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Handball: les binationaux Frenchies de l'équipe olympique britannique

Alexandre Hiélard, mis à jour le 28.07.2012 à 10 h 21

Pour l’ouverture du tournoi olympique de handball, la France affronte la Grande-Bretagne, qui dispute sa première compétition internationale. Sans équipe, les Anglais ont fait appel à des bi-nationaux franco-anglais qui n’ont pas hésité à traverser le «Channel».

Pendant un hommage aux victimes des attentats de Londres à New York le 8 juillet 2005, REUTERS/Mike Segar

Pendant un hommage aux victimes des attentats de Londres à New York le 8 juillet 2005, REUTERS/Mike Segar

Monter une équipe britannique de handball pour les Jeux Olympiques, c'est un peu comme mettre quatre Jamaïcains dans un bobsleigh. C'est compliqué. Mais partir de rien présente cet avantage d'entretenir l'espoir d'arriver à quelque chose...

Dès la désignation de Londres comme ville-hôte en 2005, la Fédération britannique de handball s'est lancée dans une intense campagne de recrutement, estampillée «Sporting Giants» (cette campagne concernait potentiellement toutes les disciplines, mais essentiellement le handball, le basket et le volley). Si le pays organisateur n'est pas tenu de présenter une équipe ou un sportif à toutes les épreuves, la Grande-Bretagne avait pris cet engagement au lendemain de sa victoire sur Paris.

Pour commencer, elle ratisse large. Etre grand, jeune et sportif sont les seuls critères. Cependant, sans un noyau dur de joueurs déjà formés, l'aventure risquait de tourner court.

Sans véritable ligue professionnelle et seulement 600 licenciés, la Grande-Bretagne a trouvé la parade: piocher dans son vivier de binationaux. Ainsi, selon une étude de Sports Life, 50 «Plastic Brits» (sobriquet donné aux binationaux) participeront aux prochains JO. Parmi eux, des athlètes (Triple saut, saut en longueur, 100 m haies,...), des lutteurs, des basketteurs, des volleyeurs et surtout... des joueurs de handball. Avec 19 binationaux, il s'agit du sport le plus fourni.

Parmi eux, les Français, portés par l'aura de leurs équipes nationales plusieurs fois titrées, ont la cote. Depuis 2006, ils sont six (trois garçons et trois filles) à avoir intégré les sélections britanniques, souvent après l'envoi d'un simple mail de candidature. Pour la plupart amateurs en France, ces sportifs ont été propulsés au rang de joueurs internationaux du jour au lendemain.

Formulaire en ligne

A 18 ans, Charlotte Leblanc, née d'une mère anglaise, est la dernière Française arrivée dans la sélection. Elle peine encore à réaliser ce qui lui arrive. «Me dire que je vais participer aux JO, ça me fait bizarre, c'est un peu fou, confie-t-elle. Je n'aurais jamais imaginé ça il y a un an».

Le conte de fées débute en avril 2011. Conseillée par un ami, elle se connecte sur le site de la fédération:

«J'ai rempli un formulaire en ligne dans la rubrique "Talent Search". Et la première question que l'on m'a posée, c'est: "Avez-vous déjà joué au handball?" Forcément, ça m'a fait beaucoup rire.»

Mais l'actuelle benjamine de l'équipe ne croyait pas vraiment en ses chances:

«Je suis très jeune et puis c'est les JO quand même, c'est difficile d'envisager y participer un jour.»

«Ils ne m'avaient jamais vu jouer»

Surtout pour cette joueuse amateur qui évolue aujourd'hui dans l'équipe réserve de Vaux-en-Velin, en Nationale 2 (4e division). Pourtant, un mois plus tard, elle reçoit sa convocation pour un stage en Turquie, une semaine avant son bac. «J'étais surprise, ils ne m'avaient jamais vu jouer, raconte-t-elle. Ils savaient juste que j'étais grande (1.81m) et gauchère».

Mais ne lui dites surtout pas qu'elle a usurpé son ticket pour les Jeux:

«On a fait beaucoup de sacrifices, j'ai arrêté mes études pendant un an. D'autres filles plus âgées ont mis leur vie professionnelle entre parenthèses et n'ont fait que des petits boulots pendant cinq ans. On n'est pas payées. Aucune prime, pas de logement. Seul le transport est pris en charge. Mais comme on passe nos journées au centre d'entraînement...»

«On est légitimes»

Ces conditions de vie difficiles ont soudé l'équipe, où huit nationalités se côtoient (France, Danemark, Norvège, Pologne, Italie, Suisse, Allemagne, Ecosse). «On partage les frais de loyers, pour ne pas pénaliser les joueuses qui n'ont pas pu trouver de studio bon marché près du centre d'entraînement», explique Ewa Paliès (22 ans), la deuxième franco-britannique de l'effectif, ou «moit-moit», s'amuse-t-elle.

