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Pas besoin d'être une démocratie pour organiser une bonne compétition sportive

Joshua Keating, mis à jour le 05.07.2012 à 11 h 56

L'Euro en Ukraine n'a pas été le désastre annoncé, pas plus que les JO de Pékin en 2008 ou le Mondial en Afrique du Sud en 2010.

Une activiste de Femen à Kiev le 3 mai 2012, REUTERS/Gleb Garanich

Une activiste de Femen à Kiev le 3 mai 2012, REUTERS/Gleb Garanich

Vous vous rappelez quand les manifestations au sujet de la démocratie, du Tibet et du Soudan mettaient le gouvernement chinois dans l’embarras en marge des Jeux olympiques de 2008? Ou quand le traitement des réfugiés zimbabwéens par l’Afrique du sud, la criminalité galopante et les retards de construction ont transformé la Coupe du monde 2010 en point noir pour la Nation arc-en-ciel?

Eh bien moi non plus. Mais je me souviens des talentueux observateurs internationaux qui prédisaient ces désastres.

Il y a encore quelques semaines, la tenue de l’Euro 2012 en Ukraine ressemblait à un désastre de relations publiques inévitable: les leaders européens menaçaient de boycotter l’événement à cause du traitement réservé à l’ancienne Première ministre emprisonnée Ioulia Timochenko et les supporters étaient mis en garde contre le risque de «rentrer chez eux dans un cercueil» à cause de la violence et des attaques racistes.

Rien à signaler (ou presque)

Mais au final, l’événement qui s’est terminé dimanche 1er juillet en Ukraine s’est bien passé. Daisy Sindelar de Radio Free Europe écrit:

«Au bout du compte, aucun incident raciste important ni aucune scène de violence n’ont été rapportés en Ukraine […].

 Le 30 juin, Michel Platini, le président de l’UEFA, la fédération européenne de football, a félicité l’Ukraine et la Pologne pour avoir organisé “un tournoi fantastique dont l’ambiance a été unique et qui restera dans nos mémoires”.

Bien sûr, le tournoi a eu ses défauts, dont le prix du logement et les mauvaises infrastructures de transport qui on découragé nombre de touristes potentiels d’envisager des voyages pour aller voir des matchs à Kiev, Lviv, Donetsk et Kharkov. […] Le prix exorbitant du logement a été un des plus grands problèmes tout au long du tournoi, malgré les efforts des autorités pour freiner les ardeurs des hôtels qui avaient fixé pour certains des prix supérieurs à 1.000 dollars (800 euros) la nuit.

Mais les prix ont eu une conséquence inattendue. Des centaines d’Ukrainiens ont offert leur toit gratuitement dans un mouvement populaire en ligne qui proposait aussi des traducteurs bénévoles et des visites guidées improvisées. Dmytro Vasylev, le fondateur de l’initiative Friendly Ukraine, affirme que le projet a participé à dissiper les craintes des Ukrainiens, qui avaient peur que le gouvernement, dans sa réponse musclée aux scandales de prix et de racisme, ne gâche ce qui devait être une opportunité en or pour ce pays de l’ex-URSS.»

En fait, c’est plutôt la Pologne, une démocratie alliée infaillible des Etats-Unis, qui a connu l’Euro le plus problématique, avec notamment les violences pourtant prévisibles en marge du match Russie-Pologne à Varsovie. Pour ce qui est du racisme, ce sont l’Espagne et la Croatie, et non les pays hôtes, qui ont reçu des amendes après que leurs fans ont fait des chants de singe à l’encontre de la star italienne Mario Balotelli.

Mario Monti et Loukachenko dans le même stade

Malgré toutes les menaces de boycott, le Premier ministre italien Mario Monti, le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy et le Président polonais Bronislaw Komorowski ont tous assisté à la finale de dimanche, ainsi que le Président biélorusse Alexandre Loukachenko. Il y a eu également quelques apparitions du collectif féministe mondialement connu Femen.

Tout cela ne change rien au fait que Timochenko est en prison (son procès a été reporté au 12 juillet) ni au recul démocratique et autres attaques contre la liberté de la presse du Président Viktor Ianoukovytch.

Mais on peut raisonnablement estimer aujourd’hui que, mis à part le boycott des Jeux olympiques de Moscou en 1980, les grandes compétitions sportives ne participent pas vraiment à concentrer l’attention internationale sur les conditions politiques d’un pays.   

Certains espèrent déjà que les Jeux de Sotchi en 2014 braqueront les projecteurs sur la situation politique dans la Russie de Poutine et la violence dans le nord du Caucase, mais je suis prêt à parier que le Kremlin, le CIO et les sponsors vont faire en sorte que tout se passe bien. Reste juste la question de savoir comment ils vont faire pour organiser des Jeux d’hiver dans un environnement subtropical.

Joshua Keating

Traduit par Grégoire Fleurot

Joshua Keating
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