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Les 8 questions pour le successeur de Laurent Blanc

Olivier Monod, mis à jour le 02.07.2012 à 9 h 31

L'Euro mitigé des Bleus laisse plus de questions que de certitudes pour son successeur et pour la fédération.

Samir Nasri et Karim Benzema après la défaite de la France face à l'Espagne en quart de finale de l'Euro le 24 juin 2012 à Donetsk, REUTERS/Charles Platiau

Samir Nasri et Karim Benzema après la défaite de la France face à l'Espagne en quart de finale de l'Euro le 24 juin 2012 à Donetsk, REUTERS/Charles Platiau

Laurent Blanc a annoncé, samedi 30 juin en fin de journée, son départ de la tête de l'équipe de France, deux ans après sa nomination. Après un Euro mitigé, il laisse à son successeur, dont on ne connaît pas encore le nom même si Didier Deschamps (dont l'OM a officialisé le départ lundi) fait figure de favori, et à la fédération de nombreuses questions.

1.Nasri, Ménez et Ben Arfa sont-ils les Cantona et Ginola de 2012?

Non. David Ginola et Eric Cantona ont été laissés de côté par Aimé Jacquet pour l’Euro 96 afin de laisser émerger une nouvelle génération (Djorkaeff, Zidane) et préparer 1998. A l’époque, ce sont des stars, titulaires dans de grands clubs et autour desquelles l’équipe de France est bâtie.

Rien à voir avec Nasri, Ménez et Ben Arfa. Les représentants de la génération 87 ont du talent, mais ne sont pas des cadors européens du niveau de Canto et Gino à l’époque. Les pestiférés de 96 avaient déjà prouvé en équipe de France. L’Euro 96 aurait dû être le summum de leur carrière internationale, la Fédération française de football (FFF)  les en a privé afin de mieux préparer le mondial suivant à la maison.

Aujourd’hui, la question est toute autre. Faut-il construire autour de ces 3 joueurs, alors que leur allure dilettante, parfois dès l’échauffement, dénote un certain manque d’envie? Leur talent est-il si grand qu’il compense leurs sautes d’humeur?  Ne peut-on pas parier sur d’autres joueurs comme Rémy, Cabaye, Benzema, Martin, Valbuena?

2.La France a-t-elle besoin d'un 10 pour briller?

Oui. Il faut savoir s’incliner face à la réalité de l’histoire. Les meilleurs résultats de l’équipe de France sont intimement liés à trois numéros 10 de génie. Troisième du mondial de 1958 sous l’ère Kopa, championne d’Europe en 1984 et demi finaliste des mondiaux 82 et 86 sous la houlette de Platini. Enfin, demi finaliste de l’Euro 1996, championne du monde 98 et d’Europe 2000 et finaliste en 2006 grâce à la patte de Zidane.

A l’opposé de ce palmarès élogieux, quand la France possédait dans ses rangs deux grands attaquants, Papin et Cantona, elle ne s’est même pas qualifiée pour le mondial 94...

Théoriquement, les coqs doivent pouvoir réussir sans numéro 10. Mais l’acharnement d’un Laurent Blanc à essayer de jouer avec un meneur de jeu laisse à penser que la Fédération française de football (FFF) forme ses coachs dans un cadre tactique rigide qui laisse peu de place à l’innovation. D’ailleurs, hormis l’école nantaise, quel entraîneur français a innové tactiquement? Le pays a de bons meneurs d’hommes (Deschamps, Courbis, Jacquet) mais les clubs de Ligue 1 ne brillent pas vraiment par leurs initiatives tactiques...

3. Est-elle plus irrégulière que les autres grandes nations?

Ça dépend. Plusieurs facteurs entrent en compte pour répondre à cette question. Tout d’abord à qui se compare-t-on? Si on prend l’Allemagne ou le Brésil, la France est à la rue. Ces deux nations sont des métronomes, quasiment toujours au moins en quart de finale que ce soit en coupe du monde ou en compétition continentale.

