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Euro 2012: qui est la bête noire de qui?

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 28.06.2012 à 23 h 04

L'Italie est la bête noire de l'Allemagne, qu'elle a encore battue en demi-finale jeudi (2-1). Mais qui sont les bêtes noires des autres sélections? Et en quoi l'Euro en a renforcées, tuées ou esquissées?

Marcello Lippi, Gianluigi Buffon et Mauro Camoranesi célèbrent leur victoire en demi-finale de la Coupe du monde contre l'Allemagne de Michael Ballack à Dortmund, en 2006. REUTERS/Dylan Martinez.

Marcello Lippi, Gianluigi Buffon et Mauro Camoranesi célèbrent leur victoire en demi-finale de la Coupe du monde contre l'Allemagne de Michael Ballack à Dortmund, en 2006. REUTERS/Dylan Martinez.

Appelez-la la «bête bleue»: l’Italie, qui a battu l’Allemagne jeudi 28 juin en demi-finale de l’Euro (2-1), n’a jamais perdu contre cette dernière en phase finale d’une compétition internationale. Avec, depuis 1970, quatre matches nuls (même si un d’entre eux, en phase de poule de l’Euro 1996, avait abouti à l’élimination de la Squadra Azzura, qui avait raté un pénalty ce jour-là) et, avant jeudi soir, trois victoires, toutes en Coupe du monde, toutes entrées dans l’histoire: la demi-finale 1970 (le «match du siècle», 4-3 a.p.), la finale 1982 (3-1) et la splendide demi-finale 2006 (2-0 a.p.).

S’ils l’avaient emporté, les Allemands auraient donc tué leur bête noire… mais peut-être pour s’en trouver une autre aussitôt en finale face à l’Espagne, qui les a battus en finale de l’Euro 2008 puis en demi-finale de la Coupe du monde 2010, à chaque fois sur la plus petite des marges.

Car, en raison des groupes qualificatifs «de niveau» pour les compétitions internationales, les rencontres à enjeu entre les grandes sélections européennes sont rares, donc chères: il en faut peu pour créer une bête noire, contrairement aux championnats nationaux où les équipes se rencontrent au moins deux fois par saisons.

Mais elles doivent être traumatisantes. Donner l’impression d’une défaite due, non pas à un niveau inférieur, mais au Destin, comme quand on éprouve la peur de gagner (les Allemands et les Néerlandais emploient le terme angstgegner) ou qu’on rate un coup facile au golf (bogey team, disent les Anglais). Quelles bêtes noires a évacuées, renforcées ou esquissées cet Euro?

L’Italie a-t-elle encore une bête noire?

Après vingt-cinq ans sans victoire face aux Bleus, l’Italie a rompu la malédiction de la plus belle des manières, d’abord aux tirs au but en finale en 2006, puis en poule en 2008. Elle n’a plus aujourd’hui qu’une bête noire stagiaire, plus jeune et turbulente mais qui doit encore prouver sur la longueur sa capacité à infliger des sueurs froides aux tifosi: la Croatie. Depuis l'indépendance de celle-ci, l'Italie a concédé trois défaites et trois nuls face à l'équipe au damier rouge (dont un au premier tour de cet Euro), même si cette dernière n'a jamais réussi à l’éliminer d’une grande compétition.

La France va-t-elle en changer?

Les Bleus ont longtemps eu pour adversaire maudit l’Italie: aucune victoire pendant 62 ans et quelques défaites douloureuses en Coupe du monde. En février 1982, ils mettent fin à la série (bête) noire en amical mais trouvent immédiatement un nouveau bourreau, l’Allemagne (alors RFA), qui de coup de genou en coup-franc, les bat en demi-finale de deux Coupes du monde consécutives en 1982 et 1986.

Depuis, la France a battu l’Allemagne cinq fois en amical mais ne l’a plus rencontrée en compétition officielle. Autant dire que cette bête noire-là est en voix d’extinction et que, si les éliminatoires de la Coupe du monde 2014 tournent mal, l’imaginaire footballistique des jeunes Français risque vite de remplacer le méchant costaud frisé par le petit brun en maillot rouge —moins pour le caractère traumatisant des défaites que pour l’impuissance qui a frappé les bleus lors de leurs derniers matches contre la Seleccion, à Saint-Denis ou Donetsk.

L’Espagne s’est débarrassée de la sienne…

«Nous essaierons de faire mentir le passé» (Del Bosque), «Le football nous offre demain la possibilité d'une revanche» (Sergio Ramos), «La France nous a donné une bonne leçon qui nous a servi pour grandir» (Torres)… Avant ce quart de finale contre la France, justement, les Espagnols ressassaient les souvenirs des défaites précédentes en compétition, la dernière en 2006: défaite 3-1 et «Adios, adios, adios».

Ils n’ont donc pas laissé passer l’occasion de se débarrasser de leur bête noire. Et comme ils ont battu à peu près tout le monde ces dernières années, avec en ligne de mire un possible triplé historique Euro/Coupe du monde/Euro, ils n’en ont plus vraiment.

… le Portugal pas encore

Défaite en demi-finale de l’Euro 84 à la dernière minute des prolongations (2-3). Défaite en demi-finale de l’Euro 2000 sur un pénalty en or (1-2). Défaite en demi-finale de la Coupe du monde sur pénalty (0-1). Autant dire qu’on attendait avec impatience la victoire de la France en demi-finale contre le Portugal sur un pénalty douteux consécutif à une triple boucle piquée de Valbuena dans la surface, mais l’Espagne en a décidé autrement.

Les Bleus pourront donc se consoler de leur Euro mitigé en se disant qu’ils vont continuer à occuper une place de choix dans l’imaginaire footballistique portugais, même si l'Espagne, qui vient d'éliminer les Lusitaniens des deux dernières grandes compétitions, pousse fort derrière.

Les Pays-Bas ont encaissé la passe de trois

Les Portugais, eux, sont également la bête noire de quelqu’un: les Néerlandais. Après 2004 (victoire en demi-finale de l’Euro 2-1), 2006 (victoire en huitième de finale de la Coupe du monde 1-0, au terme d’un mémorable combat de catch), ils ont évincé pour la troisième fois les Oranges d’une compétition internationale. «L’ultime bête noire», expliquait la presse néerlandaise avant ce troisième duel, tableau éloquent à l’appui.

En Angleterre, c’est les pénos

La bête noire de l’Angleterre n’est elle pas un adversaire, mais un exercice. La France? L’Angleterre ne l’a pas battue depuis quinze ans, mais aucune de ses contre-performances n’a eu une grande influence sur son destin dans une compétition. L’Allemagne? Elle a traumatisé l’Angleterre à coups de tirs au but réussis et de but fantôme, mais celle-ci a quand même pris quelques jolies revanches (un mémorable 5-1 à l’extérieur en 2001 notamment).

Le Portugal? Certes, il reste sur quatre victoires en phase finale contre l’Angleterre, dont une après avoir été mené 2-0 et deux aux tirs au but. Mais cette dernière «performance» a aussi été réalisée par l’Allemagne (deux fois), l’Argentine et l’Italie dimanche soir: la bête noire de l’Angleterre, ce sont donc bien les tirs au but. Il faudrait organiser une séance contre San Marin, la pire équipe européenne, pour en être sûr.

J.-M.P.

Article actualisé jeudi 28 juin à 23 heures après la victoire de l'Italie face à l'Allemagne.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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