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Espagne-Italie: Xavi et Pirlo, les recettes des chefs

Grégoire Fleurot, mis à jour le 01.07.2012 à 19 h 11

Les deux meneurs de jeu ont des rôles légèrement différents au sein de leurs équipes nationales, mais sont réunis par la même volonté: celle de rendre leurs coéquipiers meilleurs.

Andrea Pirlo et Xavi Hernandez lors d'Espagne-Italie à Gdansk l 10juin 2012, REUTERS/Kai Pfaffenbach

Andrea Pirlo et Xavi Hernandez lors d'Espagne-Italie à Gdansk l 10juin 2012, REUTERS/Kai Pfaffenbach

Le football est un sport collectif dans lequel une addition d’individualités suffit rarement à obtenir de grands résultats, comme l’ont montré récemment l’élimination de la France à l’Euro ou encore la victoire de Montpellier en Ligue 1 devant les stars du PSG. Mais toute grande équipe a besoin d’un chef d’orchestre qui brille par sa capacité à faire jouer ses coéquipiers et organiser le jeu offensif de son équipe.

La finale de l’Euro de ce dimanche entre l’Espagne et l’Italie va opposer deux joueurs de cette race: Xavi Hernandez et Andrea Pirlo. Chacun dans son style, ces deux champions du monde donnent le tempo à leur équipe grâce à une technique et une vision du jeu qui les placent dans une classe à part.

Meneur en retrait contre piston

Interrogé sur le danger que va représenter le meneur italien lors de la finale pour l’Espagne, le défenseur de la Roja Sergio Ramos a comparé le rôle de Pirlo dans l’équipe d’Italie à celui de Xavi dans la sélection espagnole. Si les deux joueurs ont des caractéristiques communes, notamment un contrôle du ballon et un sens de la passe qui se rapprochent de la perfection, leurs jeux comportent des différences fondamentales.

Andrea Pirlo est un meneur de jeu en retrait, un rôle dont on n’a pas vraiment l’habitude en France avec notre traditionnel numéro 10 qui joue en soutien d’un ou deux attaquants. Positionné devant la défense plutôt que derrière les attaquants, donnant l’impression de trottiner pendant 90 minutes sans jamais forcer, Pirlo distribue le jeu depuis une position basse sans pour autant atteindre le volume de jeu et l’agressivité des milieux purement récupérateurs Daniele de Rossi ou d’un Sergio Busquets.

Malgré sa position reculée, il participe davantage à la construction du jeu de son équipe qu’à la destruction de celui de l’adversaire. Quand il récupère un ballon, il a une capacité inégalée à franchir un rideau adverse, que ce soit par un dribble de relance ou une longue passe millimetrée. Quand c’est un de ses coéquipiers qui récupère, il lève tout de suite la tête pour repérer Pirlo. Et celui-ci se débrouille toujours pour être là, à cinq mètres, prêt à recevoir et distribuer.

Xavi, s’il n’est pas non plus un numéro 10 à la française, évolue un plus haut sur le terrain dans un rôle de piston cher au football ibérique moderne. Contrôle, passe, mouvement, contrôle, passe, mouvement… Il use l’adversaire à coups d’innombrables passes qui arrivent toujours à destination, inlassablement.

Il vient lui aussi en permanence vers le porteur du ballon, mais se retrouve plus souvent entre la défense et le milieu de terrain adverse, en position de frapper ou de décaler un coéquipier dans une position de marquer but.

Il a ainsi touché en moyenne au cours de cet Euro deux ballons par match dans la surface adverse, contre 0,4 pour son homologue italien. Conformément au style de jeu espagnol, Xavi cherche avant tout les passes courtes et simples (seulement 6% de ses passes font plus de 30 mètres, contre 17% pour Pirlo), et pas toujours vers l’avant.

Des styles qui s’adaptent à celui de l’équipe

Le style de jeu de leurs sélections nationales respectives et les caractéristiques de leurs coéquipiers influencent la manière de jouer des deux organisateurs. Xavi est le symbole du FC Barcelone et de l’équipe d’Espagne qui dominent le football de club et international depuis au moins quatre ans, et d'un jeu fait de petites passes et de mouvement appelé tiki-taka. Tout a été dit sur le nombre de passes record effectuées par la Roja au cours de cet Euro, et il n’est pas étonnant que son meneur soit le joueur qui a réussi le plus de passes dans la compétition, 465.

A côté de cela, Pirlo et ses 320 passes aurait presque des statistiques de défenseur central. Cette différence énorme s’explique par le jeu bien différent pratiqué par les deux équipes. Là où Pirlo est le seul dépositaire du jeu italien, Xavi est entouré d’une poignée de joueurs capables de prendre le jeu à leur compte. Cinq joueurs espagnols (Xavi, Xabi Alonso, Sergio Busquets, Andrés Iniesta et même Sergio Ramos, qui est… défenseur central justement) ont réussi plus de passes que Pirlo au cours de cette compétition.