Elle a joué avec la plupart des joueuses actuelles de l'Equipe de France, vice-championnes du monde au Brésil en décembre 2011. Passée par les Espoirs tricolores, elle a dû patienter trois ans  (à compter du jour de sa dernière apparition sous le maillot bleu) avant de pouvoir défendre les couleurs de son nouveau pays, comme le stipule l'article 41 de la charte olympique. «Je les ai retrouvées dès mon deuxième match avec la Grande-Bretagne, on a perdu très largement avec 19 buts d'écart... C'était un autre monde», confie-t-elle.

Marie Gerbron (21 ans), dernière «moit-moit» franco-anglaise et joueuse d'Octeville (Division 2), confirme:

«Le niveau n'a rien à voir avec la France. Elles, ce sont des pros.»

«Si vous voulez faire les Jeux, venez jouer au hand»

Pourtant, l'équipe nourrit d'ambitieux objectifs. «On veut accéder aux quarts de finale et prouver à tout le monde qu'on n'est pas des grosses quiches» lance, bravache, Charlotte Blanc.

Leur victoire en novembre 2011 contre l'Angola (22-20), 8e du dernier championnat du monde, leur a donné confiance. Ces bons résultats ont fait taire les critiques contre les joueuses binationales, jugées trop nombreuses. «Il y a eu un article du Dailymail qui disait "Si vous voulez faire les Jeux, venez jouer au hand". Forcément, ça nous a beaucoup vexées, car on est légitimes, plaide Marie Gerbron. On a la double nationalité par nos parents, ce n'est pas comme si on avait été naturalisées». Puis de lancer un défi:

«Que ceux qui estiment que c'est un billet gratuit pour les Jeux viennent s'entraîner jusqu'à onze séances de deux heures par semaine, qu'ils changent de pays, arrêtent leurs études ou leur travail».

«British Handball Academy»

 Chez les garçons aussi, il y a eu des sacrifices. Sebastien Prieto (24 ans), titulaire d'un passeport anglais par sa mère, fut le premier handballeur «frenchy» de l’équipe britannique. Pour ce Monégasque, tout a commencé lorsqu'il a répondu à... une petite annonce. «J'ai entendu à la BBC qu'ils cherchaient à créer une équipe, c'était en mai 2006» raconte-t-il.

A l'époque, il travaille à Londres dans une société d'assurance et n'a pas touché un ballon depuis un an. Son meilleur niveau? «Moins de 18 ans, niveau régional». En novembre 2006, après des tests convaincants, il plaque tout et s'envole pour le Danemark, où la fédération britannique a monté de toutes pièces un OVNI: la «British Handball Academy».

Faute d'entraîneur de qualité, les futurs joueurs et joueuses de la sélection britannique sont envoyés en formation accélérée dans ce bastion du hand mondial. «On s'entraînait 4 heures par jour, 5 fois par semaine  avec beaucoup de tactique et de séances vidéo, raconte Sebastien. On était nourris et logés, avec un peu d'argent de poche. Certains ont trouvé un complément avec un petit boulot à côté.»

Puis vient la crise économique et fin 2008, l'Académie ferme. Sebastien Prieto commence alors un petit tour d'Europe:

 «Un club allemand de Bundesliga, le TuSEM Essen, en difficultés financières, cherchait des joueurs pour finir la saison. Puis j'ai signé mon premier contrat pro au Danemark, en 1re division, l'un des championnats les plus relevés d'Europe.»

Une ascension fulgurante au plus haut niveau qu'il explique par ses «aptitudes physiques naturelles, à la course ou au saut».

Une seule victoire depuis 1969

Son coéquipier Gawain Vincent, 21 ans, n'a pas connu le Danemark. L'Académie avait déjà fermé quand son entraîneur à Torcy (Nationale 1), en 2009, lui apprend que la Grande-Bretagne souhaite bâtir «une équipe avec des joueurs qui ont un passeport britannique». Au début, il a «cru à une blague». Puis décide quand même de tenter sa chance et envoie un mail à la Fédération avec un inventaire sommaire de son pedigree: poids, taille, poste, parcours en club.

Ce joueur régulier en Nationale 2  à Nantes a toujours vu le hand comme un hobby et n'a jamais pensé devenir pro. Depuis, la sélection britannique est arrivée et il s'y est mis beaucoup plus sérieusement. Il aimerait «poursuivre l'aventure à Rio en 2016», mais veut pouvoir reprendre ses études, qu'il a arrêtées pendant un an pour préparer les Jeux.

Côté performance, l'équipe masculine fait davantage profil bas que son homologue féminine. «A Londres, on n'espère pas une médaille. On sait très bien qu'on n'a aucune chance, surtout contre les équipes européennes. Mais on va tenter de remporter un ou deux matches face aux équipes d'Amérique latine ou d'Asie, plus à notre portée.»

Un objectif pas si modeste pour cette équipe qui ne figure même pas dans le classement de l'IFH (Fédération internationale de handball), et qui affrontera notamment… la France championne du monde et tenante du titre olympique dans la phase de groupes. «Les Anglais sont des truffes», cinglait Nikola Karabatic, fer de lance de l’équipe de France, peu après le tirage au sort. Difficile de lui donner tort. Depuis sa première apparition en 1969, la Grande-Bretagne n'a remporté qu'un seul match en compétition officielle.

Alexandre Hiélard

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