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Laissons Laurent Blanc finir son travail

Olivier Monod, mis à jour le 24.06.2012 à 18 h 02

En conférence de presse, sur le tableau noir et au bord du terrain, Lolo ne fait pas de vagues. Mais il fait ce qu'il dit et dit ce qu'il fait, et c'est déjà pas mal.

Laurent Blanc et Samir Nasri se serrent la main après la défaite de la France face à l'Espagne à Donetsk le 23 juin 2012, REUTERS/Charles Platiau

Laurent Blanc et Samir Nasri se serrent la main après la défaite de la France face à l'Espagne à Donetsk le 23 juin 2012, REUTERS/Charles Platiau

Alors que son avenir en équipe de France, où son contrat arrive à terme, va se décider dans les jours qui viennent, une question se pose: quel coach est Laurent Blanc? Après 3 ans à la tête de Bordeaux et 2 ans en charge de l’équipe nationale, qu'il aura donc emmenée en quart de finale de l'Euro 2012, les contours d’un entraineur assez classique se dessinent, dans la droite ligne du mentor de 1998, Aimé Jacquet.

La culture de la gagne

Laurent Blanc, en trois saisons avec Bordeaux, c’est un titre de champion de France, une Coupe de la ligue et deux Trophées des champions. En équipe de France il a joué 23 matchs d’affilé sans défaites et a fait passer les Tricolores du bus de Knysna au quart de finale de l’euro, excusez du peu.

Joueur, le Cévenol avait remporté la Coupe du monde, la Coupe d’Europe, les championnats de France et d’Angleterre et quelques autres coupes. Toute sa carrière de footballeur et d’entraineur tourne autour de la gagne.

Au vu de ses résultats en équipe de France et à Bordeaux, on peut légitimement penser qu’il transmet à ses joueurs sa haine de la défaite et sa soif de victoire. Mais c’est quoi, au juste, la culture de la gagne?

Tout simplement le fait de croire en soi et en sa capacité à gagner. Cette conviction ancrée évite de s’enflammer après une victoire de prestige si la compétition n’est pas finie. Elle permet aussi de ne pas être paralysé par l’enjeu lors d’une finale. Si l’on est convaincu que l’on est à sa place, il est normal de se retrouver en finale et de la gagner.

L’équipe de France lors de cet Euro n’a pas vraiment illustré cette mentalité. Timide lors du premier match, elle a été fébrile contre la Suède et impuissante face à l'Espagne. Mais après les compétitions 2008, 2010, la question est la suivante: était-il possible de faire mieux?

Pas d’exubérances tactiques

D’un point de vue tactique, ne cherchez pas de grande révolution. Lolo semble avoir des convictions assez profondes dans le domaine qui l’empêchent de faire des essais et de faire des surprises à ce jour.

1ere conviction: Le président veut jouer avec un 10. Il est obnubilé par cela. A Bordeaux son équipe alternait entre le 4-2-3-1 et le 4-4-2 losange. Tout était fait pour mettre Gourcuff dans les meilleures conditions possibles. En équipe de France, le Breton étant hors de forme, Lolo s’entête à mettre Nasri dans l’axe. Malheureusement Nasri n’est pas un meneur de jeu. A Arsenal comme à City il joue sur un côté et laisse à d’autres (Fabregas ou Touré) le loisir de mener le jeu.

Face à l'Espagne, il a rompu avec ses habitudes et créé la surprise en laissant Nasri sur le banc et en jouant en 4-5-1 sans meneur axial, même si Cabaye se rapprochait un peu de ce rôle.

2e conviction: Ne mettre qu’une pointe. Déjà à Bordeaux, l’ancien champion du monde ne dégainait le 4-4-2 que face aux petites équipes. En Ligue des champions, il renforçait son milieu et passait en 4-2-3-1. Il est vrai que le foot moderne se gagne au milieu. Mais on aurait aimé voir au moins une fois Giroud associé à Karim Benzema dès le début du match.

Le madrilène aimant décrocher, il manque systématiquement un relai devant pour le lancer, lui, ou Ribéry et Nasri… Garder la balle haut, effectuer un pressing sur l’adversaire, voilà une autre manière de gagner, non?

Des valeurs simples

Le gros point positif du mandat de Laurent Blanc, par rapport à celui de son prédécesseur, est que le sélectionneur répond aux questions et dit ce qu’il pense. Ainsi, depuis deux ans, l’homme qui mâchouille des touillettes en match renvoie les journalistes à des notions simples du foot: le groupe, la confiance et la patience.

Lolo a fait ses choix en 2010. Dès sa prise de fonction il a décidé de faire de Benzema son fer de lance en attaque. Il a choisi une charnière Mexès-Rami et Diarra en sentinelle. Il a décidé de rappeler les mutins de Knysna. Il avait aussi élu Gourcuff futur numéro 10, mais là, quand même, ce n’est pas passé. Le résultat de cette politique se voit sur le terrain. Ribéry a fait un bon Euro. Diarra a dégagé une confiance impressionnante par rapport à sa saison marseillaise.

On mésestime trop souvent le message envoyé à un joueur décevant que l’on décide de continuer à sélectionner. Pourtant cela peut avoir de réels effets positifs. Surtout, Blanc ne se dédit pas après un match. Il analyse les performances sur la durée et ne condamne ni n’encense personne après une prestation réussie ou ratée. Un peu de hauteur de vue, cela fait du bien.

 Cette vision sur le long terme permet, en théorie, de faire naître une harmonie de groupe. Il réside toutefois un problème. A l’approche de la compétition, la forme du moment de certains cadres peut être moyenne. Au hasard ici, Mexès, Nasri, Rami, Evra.

Il faut parfois savoir les changer à la dernière minute pour s’adapter aux conditions du moment. Une réalité pragmatique qui rebute un peu Laurent Blanc. En dehors du remplacement d’Evra par Clichy et donc de l'absence de Nasri lors d'Espagne-France, il n’a effectué des changements que sur le flanc droit de la défense l’équipe de France, celui sur lequel personne ne s’était imposé. Peut-être n’était-ce pas suffisant.

Finalement, Lolo a rappelé l’EDF à ses fondamentaux. Une première étape primordiale dans la reconstruction des Bleus en vue de la Coupe du monde 2014. Mais un projet trop frustre pour être prêt en 2012.

Olivier Monod

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