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Euro 2012: Portugal-Espagne, le 7e clasico de la saison

Aurélien Le Genissel, mis à jour le 27.06.2012 à 16 h 45

Le style du Barça d’un côté et le spectre de Mourinho de l’autre: la première demi-finale de l’Euro ressemble à l’énième clásico de la saison.

Des joueurs espagnols font un mur face à l’Italie à Gdansk le 10 Juin 2012 REUTERS/Kai Pfaffenbach

Des joueurs espagnols font un mur face à l’Italie à Gdansk le 10 Juin 2012 REUTERS/Kai Pfaffenbach

Ça va leur faire tout drôle à Sergio Ramos et Alvaro Arbeloa ce soir. Eux qui sont habitués à subir le tiki-taka de Xavi, Iniesta & Co vont se retrouver avec la possession du ballon. Eux qui sont habitués à tout faire pour énerver et déstabiliser le jeu posé et mécanique des blaugranas vont faire remonter le ballon et tourner autour de la défense adverse. Eux qui sont normalement collés aux poteaux du but de Casillas vont se retrouver avec une esplanade quasi infinie dans le dos où Cristiano va tenter de faire jouer sa vitesse.

Arnaque ou intelligence tactique?

Car, tout le monde le sait, l’Espagne joue comme le Barça. Del Bosque est tellement fan de Guardiola qu’il a même décidé de tenter le «je joue sans avant-centre» qu’a instauré si souvent le coach catalan cette saison (blessure de Villa oblige). Sauf qu’au Barça c’est Messi qui fait le falso nueve («faux numéro 9»). Pour la Roja, c’est Cesc Fábregas.

Et il n’est pas vraiment à l’aise dans l’exercice. Ce n’est peut-être pas un hasard si le Barça ne l’avait pas recruté à 8-9 ans alors qu’il avait passé un test en jouant dans cette position. Résultat? Sans surprise, l’Espagne s’amuse avec le ballon, avec la meilleure possession du tournoi (68%), mais sans vraiment se créer d’occasions. Ou moins que d’habitude. Est-ce parce qu’ils n’y arrivent plus ou qu’ils temporisent pour gérer tranquillement leur match? L’Espagne est-elle vraiment une arnaque ou seulement une équipe qui a muri et appris comment marche la compétition?

Voilà la vraie question. Le match de ce soir devrait aider à y répondre. Car les hommes de Del Bosque vont affronter une équipe du Portugal qui les avait déjà beaucoup fait souffrir lors du huitième de finale de la Coupe du Monde en 2010. Et qui leur avait infligé leur plus lourde défaite depuis 1963 l’année dernière à Lisbonne (4-0). Une équipe qui sait attaquer quand il faut, comme elle l’a montré face à la République tchèque, mais qui est bien plus à l’aise repliée en défense.

C’est la seule sélection à avoir enregistré moins de 50% de possession parmi les quatre demi-finalistes. Un style clairement à la Mourinho qui est en passe de devenir la réponse institutionnelle au tiki-taka. Et qui devient même un classique comme l’ont montré des matchs comme Portugal-République Tchèque, Allemagne-Grèce ou Espagne-France.

Arbeloa encore

Espagne-Portugal risque d’être un nouvel exemple du genre. Avec Coentrao et Pepe bien rodés dans la destruction et Ronaldo prêt à partir comme une flèche. Cette fois-ci, ce n’est pas Dani Alves qu’il aura devant mais ses coéquipiers Arbeloa et Ramos. Le latéral du Real semble condamné à se coltiner tous ce qu’il y a de meilleur dans le football mondial: Benzema, Ribéry, Ronaldo. En attendant son autre coéquipier Mesut Ozil?

Et les étincelles pourraient venir de là où on les attend le moins. Tout le monde parle de Piqué et de ses innombrables affrontements avec CR7 lors des derbys de ces deux dernières années. Sauf que les deux joueurs se connaissent de leur époque à Manchester United et il existe une sorte de respect mutuel qui n’a provoqué aucun conflit entre eux pendant les matchs, plutôt très tendus, entre les deux géants espagnols.