Top 10 des passes réussies au cours de l’Euro 2012

  • 1.Xavi - 465
  • 2.Xabi Alonso - 430
  • 3.Bastian Schweinsteiger - 372
  • 4.Sergio Busquets - 369
  • 5.Andrés Iniesta - 335
  • 6.Sergio Ramos - 326
  • 7.Andrea Pirlo - 320
  • 8.Jordi Alba - 303
  • 9.Philipp Lahm - 291
  • 10.Mesut Özil – 283

De manière collective, l’Espagne, avec une moyenne de 748 passes par match depuis le début de l’Euro, est très loin devant toutes les autres équipes dans ce domaine, y compris l’Italie qui pointe à 515 passes par match. La dernière équipe à avoir terminé un match avec une plus grande maîtrise du ballon que la Roja est l’Allemagne, lors de la finale de l’Euro 2008. L’équipe de Luis Aragones n’avait alors enregistré «que» 46,2% de possession, mais l’avait quand même emporté 1-0 à Vienne.

Si l’on ramène le nombre de passes de Xavi et Pirlo à celui de leurs équipes, la différence entre les deux joueurs s’efface, et l’on devine une influence sur le jeu comparable: l’Italien est l’auteur de 14,2% des passes de son équipe, l’Espagnol de 13,5%.

Pirlo plus décisif

Pirlo a non seulement une influence relative légèrement supérieure que Xavi en termes de passes, il a aussi été plus décisif que ce dernier au cours de l’Euro avec un but et deux passes décisives. Les compteurs de l’Espagnols sont bloqués à zéro dans ces deux catégories.

Xavi ne peut s’en prendre qu’à lui-même pour son manque d’efficacité: malgré sa position plus avancée sur le terrain, il n’a pas réussi à marquer en 10 tirs (la moitié de cadrés). Pirlo a moins tenté, sept fois, mais il en a cadré 66,7%. Et sur ceux-ci, il en place un au dessus du mur et au fond des filets sur un coup-franc face à la Croatie.

En ce qui concerne les passes décisives, on peut trouver des circonstances atténuantes à l’Espagnol. D’abord le manque d’efficacité de ses attaquants (quand il y en a sur le terrain). Xavi a quand même créé quatre occasions par match, un chiffre qui satisferait n’importe quel entraîneur, contre trois pour Pirlo. Il a livré 143 passes dans les 30 derniers mètres, avec un taux de réussite exceptionnel dans cette zone où les décisions doivent se faire en une fraction de seconde de 85%, contre 74% pour Pirlo dans cette partie du terrain. Mais aucune d’elles n’a été concrétisée par Fernando Torres, Cesc Fabregas, Iniesta ou Negredo.

Pirlo au contraire dispose devant lui d’attaquants en réussite: Di Natale a converti un de ses caviars contre l’Espagne lors du premier match du groupe C, et Cassano a repris de la tête son corner face à l’Irlande.

Forme du moment

Ca n’aura échappé à personne: Andrea Pirlo réalise à 33 ans un très grand Euro, symbolisé par deux matchs de très grande classe face à l’Angleterre et l’Allemagne en quart et en demi-finale de la compétition. Cesare Prandelli n’a pas hésité à affirmer qu’il devrait remporter le Ballon d’or «parce qu’il est le meilleur de tous». L’intéressé a beau jouer le modeste en déclarant que «tant que Messi et Ronaldo seront là, c’est impossible de les devancer», une victoire de l’Italie ce soir le placerait de fait parmi les candidats crédibles à la plus haute distinction individuelle du football.

Xavi, qui avait été élu meilleur joueur du tournoi lors de la victoire de l’Espagne à l’Euro 2008 et a terminé à la troisième place du classement du Ballon d’or ces trois dernières années, n’est de son propre aveu pas dans la meilleure forme de sa vie. «J’aurais aimé être plus influent dans les matchs importants, a-t-il déclaré le catalan de 32 ans à la veille de la finale. Mais la philosophie de jeu de l’équipe me va très bien». Là encore, son sélectionneur Vicente Del Bosque est venu remettre les choses au point

«Xavi, c’est très difficile de dire qu’il joue mal, très difficile. Il joue toujours bien».

On retrouve là une qualité commune des deux joueurs, peut-être la plus importante: pas toujours flamboyants, ils évoluent à un niveau de jeu très élevé à chacun de leurs matchs, tels des métronomes, sans jamais passer au travers.

Grégoire Fleurot

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