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Euro 2012: suspendre Samir Nasri deux ans serait ridicule

Grégoire Fleurot, mis à jour le 31.10.2013 à 16 h 38

Après l'élimination face à l'Espagne, la France tient son dérapage qui va lui permettre de s'emporter contre la mauvaise éducation de ses joueurs. Mais qui a décidé qu'ils devraient être des ambassadeurs de la politesse à la française?

Samir Nasri et Laurent Blanc après l'élimination face à l'Espagne, samedi 23 juin à Donetsk. REUTERS/Charles Platiau.

Samir Nasri et Laurent Blanc après l'élimination face à l'Espagne, samedi 23 juin à Donetsk. REUTERS/Charles Platiau.

Après la main de Thierry Henry face à de valeureux Irlandais en 2009, l’affaire Zahia, les insultes de Nicolas Anelka et la grève des joueurs à Knysna en 2010, l’Euro 2012 aura donc son «affaire Samir Nasri». La Fédération française de football (FFF) réfléchit actuellement aux sanctions qu’elle pourrait infliger au joueur de Manchester City, et envisagerait jusqu’à deux ans de suspension à son encontre.

De quoi s’est-il rendu coupable? De dopage? Certainement pas, il n’aurait risqué que quelques semaines de suspension au maximum.

Non, Samir Nasri a sali l’image de son pays en devenant le dernier symbole de la mauvaise éducation de ces joueurs surpayés qui font honte à la France à chaque grande compétition internationale depuis 2008.

Le joueur de Manchester City avait débuté la compétition par un joli «ferme ta gueule» à l’encontre d’un journaliste de L’Equipe, mais ce n’était pas vraiment une insulte, juste une injonction au silence un peu grossière. Et puis son beau but face à l’Angleterre l’excusait à moitié.

L’incident se retrouvera quand même en «une» de L’Equipe, qui pensait sans doute tenir son Knysna bis quelques jours plus tard quand le ton est monté dans le vestiaire après la défaite peu glorieuse face à la Suède. Mais là encore, malgré une «une» plein pot au titre accrocheur («Les secrets d’un règlement de compte»), le contenu des échanges n’était pas assez scandaleux pour qu’une nouvelle affaire d’Etat éclate: Samir Nasri a invité son coéquipier Alou Diarra à rester poli, Hatem Ben Arfa a dit que certains joueurs étaient «plus nuls» que lui et déclaré à son coach qu’il pouvait le renvoyer chez lui s’il n’était pas content de son rendement.

Il aura donc fallu provoquer la chance. A la sortie du stade après la défaite face à l’Espagne, samedi soir, Samir Nasri passe devant les journalistes de la zone mixte sans s’arrêter et en leur reprochant de «toujours chercher la petite bête» selon les uns, de «toujours chercher la merde» en écrivant «de la merde» selon les autres. Un rédacteur de l’AFP lui répond «Eh ben casse-toi, alors...» Samir Nasri craque enfin pour de bon:

«Va te faire enculer, va niquer ta mère, sale fils de pute. Va te faire enculer, comme ça tu pourras dire que je suis mal élevé.»

Bel enchainement technique avec en bonus la formulation «à la Anelka» qui rappellera de bons souvenirs à tout le monde. Rajoutez à cela quelques incidents du match comme la sortie de Yann M’Vila sans serrer la main de Laurent Blanc ni de son coéquipier Olivier Giroud ou les sautes d’humeur de Jérémy Ménez contre son capitaine et l’arbitre et vous obtenez encore une preuve que l'équipe de France n’a pas vraiment changé en deux ans.

Pas de contrat moral

C’est un fait: le comportement de ses joueurs, s’il n’a pas atteint les abysses de 2010, n’a pas été irréprochable au cours de cet Euro. Mais qui a décidé que ces jeunes sportifs devaient être les ambassadeurs de la politesse à la française et les représentants de tout un peuple? Pourquoi des personnes qui ne regardent pas un seul match de football de l’année devraient se sentir trahies par le comportement de ces joueurs?

La Fédération française de football (FFF) est la seule à avoir concrètement intérêt à ce que les Bleus se tiennent bien: les sommes qu’elle perçoit de ses sponsors sont corrélées à l’image de l’équipe de France. Pour le reste, le seul contrat signé par le footballeur n’est pas moral, mais bien professionnel: son club lui donne de l’argent pour qu'il gagne des matchs.

Avec l'équipe nationale, il touche une prime (pour cet Euro, 130.000 euros chacun pour s'être qualifiés en quart de finale, soit un peu moins de 3 millions au total pour les 23 joueurs) qui représente une partie  de l'argent reversé à la FFF par l'UEFA (11,5 millions d'euros). S’il n'est pas bon, il sera vendu à un club moins prestigieux, qui le paiera moins, et ne sera pas sélectionné en équipe nationale.

Bien sûr, même si rien de les y oblige, certains joueurs dégagent naturellement plus de classe et inspirent plus le respect que d'autres à travers des carrières irréprochables et un professionnalisme à toute épreuve. Il y en avait quelques uns sur la pelouse d’Italie-Angleterre, les Pirlo, Gerrard, Buffon…. Mais il serait absurde d'en attendre autant de tous, et il y avait aussi des Mario Balotelli, des John Terry et des Andy Carroll.

La France n'a pas le monopole de l'impolitesse

La France a-t-elle un problème particulier avec ses joueurs forcément mal élevés parce qu'issus des banlieues? Il suffit de traverser la Manche pour se rendre compte que Nicolas Anelka et Samir Nasri n'ont pas le monopole des caractères de cochon et du langage familier. La star planétaire Wayne Rooney éprouve les pires difficultés à réprimer son envie de dire «fuck» à tout le monde (ses insultes lui ont déjà valu des matchs de suspension), tandis que le langage de certains des entraîneurs les plus respectés du pays n'est pas exactement raffiné.

L’ancien footballeur Vikash Dhorasoo écrivait, quelques heures avant le quart de finale des Bleus:

 «Je n'ai jamais attendu des joueurs de foot qu'ils soient des exemples pour mes enfants ni des représentants de la France. Je vais régulièrement voter pour élire des gens pour cela.»

Cela s'appelle du bon sens. Quand une rock star ou un acteur insulte un journaliste ou agresse un paparazzi, personne n'estime qu'il a sali son pays ou que des milliers d'enfants vont l'imiter dans les cours de récré.

Grégoire Fleurot

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