Le yo-yo propre à l’EDF entre le premier tour et la finale est plus proche des résultats de l’Italie par exemple. Certaines grandes nations ont des palmarès récents bien en dessous de celui de l’équipe de France, comme l’Angleterre et l’Argentine.

Si on regarde sur le long terme, des grandes équipes font des allers-retours pires que ceux de l’équipe de France. Le Portugal ne se qualifie régulièrement pour les phases finales que depuis une vingtaine d’année. De même, l’Espagne a connue de longues périodes de vaches maigres avant la réussite actuelle, et passait même pour l’équipe spécialiste des phases finales. Enfin, les Pays-Bas sont certes des losers magnifiques mais ce sont aussi des mecs capables de passer complètement à coté d’une compétition, comme cette année.

A bien y regarder, la France n’a pas à rougir de ses résultats ces quinze dernières années. Toutefois, une progression est possible pour s’élever au niveau du Brésil et de l’Allemagne en ne descendant que rarement en dessous du stade des huitièmes de finale.

4. A-t-elle plus le melon que les autres?

Non. Évidemment que non. Pour réussir dans le foot moderne, il faut un sacré ego. CR7 ne brille pas par sa modestie. Les Hollandais sont des monstres d’arrogance et ne parlons pas de Balotelli ou d’Ibrahimovic. Le problème n’est pas l’ego en soit, mais la capacité à comprendre que la réussite personnelle passe par la réussite collective. Les Français n’ont pas compris cela.

Les Pays-Bas, avec la même équipe, sont arrivés en finale de la coupe du monde 2010 et ont reçu un zéro pointé à l’Euro 2012. Ronaldo est capable de bonifier le jeu de son équipe ou de le vampiriser... Même le gentil Iniesta est un monstre d’ego qui se contente «d’écrire l’histoire du football espagnol».

Nos Bleus ne sont pas plus arrogants que leurs potes, ils ont juste moins d’intelligence de jeu pour savoir se mettre au service de l’équipe. Le meilleur exemple de ce manque criant d’intelligence tactique de l’équipe du président, reste cette analyse détaillée du premier but de l’Espagne, imputable à une série de mauvais choix individuels. Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre!

5. Faut-il aller chercher un technicien étranger?

Oui. La FFF rechigne souvent à faire appel à un technicien étranger, geste qui symboliserait la défiance vis-à-vis de nos entraîneurs nationaux. Mais justement, nos coachs sont-ils si bons que cela? Quelle est la dernière fois qu’un entraîneur hexagonal a gagné autre chose que la Ligue1? Depuis Deschamps, champion de serie B en 2007?

De plus, la fédération n’a pas été du tout exceptionnelle lors de la reconduction de Domenech en 2008 et dans la gestion du cas Anelka en 2010. Dès lors un peu de sang neuf, un regard extérieur sur nos méthodes de travail pourraient nous faire du bien.

Depuis 2006, chaque compétition a été suivi d’un débat extra sportif souvent mal géré (le coup de boule de Zidane, la demande en mariage, Knysna, Nasri). Une autre gestion est possible, que la fédé se mette en danger en se confrontant à un regard extérieur. Notre blog Plat du Pied, Sécurité proposait déjà une short list il y a 2 ans.

6. Est-ce que c'est un pire échec que 1992 ou 2008?

Non. L’échec est similaire. Si les Bleus peuvent s’enorgueillir d’être tombé face à l’équipe championne du monde et d’Europe en titre, leur niveau de jeu est faible. La comparaison avec 1992 et 2008 s’explique par le fait que ce sont des compétitions de reconstruction. En 1992, la France qui essayait d’oublier la génération Platini n’est pas sortie des poules, après une campagne de qualification pourtant parfaite.

