d'aviron en 2010 moins de 4 ans après avoir jamais manié une rame. Et qui a décroché la première médaille d'or britannique de ces Jeux de Londres, le 1er août, en deux de pointe en canoë. Chelsea Warr explique:

«Bien sûr, ce n'est qu'une petite goutte d'eau dans notre élite sportive, dont l'essentiel a suivi un cursus traditionnel. Mais elle n'est pas pour autant à négliger.»

Car ces athlètes ne constituent pas simplement un réservoir de médailles supplémentaires pour le pays. Ils ont mis la pression sur les autres champions potentiels, ceux qui ont enchaîné leurs 10 années et 10.000 heures de spécialisation sportive. Et challengé les méthodes d'entraînement.

Encore de nombreux sujets de recherche

«Lorsque des athlètes de haut niveau débarquent dans une discipline sportive, il faut presque leur créer des compétitions sur mesure, car ils ne sont pas encore au niveau des autres, mais progressent bien plus vite que les sportifs plus jeunes de la discipline», explique Chelsea Warr. Peut-être la réussite de ces jeunes s'explique-t-elle par ce coaching très particulier? 

Mais ces initiatives constituent surtout une opportunité pour remettre à plat toutes les certitudes sur le profil des champions. Parallèlement à ces programmes de détection, UK Sport a en effet lancé de nombreux programmes de recherche. «Par exemple, pour savoir combien d'années il faut pour rendre médaillable un sportif de haut niveau qui se spécialiserait très tard, explique ainsi Chelsea Warr. Visiblement, faire du sport de façon intensive apporte quelque chose qui ensuite favorise grandement celui qui s'investit dans une discipline que, pourtant, il n'a jamais fréquentée»

Une autre étude en cours étudie ce qui différencie les médaillés d'or de leurs «jumeaux», autrement de ceux qui, quelques années plus tôt, affichaient pourtant exactement le même palmarès sans toutefois réussir à atteindre l'excellence olympique. Et UK Sport réfléchit aussi à l'introduction de nouveaux critères psychologiques dans les programmes de détection des talents. En effet, explique Chelsea Warr, «il semble que certaines difficultés d'apprentissage connues pendant l'enfance favorise l'émergence de cette «rage de vaincre» qui caractérise les champions».

On peut bien entendu trouver ces programmes de détection démagogiques –ils font rêver à bon compte, puisque moins d’1% des candidats sont finalement médaillés– et discriminants –puisque beaucoup s'adressent à des «grands»– alors que les critères physiques ne semblent selon certains experts n'être que très marginalement prédictifs des performances. Mais ils présentent au moins un avantage: ils donnent à quelques jeunes qui n'en auraient sinon jamais eu la possibilité la chance de tester leur talent. Voire de l'exercer.

Catherine Bernard

Article mis à jour le 1er août avec la médaille d'or d'Heleb Glover.

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