Arbeloa ne peut pas en dire autant. Comme le raconte Diego Torres d’El Pais, les deux joueurs (lui et CR7) en vinrent aux mains lors d’un entraiment postérieur à la défaite 2-0 du Real face au Barça en demi-finale de la Ligue des Champions 2011. Connaissant les difficultés d’Arbeloa dans une défense avancée et son intensité dans les duels, c’est encore là que se jouera une bonne partie du résultat final.       

L’équipe de José

Pour le reste, le match de ce soir risque d’être un calque de celui face à la France. Ou d’un quelconque Barça-Real. L’Espagne dominatrice du ballon et le Portugal prêt à bondir. La Roja a réussi plus du double de passes (2 623) que le Portugal (1 159) lors de cet Euro. Une possession qui lui sert à user son adversaire avant de tenter l’estocade dans la dernière demi-heure où elle a marqué 5 de ses 8 buts lors de cette compétition.

Il est vrai que l’histoire favorise l’Espagne avec 16 victoires à 6 (12 matchs nuls). Sauf que l’Espagne n’a gagné que 2 de ses 12 derniers matchs face au Portugal.

Et, surtout, l’ombre de Mourinho plane sur cette sélection. On se rappelle de sa tentative (avortée) de la diriger temporairement en 2010, justement avant l’arrivée de Paulo Bento. Et certains pensent que sa présence au tournoi n’est que la confirmation de son statut de sélectionneur bis. Il faut dire que José est le seul jusqu’à présent à avoir réussi à contrer le jeu du Barça, le seul à remettre en cause (idéologiquement et sportivement) l’hégémonie du jogo bonito barcelonais. Coentrao, Ronaldo et Pepe savent parfaitement comment jouer l’Espagne.

Une ombre qui va bien au-delà de l’aspect purement sportif. Son ami l’agent Jorge Mendes, avec qui il semble disposé à placer et soutenir toute une génération du football portugais (souvent dans des opérations très discutables), est le représentant de 10 titulaires portugais.

Tous se connaissent parfaitement. Si l’Espagne n’a vraiment utilisé que 12 joueurs pendant le tournoi, Bento n’a pas changé son équipe titulaire lors des 6 derniers matchs (les deux de repêchage face à la Bosnie et les 4 de l’Euro). La blessure d’Hélder Postiga l’obligera à le faire ce soir mais ce ne sera pas une grande révolution.       

Opportunisme vs efficacité

Si le match sera probablement marqué par la possession de la Roja et le repli portugais il se jouera paradoxalement sur la défense espagnole et la réussite de Ronaldo et ses coéquipiers. L’Espagne attaque peut-être moins bien maintenant, mais elle défend toujours parfaitement. Et c’est cela qui la rend si puissante comme l’explique parfaitement Philip Lahm, capitaine de la Nationalmannschaft, avec beaucoup de lucidité:

«L’Espagne ne concède presque pas d’occasions à son adversaire, elle occupe très bien les espaces.»

La France en est le meilleur exemple. Malgré la qualité de Benzema et Ribéry, la seule action dangereuse fut un coup franc tiré à 40 mètres des buts. C’est déjà ce qui était arrivé lors des huitièmes de finale face au Portugal en 2010. Ronaldo et ses coéquipiers n’avaient pas réussi à concrétiser les infimes occasions qu’ils avaient eues. L’Espagne oblige son adversaire à être presque parfait dans la conclusion des actions faute de quoi elle finit par gagner.

Pour l’emporter, le Portugal devra faire preuve d’une plus grande efficacité (6 poteaux/barre dans cet Euro, record dans l’histoire des phases finale). La Roja a gagné le Mondial 2010 sans encaisser un seul but après les poules. Mieux: elle n’a encaissé aucun but lors de ses 8 derniers matches en phase à élimination directe à l’Euro 2008 et à la Coupe du Monde 2010 et elle est la meilleure défense de cet Euro, avec seulement un but encaissé. Si l’on sait que l’Espagne n’a jamais été battue en phase finale de l’Euro quand elle a mené au score, sa victoire devient presque une évidence mathématique.

Aurélien Le Genissel

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