En 2008, Domenech gérait l’après Zidane, et a demandé Estelle en mariage après l’élimination suite aux trois matchs de poule. Force est de constater que l’EDF n’est pas douée pour les lendemains de fête.

Ici, Blanc est reparti d’un champ de ruines. Mais la démarche est la même, il faut poser des bases de jeu, de comportement, de solidarité avant de viser un grand résultat. Son successeur sera jugé en 2014 voire en 2016.

7. Faut-il définir un style et choisir les joueurs pour l'exécuter?

Non. Une sélection n’est pas un club. Elle a un nombre restreint de joueurs de très haut niveau à sa disposition. Le mieux est donc d’identifier les leaders capables de mener l’équipe au sommet et de construire l’équipe autour d’eux.

C’est ce qu’à fait Jacquet en 1996 en écartant Ginola et Cantona pour donner les clefs à Zidane et Djorkaeff. C’est peut-être l’erreur de Blanc. Lolo voulait absolument jouer avec un 10. Il s’est donc entêté à sélectionner un Gourcuff hors de forme et à faire jouer dans l’axe un Nasri dont ce n’est pas le poste au lieu de s’appuyer sur les joueurs qui émergeaient vraiment à savoir Benzema et Cabaye.

Nasri cristalliserait moins de rancoeur s’il était confiné à un rôle d’appoint offensif, qui est le sien en club, que bombardé dépositaire du jeu tricolore. Définir un style de jeu et le faire appliquer aux joueurs implique parfois de leur demander de jouer contre nature. Forcément cela ne passe pas.

Ceci dit, si une fédé souhaite mettre en place un nouveau style de jeu, elle peut former ses jeunes dans un autre moule. Il est nécessaire que les clubs adhèrent à cette politique pour que cela fonctionne.

8. Faut-il sacrifier 2014 pour préparer 2016 ?

Bôf. En théorie, cet Euro servait déjà de préparation à la coupe du monde 2014... Malheureusement à l’issue de la compétition, on se pose plus de questions que l’on a de certitudes. Mais que signifie «préparer une compétition»? En gros, on considère qu’un joueur est à son top autour de 27 ans. (à plus ou moins 3 ans près). Préparer une compèt c’est donc donner de l’expérience aux joueurs qui auront entre 25 et 30 ans lors du tournoi visé.

Le but est de les mettre dans les meilleures conditions possibles et de faire émerger un collectif autour d’eux. L’euro 2016 - qui se déroulera en France, d’où la volonté que l’EDF y figure bien - aura lieu dans 4 ans.

Au sein du groupe actuel, seuls Carasso, Mexès, Réveillère, Evra, Diarra et Ribéry risquent d’atteindre d’ici là la limite d’âge. A bien y regarder, l’équipe en train de se former devrait durer jusqu’en 2016. Les deux questions à se poser en 2014 seront les suivantes:

Les joueurs de la génération 87 - 29 ans en 2016 - ont-ils les épaules pour être des cadres en sélection. Si la réponse est négative, il faut vite faire émerger d’autres leaders.

L’assise défensive actuelle (Mexès, Rami, Diarra) doit-elle être reconduite en 2014 ? Pour préparer l’Euro 2016 ce ne serait pas une bonne idée. Honnêtement, pour bien figurer en 2014 ce ne serait pas une bonne idée non plus. La paire Mexès-Rami n’a cessé d’étaler ses limites lors de cet Euro et Diarra n’est pas un 6 moderne, il manque de percussion vers l’avant.

Le vrai chantier sera donc là dans les deux ans à venir. Koscielny, Yanga-Mbiwa, Sakho, Varane, Gonalons, M’Vila, Capoue voire Kaboul, Congré, Toulalan, Mavuba ou Lassana Diarra devraient avoir leur mot à dire dans les mois à venir.

Olivier Monod

Article actualisé lundi 2 juillet avec l'officialisation du départ de Laurent Blanc de la tête de l'équipe de France et de Didier Deschamps de celle de l'OM.

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